Et si Hitler avait gagné ? Contrairement à d'autres uchronies sur le sujet, celle-ci va au bout de la logique avec une rigueur quasi-documentaire. L'auteur connaît manifestement son sujet sur le bout des doigts. Les références aux projets nazis réels (Atlantropa, les Wunderwaffen) sont intégrées avec intelligence.
Les personnages ne tombent pas dans la caricature. Himmler est terrifiant précisément parce qu'il est crédible : bureaucrate méticuleux, père de famille... et architecte de génocides. La banalité du mal est superbement rendue. Les rivalités entre Himmler, Goebbels, Göring et Bormann font l'effet d'un vrai Game of Thrones nazi. La scène de l'anniversaire d'Edda Göring, où ces monstres s'offrent le suaire de Turin et la tiare pontificale, est à la fois grotesque et terrible.
Le style reste sobre, sans pathos, ce qui rend les passages les plus durs encore plus efficaces. Certaines scènes sont difficiles à lire. Mais ce qui résonne le plus : comment la propagande façonne-t'elle les esprits ? Jusqu'où va la complicité passive ? Voir les nazis développer l'informatique et le spatial tout en pratiquant l'esclavage de masse interroge l'idée même de progrès, ce qui en fait une métaphore très actuelle.
Dense, parfois éprouvant, mais brillant. Le genre de livre qui nourrit la réflexion. A conseiller aux amateurs d'uchronies documentées et à ceux qui s'intéressent à la mécanique totalitaire.
Publié le 31 Janvier 2026