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Le 10 aoû 2017

Qu'est-ce qui fait le succès d'un livre ?

Ferrante, Pennac, Musso, Delacourt, Coelho, Rowling… Est-ce le talent qui fait le succès d’un livre, et le succés est-il garant du talent ? Qu’est ce qui rend ces 100 là si spéciaux, pourquoi sont-ils le choix des lecteurs ? Et surtout combien de perles ont été laissées de côté. Une approche empirique et partielle mais pragmatique pour comprendre le phénomène de vente…
Le succès d'un livre tient à un filLe succès d'un livre tient à un fil

Quel est le dénominateur commun qui fait le succès d'un livre ? Sans prendre de risque, c'est le lecteur !

En les achetant, en les appréciant, c’est le lecteur qui en fait un succès. Et comme la lecture est un acte social, la diffusion de sa réputation est exponentielle. Plus le livre est populaire et accessible, plus il a de chances de rencontrer le succès. Plus le lecteur peut se valoriser en en faisant sa promotion, plus le phénomène en sera accélératif. Les phénomènes de résonnance de réseaux sociaux amplifient la musique.

Et pourtant le succès d’un livre reste le plus souvent fragile et incompréhensible.

Plus de 184 000 livres sortis en 2015 au Royaume-Uni, près du double aux Etats-Unis … Un livre n'a aucune valeur commerciale, même s’il est repéré, 
tant qu’il n’a pas d’éditeur.
Le talent dans tout ça ? Ce n’est qu’une partie de la question, pas celle qui nous intéresse aujourd’hui…
On le sait de grands succés sont écrits avec le talon, d'autres méconnus d'un style parfait.
Qui éditerait Anatole France en 2017, qui se passionnerait pour James Joyce, un Balzac serait il éjecté dans les premières lectures préssées de Gallimard ? On prend peu de risques en l’affirmant. En 2008 un groupe de journalistes et libraires rebaptisèrent des ouvrages célèbres en utilisant des pseudonymes pour les héros.

Resultat : Victor Hugo retoqué sur vingt maisons d'édition auxquelles il a été soumis, une seule le prit (et encore parce qu’il avait été démasqué). Arthur Rimbaud, éliminé pour manque d'originalité. Même Marguerite Duras inspirait l’indifférence à son propre éditeur. 

Faut-il, pour garantir un succès, qu’on puisse faire référence à quelque chose qui existe ?

Les éditeurs, certes ont du mal 
à commercialiser un récit trop original. 
Par définition, c'est différent
 de ce que l'on a connu jusqu'ici. 
On peut difficilement le comparer 
à autre chose. On ne peut prévoir la réaction du public. Ainsi « Harry Potter », « Millénium » ont fait le tour de la terre avant de trouver un éditeur. Les immenses succès naissent aussi des accidents. Et tant mieux.
« Ce thriller est un mélange
 de et de…, ce roman emprunte à et à…, ce bouquin commence comme… mais dévie vers…
 En voilà un discours rassurant, de business, de commerce, de chiffre d’affaire prévisionnel.
Les Maisons d’édition aiment les références, les repères. Elles répugnent à prendre des risques et ne s’y hasardent que rarement. Souvent pour le meilleur d’ailleurs.

La clef du succés : Une histoire d’abord une histoire. On en manque

John Le carré déclarait :
« Le chat assis sur le tapis 
n’est pas une histoire. 
Le chat assis sur le tapis du chien, 
là, c’est le début d’une histoire. »

Une bonne histoire doit pouvoir être résumée en une phrase déclare Jonny Geller, lors d’un interview. Agent littéraire américain et co-PDG de Curtis Brown . Il traite les « grands » : « Tracy chevalier », « William Boyd », « John Le Carré »...

« L’histoire ne doit pas être décrite comme embrassant la vie, l’amour la mort, la trahison, la passion. Elle doit raconter l’histoire unique de quelqu'un. Les classiques l’ont bien compris », ajoute t’il. 
« Hamlet » par exemple. Ce livre parle d’un homme 
qui n'arrive pas à décider s’il veut venger le meurtre de son père 
ou non.
« Macbeth » C’est l’histoire d’un homme 
dont l’ambition le conduit à sa perte.
« Le Roi Lear » est un roi stupide
 qui choisit mal ses femmes.
Il conclut : « Un livre est enclin à devenir
 un grand best-seller si vous êtes en mesure
 de communiquer facilement l’idée principale en une seule phrase, comme la plupart des classiques. 
Tous les récits ne se prêtent pas à cela ; pensez y. »  

Il est vrai qu'à nous citer Shakespeare, ce monsieur nous embarasse et nous complexe...

La vie en XXL, inaccessible, plausible, compréhensible, et néanmoins possible. Est-ce la clef d’un best-seller ?

Musso fait de la vulgarisation un art poussé à l’extrême. On connaît toutes ses références : peintres célèbres, morceaux de musique classique qu’on n’oserait à peine mentionner (tant elles sont communes), pop culte et tutti quanti. Et tous les films et livres qu’il cite, on les a tous vus, lus une fois, si pas deux.
 Les repères culturels sont aussi élémentaires : philosophes de grande renommée, écrivains, exposition. Les lieux sont Paris et New York, Londres, les grandes villes mythiques de l'histoire. Ses personnages sont comme nous, si le destin nous avait prêté un peu plus d’envergure. Il y en a vraiment pour tous les goûts, toutes les vies, tous les hommes, toutes les femmes, toutes les aventures, tous les destins.
Et tout ce qu'il nous raconte et qu’on ne connaît pas, avec un peu de chance on aurait pu le connaître. C’est la recette, peut- être une recette. Mais attention, toute erreur dans le dosage vous envoie au pilon.
Mais si c’était LA martinguale, tout le monde en ferait autant. Justement…peu d’auteurs en sont capables, et s’ils l’étaient, ce serait une recette universelle et non pas la clef d’un succès unique.

Et pourtant mon livre contient tout ce qu’il faut. je l’ai envoyé au bon éditeur. 
Couverture 
et résumé parfaits. 
Les libraires en font l’éloge, ils 
l’ont disposé dans leur vitrine. Les critiques l’adorent mais j'en ai à peine vendu quelques exemplaires.  
Pourquoi ?
Le moment, peut être, le mauvais moment ? Quelqu'un pourrait écrire un article sur ce sujet ?

Christophe Lucius

13 CommentairesAjouter un commentaire

@monBestSeller
Merci

Publié le 01 Octobre 2017

@joniah Et vous serez bienvenu !

Publié le 22 Septembre 2017

Je découvre monBestSeller.com.
Vos commentaires sont riches d'enseignement.
J'ai un manuscrit en cours de lecture chez quelques éditeurs. En cas de refus, je tenterai moi aussi l'aventure de l'auto-édition.
Belle journée à vous tous.

Publié le 02 Septembre 2017

@monBestSeller.
Bonjour :-)
Quand vous parlez du bon moment, vous avez raison. On parle souvent de la rentrée littéraire ou de telle ou telle période pour sortir son livre. Mais finalement, tout dépend quelle direction vous souhaitez donner à votre livre. Je prends l'exemple de la saga que j'ai publié pour la première fois l'an dernier et dont la saison 2 arrive bientôt. Je me suis posé la question: "Dans quelle mains aimerai-je voir mon bouquin ? Dans quels lieux ?" Il est court, facile à lire et très axé sur l'histoire plus que sur autre chose et bourré de suspens. Donc pour moi, un petit livre prenant à lire à la plage, dans le bus, le métro etc (des lieux où tout le monde peut le voir dans les mains de quelqu'un d'autre) ou quand on manque de temps histoire de redonner envie à ceux qui en manquent ou ne le prennent pas de se remettre à lire sans forcement leurs demander d'y passer des heures. Donc l'idéal pour une sortie serait juste avant les grandes vacances pour être lu sur la plage ou pendant un trajet en voiture. Ou encore à la rentrée pour être lu dans le métro ou le bus. Voilà pourquoi je pense que le moment doit aussi être en accord avec la direction que vous souhaitez donner à votre livre :-) Merci pour cet article !

Publié le 21 Août 2017

@monBestSeller. Bonjour monsieur ou madame Mon best seller.... Ah je suis d'accord mais pour l'instant je suis sur ma petite expo d'aquarelle du 2 Septembre. J'y travaille 15 heures par jour...avec plaisir! Après mi septembre j'essaierai de vous "torcher" ça. Cha

Publié le 18 Août 2017

@chathymi
Et bien chathymi, on en parle peu certes du "plaisir d'écrire". Dois je vous réserver la rubrique de la rentrée ? Beau sujet.

Publié le 16 Août 2017

@chathymi
Il est certain que le plaisir de lire et d'écrire est primordial. En avançant en âge, on trouve que cela passe avant tout le reste. C'est parce qu'aujourd'hui, le luxe suprême à mes yeux est l'absence de contraintes et la liberté de m'adonner à des bonheurs exempts de stress, que j'ai tourné le dos à l'édition pour me vautrer avec délices dans l'autoédition. :-) Cela n'empêche pas, quand on est perfectionniste, de conserver la discipline nécessaire pour travailler ses textes avec sérieux. Mais il me semble qu'écrire pour vendre, c'est inverser les priorités, comme je le dis dans ce billet : http://www.blog-elenbrigkoridwen-elieapocalypse.fr/2017/08/on-ne-peut-pas-tout-faire.html
Bien amicalement,
Elen

Publié le 16 Août 2017

lamish, question plaisr....c'est dit! et la joie de bien s'entendre. Amitié Cha

Publié le 14 Août 2017

Elen Brig Koridwen, merci! et même je dirais: On parlesi peu de PLAISIR ici! du plaisir d'écrire, sinon de lire, ou les deux. Et que même ça suffit à rendre heureux. Aussi, je me sens de plus en plus fainéante à venir lire les rubriques. Quand on s'ennuie y'a pas d'plaisir! C'est, bien entendu, mon humble avis.

Publié le 14 Août 2017

@Une parfaite synthèse de la problématique "comment faire d'un livre un succès ?", merci Christophe.
@lamish a raison, le public y est pour quelque chose, et les relations de l'auteur aussi – ainsi que celles de l'éditeur. @Michel CANAL a raison aussi, il y a en amont de tout succès un subtil travail marketing qui s'appuie sur la publicité et les médias. Et encore plus en amont, il y a un travail de "conditionnement" du manuscrit pour le faire coller au marché. Oui, tout cela est trivial, et comprend une bonne part d'esbrouffe : ainsi, Harry Potter n'a pas fait le tour des éditeurs avant acceptation, mais a été fabriqué industriellement, légende incluse, avec le résultat que l'on sait.
La question trouble-fête que j'aimerais poser, c'est "le succès est-il si important ?" Sachant que peu d'auteurs accèderont à la "vie rêvée" (suppose-t-on) de quelques stars, pourquoi s'obstine-t-on à courir après les ventes plutôt qu'après l'excellence ? Sur ce point, ma chère Michèle, les auteurs qui ne n'acharnent pas à viser le grand public comme un chasseur vise un lapin ont peut-être des raisons très raisonnables. Se faire plaisir en améliorant son écriture et en satisfaisant quelques lecteurs est assez accessible et ne dépend guère que de soi. Pondre un best-seller, en revanche, dépend de beaucoup de facteurs, et les seuls qui (de nos jours, je le précise) soient à la portée de l'auteur, c'est de choisir un thème "porteur" (racoleur de préférence) et de ne pas trop bien écrire, pour ne larguer aucun lecteur potentiel. À ce compte-là, j'encourage vivement les auteurs autoédités à se centrer sur le bonheur d'écrire, qui, lui, ne déçoit jamais – et sur le bonheur de l'échange au sein d'un site tel que celui-ci, autre plaisir rare à ne pas bouder. Le reste, si je puis me permettre, relève de ces rêves que nous vend la grande "machine à vouloir être un autre" socio-commercio-médiatique. Cela nous détourne des délices de la réalité, et quel dommage !
Amitiés à tous,
Elen

Publié le 13 Août 2017

Un mystère, le succès d'un livre !... Ou seulement une affaire financière bien orchestrée.
Mais il faut admettre que dans bien des cas, les médias y sont pour quelque chose. Ils ont le pouvoir de fabriquer des auteurs ou de plébisciter un écrit.
Oui @Christophe Lucius, le succès d’un livre est incompréhensible et reste néanmoins fragile.
Naturellement @lamish, tu as raison de préciser que c'est aussi le public qui en fait le succès, surtout quand les lecteurs se précipitent par millions pour l'acheter (cas des énormes succès de ces dernières années : Harry Potter, Millénium, 50 Nuances de Grey...).
Plus modestement, je m'estime plus que satisfait d'être encore dans le top 100 — avec des extraits — deux ans après la publication sur mBS. Il faut savoir raison garder !
Merci Christophe pour ce rappel.

Publié le 12 Août 2017

vraiment un très bon article
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Publié le 11 Août 2017

Hé oui ! ce qui fait le succès est le public, ce qu'oublient beaucoup d'auteurs qui s'adressent à une petite élite intellectuelle très critique. Il faut présenter un travail correct, bien sûr. C'est b.a.-ba largement développé sur le site depuis plusieurs mois. Pour le reste, je crois que pour connaître le succès, et à part quelques rares exceptions largement plagiées, il faut avoir une veine incroyable ou être fortement relationné dans le milieu artistique, sportif, littéraire et - malheureusement - "people". Il faut admettre que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir des velléités d'édition depuis la naissance des indés ;). Pour ma part, comme de nombreux auteurs monbestselleriens, je me fais plaisir sans illusions ;). Merci pour cette tribune, Christophe, et belle journée. Michèle

Publié le 10 Août 2017