Auteur
Le 13 avr 2016

Édition, autoédition, critique. La guerre de Trois n’aura pas lieu

Hubert Letiers, auteur édité et auto édité jette un regard sans compromission sur la naissance de la révolution littéraire. Pour lui, ce n'est pas parce que le numérique est l'arme suprême de diffusion, que les écrivains sont là. Le salut de l'autoédition passe d'abord par l'exigence de ceux qui la composent.
Le salut des auto-édités vient de l'exigence de ceux qui la composentAuto-édités ou ego-édités ?

Un avis unanime peut en cacher un autre… le mien. Il est nettement plus mitigé.

Bien qu’habitué aux confortables guérillas des réseaux sociaux à la française, je suis assez stupéfait du « Trapenard – bashing » qui vient de traverser notre ring médiatique… une fois de plus, pour pas grand-chose. Ce ne sont ni Augustin Trapenard, (très bon critique littéraire dont je m’autorise à ne pas partager tous les avis), ni quelques histrions autoédités en mal de gloire qui empêcheront un mariage de raison ; celui entre édition traditionnelle et auto-publication. Aucune des deux ne pouvant par ailleurs s’arroger la tutelle de la littérature, encore moins celle de sa publication, fût-elle imprimée ou bien numérisée.

C'est le numérique qui rend visible l'auto-édition, pas l'autoédition qui rend visible la littérature.

En l’état, l’auto-publication me fait penser à la façade hétérodoxe d’une grande enseigne éditoriale en cours de rénovation. Une rénovation impromptue, et qu’elle subit de plein fouet avec le marteau-pilon du numérique qui déstabilise l’un de ses murs porteurs ; celui des critères de sélection validant les écrits publiables.
En France, pays qui ne brille pas par sa culture du consensus, la plupart des réformes s’enlise toujours dans des polémiques manichéennes stériles. Eh oui ! Au pays de Rousseau, on s’entête à toujours « commencer par écarter les faits ». Surtout quand ceux-ci donnent tort à nos convictions.

Or l'avènement du numérique dans l’espace public constitue un fait majeur. Un fait dont tout le monde s’empare avec plus ou moins d’intelligence, de lucidité, de maîtrise, de bonne foi, et donc de succès. Un fait qui a brutalement révélé par réseaux sociaux interposés notre nullité crasse en matière de grammaire, d’orthographe et de vocabulaire. Pire, cette nullité est revendiquée comme une victoire et une liberté qu’il conviendrait d’imposer à tout le monde. Exactement comme on impose une norme environnementale.
Cette nullité perdurera tant qu’autoédition et édition traditionnelle continueront à vouloir se vaincre dans une concurrence absurde. La première parce qu’elle s’estime moderne en utilisant la puissance du numérique pour pulvériser tous les filtres entre auteurs et lecteurs. La seconde parce qu’elle se croit progressiste en s’accrochant à son privilège de sélectionner les auteurs à publier.
Pourtant, ni l’une ni l’autre ne sera jamais propriétaire exclusif de l’avenir de la littérature. Enfin je ne crois pas, et je l’espère.

À trop justifier le renouveau et le décloisonnement de la littérature, l'autoédition en perd sa crédibilité. Elle doit prouver avant de triompher.

Aujourd’hui, par critiques interposés, le gotha de l’édition traditionnelle brandit le spectre d’une ubérisation de la littérature dont les autoédités seraient les démiurges. L’image est certes trop appuyée, un peu facile et pas toujours honnête, mais la perspective n’est pas absurde.
Depuis maintenant trois ans, tous genres confondus, mes lectures se répartissent par moitié entre livres autoédités et ouvrages publiés par un large panel d’éditeurs traditionnels. Sur un plan purement statistique, et abstraction faite de mes préférences par genre ou thème, force m’est de constater que l’édition traditionnelle publie des ouvrages dont les formes littéraires restent encore aujourd’hui nettement plus abouties.
Via les réseaux numériques, l’autoédition commence certes à diffuser dans la sphère publique des ouvrages de très bonne facture. C’est indéniable, et monBestSeller en est une preuve, mais encore bien trop rare. Ces quelques trésors, dont la primo-édition semble échapper à l'establishment des grands éditeurs, restent souvent et longtemps enfouis dans le capharnaüm d’une gigantesque braderie virtuelle, où chacun y va de son messianisme éditorial. Des prêches caricaturaux qui deviennent à la longue contre-productifs en termes de qualité. Tout le monde se court-circuite à coups de prophéties digitales qui lassent sans apporter une quelconque valeur ajoutée littéraire.
L’auto-publication cherche aujourd’hui à s’affirmer comme alternative éditoriale crédible permettant de s’affranchir de l’inertie, voire de l’arbitraire des grandes maisons. L’objectif est de bonne guerre, la stratégie employée concevable mais pas forcément judicieuse.

L'auteur entrepreneur est un danger : parfois plus entrepreneur qu'auteur...

La technologie numérique conjuguée à l’absence de comités de lecture confèrent à l’auto-publication une fausse vertu de cycle court. Mais ce cycle est dénué de garde-fous contre la médiocrité, autres que ceux éventuellement installés par l’auteur(e). Un challenge d’autant plus dur à relever en solo, que les nouveaux Mandarom de la webculture incitent de plus en plus les auteur(e)s à brûler leur énergie créatrice dans l’autoentreprise de leur propre diffusion. Cela va à contresens de l’efficacité dans un monde moderne.

Le cœur de métier d’un(e) auteur(e) est l’écriture. Pas le marketing ni la logistique de diffusion. Aujourd’hui encore, seul un éditeur de taille significative présente la structure professionnelle ad hoc pour assumer ces deux fonctions à grande échelle. Et cela en plus de disposer de comités de lectures qui possèdent de vraies compétences pour élaguer les Waterloo sémantiques. Ceux-là mêmes qui risquent de flinguer la crédibilité des plateformes d’autoédition proposant un patchwork d’ouvrages déconnectés de tout critère éditorial sérieux.

Rassurez-vous, je ne suis pas un transfuge de l’autoédition, et je n'ai rien d’un chasseur de primes à la provocation. Je suis simplement ahuri de constater le clivage entretenu par des acteurs qui auraient tout à gagner en optimisant la puissance de leurs synergies respectives.
Au lieu de cela, dans ce fossé d’opportunités en friche, (une spécialité made in France), on laisse béatement Amazon couler les fondations d’une dictature éditoriale parfaite.

Amazon, le meilleur de l'édition dans le meilleur des mondes ?

Amazon qui maîtrise déjà mieux que toute autre plateforme les techniques de publication et de mise en ligne. Amazon qui a su évaluer la pertinence des concours d’écriture, pour ensuite les relayer par ses moyens de communication conséquents et des acteurs reconnus dans le monde du livre. Amazon qui maîtrise avec objectivité l’analyse syntaxique et statistique des commentaires laissés par les lecteurs. Amazon dont la force de distribution immédiate s’étend à tous les pays francophones où elle sait mettre en place une parfaite hiérarchie de l’information, etc.

Vous croyez encore que les barons germanopratins de l’édition vont résister seuls et longtemps à une machine de guerre éditoriale qui sait si bien anticiper ? Vous pensez toujours que l’autoédition débridée à la sauce libertaire est l’antidote contre l’anonymat ?... Moi pas.

Le salut de l'autoédition passe par l'exigence de ceux qui la composent.

Alors, nous auteurs, comme le suggère avec force Elen Brig Koridwen, appliquons-nous à retravailler nos textes avant de les adresser à des plateformes d’édition.
Des plateformes qui devront prouver leur sens du risque en sachant dépasser le stade de simples configurateurs en réseau et labellisés « 0 % de censure, 100 % brut d’Azerty ».
À défaut, les éditeurs ne s'intéresseront pas aux gisements qu’elles représentent, et au Panthéon des frustrés, tout le monde aura buzzé sans avoir jamais progressé.

Maintenant on peut toujours décider de continuer en ordre dispersé.
Après tout, pour un auteur, qu’est-ce que la liberté, si ce n’est d’être libre d’écrire un manuscrit qu’un éditeur reste libre de lui refuser ? Enfin, c’est vous qui voyez…
« Écrivez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le plus » dirait à ses enfants un auteur fantasmant son édition prochaine...

Hubert Letiers

20 CommentairesAjouter un commentaire

L'auto-édition est comme une battée où grains de sable et eau de la rivière se mêlent, formant une boue que l'on croirait stérile. Mais petit à petit, l'eau entraînant le limon grâce aux gestes experts du chercheur d'or, laisse apparaître d'insoupçonnables pépites... Soyons patients.

Publié le 18 Avril 2016

Oui, il vaut mieux "fermer la tribune avant de passer la nuit debout!!".

Publié le 17 Avril 2016

@philyourshycat
Je l'espère bien ! ;-)
Excellente soirée,
Elen

Publié le 15 Avril 2016

@Elen Brig koridwen
Madame, j'ai beaucoup ri, en lisant l'excellent article de votre blog. Oui, globalement nous partageons le même idéal créatif libertaire.
Nous partageons le même point de vue : l'auto-édition doit être un lieu de liberté, de créativité , et non la "salle d'attente"de l'éditeur ! Ensemble, nous allons changer le monde ( littéraire) !

Bien cordialement
Philippe

Publié le 15 Avril 2016

@philyourshycat
Soyez certain, Philippe, que c'est bien le but.
Que soit mise en place une ou plusieurs vitrines de notre grand vivier littéraire merveilleusement libre et diversifié, cela paraît indispensable pour tenter de mettre fin au dénigrement systématique de l'autoédition.
Que cette vitrine, aussi bien que le reste du vivier, demeurent indépendants des diktats de l'édition ou d'autres institutionnels, cela va de soi.
J'ai à mon petit niveau créé deux groupes facebook pour brasser ces idées et proposer des solutions, selon des principes énoncés dans l'article que voici, frais pondu de ce matin :-) et qui tient compte de votre intervention, puisqu'elle recoupait mes préoccupations et celles de tous les auteurs indépendants :
http://www.blog-elenbrigkoridwen-elieapocalypse.fr/2016/04/le-torchon-brule.html
Vous pourrez constater qu'il n'est pas question d'aliéner notre liberté.
En ce qui me concerne, j'ai refusé dans le passé deux offres d'édition plus que convenables, et je suis parfaitement satisfaite d'être un auteur autoédité. Mais force est de constater que beaucoup d'auteurs recherchent, pour être accompagnés et/ou pour devenir visibles, la "validation" d'un contrat d'édition.
J'ose espérer qu'ils changeront d'avis si avec le temps, l'autoédition, cessant d'être mal considérée, s'organise pour attirer les lecteurs et se rendre plus accessible, au lieu d'être, je persiste et signe : un gigantesque fatras ; et s'organise également pour aider les auteurs talentueux à progresser pour trouver leur public.
Chacun sera alors LIBRE de voir l'immense avantage qu'il y a à demeurer indépendant.
Bien cordialement,
Elen

Publié le 15 Avril 2016

@Elen Brig Koridwen
Madame, je pense, ,en effet, que nos points d'accord sont nombreux. Mais, il ne faut pas que notre recherche de la crédibilité se fasse au détriment de la liberté. Surtout , nous devons assumer notre totale indépendance à l'égard des éditeurs et du"système" littéraire.
Bien cordialement
Philippe

Publié le 15 Avril 2016

@philyourshycat
Monsieur, pour avoir échangé avec Hubert Letiers et d'autres intervenants, je peux vous affirmer que nous partageons tous votre avis en ce sens que nous considérons le mouvement des auteurs indépendants comme infiniment précieux. En revanche, nous nous inquiétons pour son avenir, et considérons que des efforts sont nécessaires pour le crédibiliser.
Bien cordialement,
Elen

Publié le 15 Avril 2016

@Myriam ORAZZO
Madame, sans le vouloir, vous avez adressé à la liberté le plus beau des compliments : être, éternellement, jeune !!!

Publié le 15 Avril 2016

@Elen Brig Koridwen
Madame, en vous relisant, j'ai l'impression que vous partagez mon avis ?

Publié le 15 Avril 2016

@Hubert-P LETIERS
Je vous remercie, pour votre réponse sincère et honnête . Je vous répondrai sous pseudo, c'est un choix personnel,qui n'est, en aucune façon, un manque de respect à votre égard.

Ma réponse était polémique : j'avoue avoir été exaspéré par le consensus mou des commentaires.
Le terme « mépris » est excessif, mais il y a dans votre article une pointe de condescendance.

Je maintiens le terme « poubelle » : un fatras où l'on peut trouver un trésor ( vous avez l'âme poétique) .
Le terme « spam » est plus adapté : grosso modo, pour vous, ( je reprends mon ton polémique ), l'auto -édition n'est que la boite à spam de la mafia germanopratine.

Ce n'est pas ma philosophie :http://www.monbestseller.com/manuscrit/le-sens-dune-presence-essai
L'auto-édition est un lieu de libération .
LIBRE je suis LIBRE, libéré des éditeurs et de l'argent : merci Monbestseller !!!

Publié le 15 Avril 2016

@Dominique Terrier je m'en fous et je ne suis pas un menteur : juste UN HOMME LIBRE !

Publié le 15 Avril 2016

Je suis d'accord quand vous écrivez : le coeur du métier c'est l'écriture. Je viens d'imprimer un manuscrit et, franchement, ça me gonfle tout ce temps perdu. L'auto-édité est pris presque systématiquement pour un Charlot et son seul objectif est d'être publier " en vrai", ceux qui prétendent s'en foutre sont des menteurs, un auteur qui se respecte a besoin d'être reconnu, le reste c'est de la littérature .

Publié le 15 Avril 2016

@philyourshycat
Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je ne comprends pas pourquoi vous percevez du mépris là où il n'y a, dans l'article comme dans tous les commentaires, qu'un ardent désir de voir l'autoédition être pleinement reconnue.
Nul ne peut contester qu'à l'heure l'actuelle, c'est un gigantesque fourre-tout où se côtoient des écrivains confirmés, des talents neufs dignes des grands prix littéraires, des amateurs au sens noble du terme, qui ont simplement plaisir à écrire et à communiquer, ou encore des auteurs qui aimeraient progresser, mais ne peuvent évidemment pas auto-évaluer ce qu'ils écrivent (nul ne le peut) et n'ont aucune piste pour améliorer leur prose ; sans oublier les électrons libres qui veulent absolument écrire comme ça leur vient, et sont ulcérés quand un blogueur leur oppose une critique en règle.
Ce mélange inédit génère un fabuleux élan, et un esprit d'entraide et de soutien mutuel plus fort, me semble-t-il, que dans tout autre milieu à l'heure actuelle. Pouvons-nous pour autant nous endormir dans cette ambiance de rêve, alors que l'édition traditionnelle, qui joue son avenir, s'organise pour nous discréditer, non sans annexer au passage les auteurs qu'elle juge rentables ?
Je crois qu'il faut des trublions pour secouer le cocotier, sinon nous nous réveillerons immobiles, dépassés et très très amers. Après l'ivresse, la gueule de bois ! Ce serait un terrible gâchis. L'autoédition, c'est un mouvement moderne, créatif, un vent de liberté comme vous le dites très justement. Veillons à ce que ce vent ne nous envoie pas dans le mur de nos illusions.
Si l'autoédition ne s'organise pas pour prouver son sérieux, son culte de la liberté ne pèsera pas grand-chose, hélas, face à la détermination des poids-lourds qui, dans le meilleur des cas, souhaitent la cantonner à un simple rôle de réserve de chasse... et dans le pire, veulent sa peau.
Bien cordialement,
Elen

Publié le 14 Avril 2016

Passons sur le mépris ( habituel) des auteurs classiques envers l'auto-édition. Lisez bien l'article : si le mot "poubelle" n'est pas écrit, l'idée est présente.
Allons à l'essentiel : je ne partage AUCUN des avis précédents.
L'auto-édition c'est la liberté, la possibilité de devenir totalement indépendant des éditeurs et de l'argent!
Je reste dans ma poubelle, vous y trouverez une quinzaine de mes livres et ce n'est qu'un début !
Et oui, mille fois oui à "l’autoédition débridée à la sauce libertaire" !!

Publié le 14 Avril 2016

Il faut bien faire attention de ne pas confondre auto-edition et edition numerique. Souvent elles vont de paire, mais ce n'est pas necessairement le cas. Aujourd'hui quasiment tous les romans publies par des maisons d'editions classiques sont disponibles en version numerique. Mais ce n'est pas de l'auto-edition. Il y a 15 ans environ la plateforme Lulu.com a commence ce que Createspace fait desormais en partenariat avec Amazon. A l'epoque lulu etait LA plateforme de l'autoedition et pourtant le CORE de cette plateforme etait le livre papier. On pouvait certes telecharger un PDF mais c'etait principalement fait pour l'autoedition papier. Puis Amazon est arrive et a fortement concurrence Lulu.com qui depuis s'est aussi transforme en une plateforme Papier/numerique. En fait sur ce coup la, c'est Amazon qui a copie lulu en s'associant plus ou moins a Createspace pour fournir la possibilite de livres papiers.

Publié le 14 Avril 2016

Je crois que vous avez raison: il peut y avoir une complémentarité édition numérique- édition papier. Les deux ne sont pas antinomiques. L'édition numérique n'est pas la mort du livre papier, ni des fameux métiers du livre, que défend Monsieur Trappenard, mais elle ne doit pas non plus être le renoncement à toute exigence littéraire. C'est vrai qu'en France on aime les débats pour- contre sans chercher à dialoguer, ni à voir que la réalité est toujours plus complexe, nuancée que bien-mal, blanc ou noir. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans le monde du livre ou plutôt des livres? Le temps de dépasser les débats passionnés de ces dernières années permettra éventuellement d'accorder l'édition numérique et l'édition traditionnelle.

Publié le 14 Avril 2016

Il arrivera un temps où, l’autoédition, qui aura fait son temps d’apprentissage, deviendra un statut qui sera reconnu. C’est certain. En attendant, aujourd’hui, tout cela fait un peu bordélique, peut-être parce que tout le monde veut écrire, être publié, être célèbre et avoir tout ce qui va avec. L’histoire de l’autoédition me fait un peu penser à quelque chose qui serait comme un nouvel Eldorado. C’est la ruée. La contrée mythique où tout le monde veut se rendre.
Amazon est déjà sur le terrain. C’est une machine de guerre monstrueuse. Un rouleau compresseur qui n'a que faire de la culture, qui est de son point de vue, une marchandise comme une autre. Il n’y aura que sur le terrain de la qualité, que l’autoédition pourra émerger. La qualité est une "niche", et il appartient aux auteurs, qu'ils soient chevronnés, apprentis, débutants, ou même dilettantes, de toujours garder ce critère en mémoire. À quelque niveau que nous soyons, il faut toujours (et même en toute chose) viser l'excellence. C’est avec cette seule idée de qualité en tête, que les éditeurs doivent entrer dans la bataille. Mais pas n'importe comment, Elen Brig Koridwen donne des pistes dans son intervention. Des pistes qui parlent au bon sens. Pour ma part, j'ajouterais que si j'étais éditrice, j'aurais dans mon entreprise des gens dont l'unique boulot serait celui de prospecter et de débusquer des nouveaux talents ; pas pour les croquer tout crus, mais parce que le métier d'éditeur est, selon mes propres critères, un métier qui doit participer à la diffusion de la culture, et faire passer à l'arrière-plan la culture du profit. Oui, je sais, je rêve, mais bon...
Merci Hubert Letiers pour cette tribune, à la fois lucide et généreuse (dans le sens où elle n'épargne pas les égos).

Publié le 13 Avril 2016

Hubert Letiers appuie là où cela fait mal avec cet article frappé au coin du bon sens.
Oui, nous nageons en pleine pagaille. Mais je suis convaincue que de ce chaos "à la française" (remarque très pertinente ^^) émergera inéluctablement un nouveau paysage.
Je pense que les maisons d'édition, soumises aux dures lois du marché dans un secteur en crise, perdront la partie, du moins dans leur forme actuelle. Qu'elles deviendront des sortes de super-agents littéraires, des "sélecteurs-prescripteurs" qui ne s'occuperont plus de mise en ligne, d'impression ni de diffusion (rôle qui sera forcément confisqué par Amazon et autres, à cause de leur puissance et de leur efficacité, soulignées à juste titre dans l'article), mais plutôt d'identifier le meilleur de la production autoéditée, de l'aider à atteindre l'excellence, aussi bien sur le plan littéraire qu'en termes de mise en forme, et utiliseront leur réseau pour promouvoir ces oeuvres-là.
Ainsi se verra accompli, mais dans beaucoup plus longtemps, ce que les auteurs autoédités n'auront pas su réaliser (et je suis bien placée pour voir à quel point c'est ardu à mettre en place, malgré le temps et l'énergie que je consacre à ce projet) : faire émerger un "best-of" de la production indé, de façon à rassurer les lecteurs (qui ne savent pas où chercher dans un fatras d'écrits de qualité très inégale, et en ont rarement le temps) mais aussi à le rendre visible par les éditeurs, tant qu'il en restera sous la forme actuelle et que des auteurs même autoédités rêveront d'attirer leur attention.
Je répète souvent qu'il y a deux formes d'ouvrages dans la production autoéditée.
D'abord ceux qui n'ont ou ne devraient raisonnablement avoir aucune ambition "littéraire", écrits, comme ils le peuvent ou le veulent, par des gens qui ont simplement envie de s'adresser à d'autres, et qui ne vendront guère au-delà du cercle de leurs proches. Cela va des souvenirs de guerre de Papi Léonard aux recettes de Tante Gertrude, en passant par le journal intime de Bérangère et les fulminations de Joe la Kalach contre un Grand Complot Mondial. Je schématise, et j'espère qu'aucun Léonard, Gertrude ou Bérangère ne prendra ces lignes pour lui/elle (concernant Joe la Kalach, je suis à peu près tranquille).
Les chantres de l'autoédition, ceux qui, il faut bien le dire, en tirent profit - et pourquoi pas ? - s'évertuent à proclamer que tout le monde à le droit d'écrire, de se publier, d'être lu. Bien sûr ! Au-delà d'un "droit", c'est une aspiration qu'il faut traiter avec respect, et vous ne me verrez jamais railler la prose indigente d'une âme en mal de communion avec ses frères et sœurs d'infortune.
Mais pourrait-on affirmer que le droit imprescriptible de faire connaître à l'humanité entière sa super recette de pâtés de légumes autorise tout un chacun à les vendre en pleine rue ? Bon, le lecteur qui ingurgite certains ouvrages ne risque pas l'hôpital, mais c'est l'ego de leur auteur, la réputation des auteurs dans leur ensemble, l'amour de la lecture qui ont à en pâtir. Et, bien pire, quoique moins immédiat : le goût même des lecteurs. Qui, habitués à l'abondance d'une prose médiocre (y compris éditée), seront de moins en moins sélectifs, de plus en plus rebutés par la littérature de qualité ; cela s'observe déjà, hélas ! Mais ceci est un autre débat.
Alors, sans limiter le droit de tout un chacun à vendre ses pâtés, ce qui serait moralement inacceptable, il est nécessaire et urgent de distinguer clairement la production personnelle, assumée, qui ne revendique aucune excellence littéraire, de celle qui s'aligne ou veut s'aligner, en qualité, sur le meilleur de ce que publie actuellement l'édition traditionnelle. Un label généralisé, suffisamment consensuel et compétent pour que son verdict ne soit pas remis en question à tout bout de champ, est absolument indispensable.
Et si j'étais une maison d'édition, au lieu de cracher sur les auteurs indépendants et de redouter leur prolifération, ressentie comme une concurrence, j'utiliserais mes compétences pour, non pas capter ceux qui se vendent bien et les intégrer à ma propre boutique le temps d'une opération profitable, mais développer des services novateurs pour leur offrir mon expérience, les aider à s'améliorer encore, et associer mon nom à leur belle aventure, en me gardant bien de vouloir leur rogner les ailes. Ce que semble vouloir faire Laurent Bettoni, par exemple, et avec raison : c'est le sens de l'Histoire.
Encore merci, cher Hubert, d'avoir ouvert ce débat !

Publié le 13 Avril 2016

Bravo Hubert. J'adhère à 100%. J'ajoute que les systèmes d'auto-édition ont enfanté un être nouveau : l'auteur-client-commercial. Il est client de la plate-forme et son agent commercial à titre gracieux. Il suffit que les proches de l'auteur, qui ne font pas leur choix en fonction de la qualité mais de la proximité, achètent ou rentrent dans le système. A ce titre on est plus proche de la chaîne que de l'Uberisation. Ces plate-formes n'ont aucun intérêt à s'occuper de qualité, puisqu'elles jouent sur le nombre.
mBS est très à part car c'est avant tout un lieu d'échange, qui a créé une vraie communauté d'auteurs, qui traite de tout ce qui intéresse cette communauté, et lui propose des services clairs.

Publié le 13 Avril 2016

Disons que par definition l'auto-edition se passe de structures classique d'edition. Ce qui signifie par extension que l'edition classique et auto-edition sont par nature antinomiques. Mais ce qui se passe depuis quelques temps c'est que d'autres structures offrent des prestations qui d'habitude reviennent a l'editeur (surtout la correction et la couverture). Et puis il ne faut pas non plus etre naif car des centaines voire des milliers d'editeurs "classiques" sont en fait des mini ou micro editeurs qui n'offrent aucun de ces services. A part des maisons moyennes et grandes, les autres ne peuvent certainement pas offrir des services professionnels de corrections, de creation de couvertures, de veritable travail litteraire et encore moins de diffiusion/distribution. Par consequent les auteurs publies par ces maisons sont quasiment auto-edites sans en avoir les avantages. J'avais moi-meme publie un de mes romans jeunesse au travers d'un de ces mini editeurs (avec un contrat, des droits d'auteurs etc. Pourtant non seulement j'avais dessine la couverture, mais j'avais aussi fait les corrections et essaye de vendre quelque exemplaires en depot vente. Ca ne m'a rien coute mais je n'ai rien gagne non plus. Pourtant c'etait bien de "l'edition classique" au sens ou on l'entend en general.
Amazon permet en effet a n'importe qui de deposer un ebook. Ca peut sembler etre un inconvenient mais d'un autre cote je ne vois pas qui pourrait faire l'arbitre. Et puis je me mefie toujours des critiques litteraires comme des autres critiques. Si vous ecoutez Naulleau parler de Houellebecq vous ne pouvez pas vous empecher de trouver que tout ceci est bien subjectif.

Publié le 13 Avril 2016