Actualité
Le 13 oct 2014

Qu’est-ce qu’être un auteur ?

David Meulemans est un agitateur et un stimulateur d’« écriture ». Il déclare : « Je pense que tout le monde devrait écrire, que l’art de la fiction devrait être pratiqué, par tous, quotidiennement ». Voilà de quoi rassurer nos auteurs hésitants. Pour lui, la définition d’un auteur passe par dire « ce que n’est pas un auteur ». Il a probablement raison.
Etre un auteur, c'est d'abord écrireEtre un auteur, c'est d'abord écrire.

Être auteur, est-ce d'abord écrire ?

Est-ce que vous connaissez Henry Darger ? C’est un auteur fascinant. Pourtant, il n’a eu aucun lecteur de son vivant. Il n’a pas été publié. Il n’a même pas cherché à l’être. Il n’a même pas cherché à être lu par ses amis. Il a écrit, c’est tout. Pendant une cinquantaine d’années, il a écrit, presque tous les jours. Il a écrit le plus long roman de la langue anglaise. Puis, il est mort. Ses propriétaires ont tout découvert quand ils ont vidé son appartement, en 1973. Maintenant, il est publié, il est reconnu. Pourtant, il a été un auteur avant d’être reconnu comme tel.

Il y a différentes façons d’être un auteur. En un sens, quand nous voyons un auteur, nous savons que c’est un auteur, mais il n’est pas sûr que nous puissions exprimer en termes explicites ce qui nous décide à dire que celui-ci est un auteur, et celui-là ne l’est pas.

On pourrait donner comme critère l’existence d’œuvres, qui seraient comme la matérialisation d’un être : j’ai fait des livres, je suis donc un auteur. Mais on peut écrire, et être publié, sans être un auteur. On peut être l’auteur d’un livre, sans être un auteur – car on n’est pas l’auteur d’une œuvre.

L'édition numérique et l'auto-édition modifient-elles la notion d'auteur ?

Il est vrai que diverses évolutions technologiques récentes ont pu donner l’impression qu’être un auteur ne signifie plus la même chose qu’hier. Le développement conjoint de l’édition numérique et de l’autoédition, deux phénomènes distincts, mais qui se trouvent concourir chacun à la croissance de l’autre, a créé une autre forme de légitimation, parallèle à la légitimation classique apportée par l’éditeur : on peut désormais se légitimer par les ventes, que l’on obtiendra seul, ou les lecteurs, dont on capturera seul le cœur et l’âme.

Mais, fondamentalement, toutes ces évolutions ne changent rien au fond de l’affaire : être un auteur, c’est écrire, être engagé dans la réalisation d’une œuvre, et écrire en s’adressant à un lecteur, qu’il soit réel ou imaginaire, que cette adresse soit consciente ou intuitive. Henry Darger était un auteur, dans la clandestinité de sa petite chambre, à noircir ses pages, il était un auteur car il écrivait tous les jours, il faisait œuvre, et chacun de ses mots montre qu’il était un conteur.

En un sens, il faudrait presque dire ce que n’est pas un auteur. Si vous n’écrivez pas, vous n’êtes pas un auteur. Si vous écrivez, mais que votre écriture n’est pas portée par une nécessité intérieure, alors, vous n’êtes pas un auteur – vous empilez juste des mots. Si vous écrivez, mais que ce que vous désirez, c’est simplement vous exprimer, et que vous êtes incapable de sortir de vous-même pour vous tourner vers votre lecteur, alors, vous n’êtes pas un auteur.

Il y a différentes façons d’être un auteur...

Vous pouvez être un grand auteur, un petit auteur, un auteur rare ou un auteur prolifique, un auteur de tel ou tel genre. Mais si vous avez ces trois choses : l’habitude d’écrire, l’ambition de faire œuvre, de creuser un sillon, sillon qui vous est propre – et le souci du lecteur, alors, vous êtes un auteur.

Tous ces outils qui sont désormais à votre disposition, qui vous permettent de discuter avec vos lecteurs, de les conquérir un à un, de les constituer en communauté, de les transformer en agents contaminants de votre œuvre – tout cela ne sert à rien si vous ne voyez pas que votre travail doit d’abord être de faire les meilleures œuvres possibles.

Nous ne serons pas tous de grands auteurs. Mais nous avons tous les moyens et les outils pour nous engager, décider d’écrire et de faire œuvre. Ne cherchez pas à être un auteur, cherchez à écrire !

David Meulemans

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Propos recueillis par Christophe Lucius

Je suis également tout à fait d'accord avec les trois points. Quand l'écrit rencontre les lecteurs, le troisième point prend toute son importance et l'auteur commence a se sentir un peu à sa place.
Belle inspiration à tous.

Publié le 12 Novembre 2016
Je suis assez d'accord avec tes trois points : l’habitude d’écrire, l’ambition de faire œuvre, de creuser un sillon, sillon qui vous est propre – et le souci du lecteur = Un auteur est avant tout celui qui créé un monde, et ça prend du temps de créer un monde qui pourra être perçu par d'autres. :-) Bonne écriture à tous.
Publié le 14 Octobre 2014
Auteur? La question est vaste. Celui qui a fait un ouvrage de littérature, de science, d'art? Celui qui a écrit quelque ouvrage ou qui écrit habituellement des ouvrages? Et encore. On peut être bon auteur, auteur médiocre, mauvais auteur, auteur fermé, auteur ouvert, auteur insipide, auteur incompréhensible... Et encore? Auteur ancien, auteur moderne, auteur contemporain, auteur grec, auteur latin, auteur orthodoxe, auteur classique, auteur anonyme, auteur apocryphe, auteur original, auteur pseudonyme, auteur sacré, auteur profane, auteur en herbe. Et encore? Lire un auteur, critiquer un auteur, commenter un auteur, citer un auteur etc, etc... Trouver sa place, cultiver sa passion, partager.... Me concernant, je revendique modestement le statut d'auteur en herbe, avec une faim et une soif de persévérer et surtout une envie irrépressible d'être lu.....
Publié le 13 Octobre 2014