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Le 20 sep 2013

Le rire en littérature peut il être pris au sérieux ?

Avez-vous déjà vu un lecteur plongé dans un livre, sourire voire rire dans le métro, dans un train ou dans une salle d’attente ? Rien de plus étrange. Passé l’instant de surprise, on brûle de découvrir ce qui l’a fait rire. La complicité humoristique en littérature, c’est un lien particulier et insolite qui se tisse entre le lecteur et l’auteur.
Rire , humour et littérature : une alchimie compatible ?Rire , humour et littérature : une alchimie compatible ?

Y a t’il des livres universellement drôles ? Ou seulement des livres que l’on trouve drôles à titre individuel car ils touchent une veine, une sensibilité qui fait référence à  notre expérience propre? Dans ce cadre, un auteur drôle a t’il des techniques pour faire rire ou bien créé t’il par hasard, des accidents au gré des fantaisies de son récit qui ont un écho chez certains et pas chez d’autres ?

Le théâtre est sans doute la forme littéraire la plus adaptée à l’humour.

Molière, bien sûr l’a fait exploser, mais Goldoni, Sacha Guitry, Feydeau…prouvent que le genre s’y prête. Leurs techniques sont des ficelles auxquelles on s’abandonne. Le comique de répétions, le comique de situation, le quiproquo, l’ironie, le décalage sont les ingrédients du gâteau...Idem pour les bonnes comédies de boulevard dont Jacqueline Maillan fut la reine un temps donné, jusqu’au one woman show de Florence Floresti, et d’Anne Roumanov…qui, elles, mettent plutôt en scène un comique de caractère.

Mais si l’on attribue leurs lettres de noblesses à ces écrits, (en tout cas pour les premiers) c’est aussi et surtout pour leur portée sociale.

L’humour n’est souvent reconnu en littérature que parce qu’il est  un outil pour délivrer un message grave ou satirique.

En matière de roman, quand on parle de littérature drôle, on n’a pas le réflexe de chercher parmi nos grands écrivains, comme si le comique était antinomique avec le chef d’œuvre…Sans doute (et c’est arbitraire), Raymond Queneau doit être cité parmi les premiers, à travers ses « exercices de style » où il pratique la liberté, l’écriture intuitive et ludique, l’exubérance, la fantaisie.

Aujourd’hui, de Nicole de Buron à Alix Girod de l’Ain, l’humour écrit relève plus d’un bon « Cosmopolitan » que d’une édition de la Pléiade.

Plus sérieusement, ou plutôt plus drôlement, Jean Paul Dubois (« Kennedy et moi », « Vous plaisantez monsieur Tanner ») est peut-être l’icône de la « littérature française  humoristique ». C’est un humour noir qui fonctionne sous forme romanesque. Les avatars d’un mari trompé (qui s’en fout), l’épopée hilarante de la construction d’une Maison (ou pour une fois la fiction dépasse la réalité), construisent des situations et mettent à nu des cheminements psychologiques désopilants, tout en restant de l’ « écrit » très soigné.

C’est en se tournant vers la littérature anglo-saxonne contemporaine qu’on trouve d’immenses réserves d'humour.

Cet humour presque « privé » jubilatoire nous conduit souvent au bord de la farce avec retenue. Il y a souvent derrière les portraits au vitriol une tendresse sous-jacente, derrière l’insolite des situations une source de fou rire. Du très marrant Jérôme k Jérôme (Trois hommes dans un bateau), en passant par l’humour réservé mais désopilant de Nancy Mitford, de John Irving, à David Lodge, en passant par John Fante, on trouve là de bons guides dans les mondes de l’ironie, du tragique, de l’absurde et de la satire. 

La plupart du temps, ces récits prennent racine dans une réalité cohérente et sage qui dérape dans l’incongru et l’insolite. Rendre épique le quotidien, c’est peut être l’un des secrets de l’humour en littérature.

 

Christophe Lucius

Ce qui est drôle quand on rit en lisant, c'est que l'on rit seul (avec l'auteur) alors que par nature même le rire est social et collectif.
Publié le 22 Septembre 2013