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Le 01 jui 2019

Inspiration : Action par laquelle l'air entre dans les poumons.

Sur le thème de l'inspiration, Patrick Ferrer, auteur du masque d'Eurydice, marque la nécessité absolue de respirer l'extérieur pour la régénérer. " L'écriture est un cycle d'échange" précise t'il et l'inspiration : la reprise du souffle. Les sens propres sont parfois très parlants.
L'INSPIRATION VIENT DE L'EXTERIEURL'INSPIRATION VIENT DE L'EXTERIEUR

Il y a un peu de tout dans l’inspiration. La mienne en tout cas se nourrit à des sources que je n’identifie pas toujours. Adepte de ce qu’on appelle l’écriture « organique », c’est-à-dire que je n’ai pas de plan précis pour mes histoires, je ne sais pas où une histoire va m’emmener ni comment elle va se terminer (si j’en ai une vague idée, elle se révèle généralement erronée), mes écrits ont tendance à m’emmener sur des chemins inconnus. Où l’histoire puise-t-elle sa source et d’où surgissent les idées qui vont la propulser et la faire évoluer, je n’en sais trop rien sur le moment. Mais ça fonctionne généralement et l’histoire se met en place par elle-même avec une logique impressionnante quand je vois que les prémices du dénouement étaient là dès les premières lignes. 

L'écriture est un cycle d'échange

Avec le recul, j’arrive à identifier des thèmes ou des situations récurrentes, des éléments qui remuent des choses en moi, mais l’écriture n’est pas, ou ne devrait pas être, un acte égoïste et égocentrique. L’écriture est un cycle d’échange. En biologie, l’inspiration est cette phase où nous aspirons l’air qui nous entoure afin de pouvoir en absorber l’oxygène nécessaire à notre organisme, oxygène qui sera transformé par notre machine interne pour être ensuite expulsé sous une nouvelle forme plus complexe (dioxyde de carbone) dont le monde végétal a besoin pour croître. C’est donc un cycle perpétuel et une transformation au travers duquel deux formes de vie s’entretiennent mutuellement. 

L'inspiration : un cycle créateur qui anime l'écrivain

L’inspiration créatrice relève à mon avis du même mécanisme. Ce « souffle créateur qui anime l'écrivain, l'artiste, le chercheur » (Larousse) est en fait tout autour de nous. L’artiste n’est que le catalyseur qui va l’ingérer et le distiller en une forme assimilable pour ceux qui en ont besoin et sauront l’utiliser, et qui en retour permettront au créateur de subsister et de poursuivre sa quête. C’est un cercle vertueux entre l’auteur et le lecteur, car peut-on parler d’inspiration si personne ne lit ce qui en résulte ? 

Peut-on parler d’inspiration si on ne fait que reproduire les schémas connus et sûrs ?  

Ce n’est d’ailleurs pas toujours une symbiose instantanée, pour ceux et celles trop pressés de réussir. Boris Vian disait « Il est évident que le poète écrit sous le coup de l'inspiration. Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien. » C’est un frein récurrent chez les créateurs, parce que si l’on s’écarte trop de ce qui existe déjà, on a du mal à trouver son public. Mais peut-on parler d’inspiration si on ne fait que reproduire les schémas connus et sûrs ?  

Il y a donc une part de risque dans la quête de « l’inspiration ». Ça doit être un tout petit peu dangereux, on doit s’écarter des sentiers battus, se risquer là où peu d’autres ont osé, ou réussi. C’est le genre de territoires « dont personne n’est revenu vivant ». 

Mais c’est une aventure. Si nous avons exploré tous les recoins de cette planète, les étoiles, elles, attendent. 

 

100% d'accord avec toi, Patrick, sur cette dynamique d'inspiration qui fait de l'artiste un catalyseur de ce qui l'entoure. Merci de cet excellent billet, signifiant et synthétique.

Publié le 05 Juillet 2019

Merci Patrick ! Voilà une définition quasi scientifique, organique, à cent lieues d'une définition romantique ! C'est très intéressant et ma foi, ça se tient ! Merci pour cet échange de courants d'air frais dans nos cerveaux !

Publié le 02 Juillet 2019

@Patrick Ferrer
J'émets une petite hypothèse. Je pars, d'abord, du principe que nous sommes tous des névrosés, y compris ceux qui s'en défendent. Et l'on soigne nos névroses par l'écriture, la peinture ou toute autre forme d'art, et même de manière passive par l'écoute d'une musique. Cela veut dire quoi, au fond? Que notre cerveau nous joue des tours. On en sait si peu sur lui. Il y a l'endroit où se trouvent nos peurs, nos joies, nos émotions, notre mémoire, notre instinct, etc. Et si j'étais auteur de science-fiction, je pourrais aussi croire que dès l'instant où l'on commence à écrire un livre, c'est qu'il existe déjà dans notre cerveau. Un peu comme "écrit sur un rouleau" avec le mot FIN déjà imprimé. Et c'est seulement lorsque ce mot FIN s'imprime quelque part dans notre cerveau que le Top départ de l'écriture est lancé. Ce que l'on croit être de l'inspiration ou même de l'improvisation est simplement la récitation de choses "écrites" quelque part dans notre cerveau. Et c'est pourquoi, dès le début, on est dans le bon tempo… parce que justement le cerveau, lui, connaît déjà la fin de l'histoire. À ce moment là, se met en route simplement la personnalité de l'auteur : il imprime son style à son texte, le rythme, lui écrit sa partition. Le grand risque, c'est de bâcler ce qui nous est offert.
HM

Publié le 01 Juillet 2019

Merci pour ce beau billet, Patrick. Un billet dont j'ai apprécié la douceur, l'impression de fenêtre ouverte sur la liberté créative. Un billet inspiré, en somme ;-). Et puis je l'ai lu d'entrée avec beaucoup d'intérêt, car si je ne me comparerai jamais à vous, consciente que je ne suis qu'un auteur amateur, j'ai ce petit point commun qui veut que j'écris sans plan et que je ne sais jamais où les premières lignes vont m'emmener. Tout comme vous, j'aime ce parfum d'aventure qui flotte autour de moi, à ce moment-là, et je m'étonne toujours de cette drôle d'impression de savoir après coup ce que j'allais écrire, une fois arrivée au mot fin. Amicalement, Michèle

Publié le 01 Juillet 2019