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Du 16 avr 2021
au 16 avr 2021

UN FAUX COUPABLE …EN MISSION

Le monde carcéral est bien lié au statut de faux coupable. Mais quand un faux coupable s'y glisse pour en dénoncer les abus. L'on découvre un vrai coupable et une certaine idée de la justice. Une nouvelle au goût étrange qui répond à l'appel à l'écriture monBestSeller Faux coupable
Un prisonnier bien spécialUn prisonnier bien spécial

Excuse-moi de mon retard, ma chérie. J’ai accepté d’être écroué pour un motif inhabituel. Je vais tout t’expliquer. Il fallait rendre l’affaire plausible, et je suis donc dans la chronique judiciaire des journaux : n’en crois rien. Je suis en mission secrète.

   J’ai donc intégré une prison où les traitements des prisonniers sont assez durs voire illégaux. Les droits de l’homme n’y sont pas respectés. Tout y passe : dès que j’ai pris l’habit des prisonniers, les insultes et les coups des gardiens ont commencé à pleuvoir pour dégrader l’être humain ; j’ai rencontré le directeur de la prison, très à cheval sur l’uniforme car c’est un ancien de l’armée, il a près de 70 ans ; un prisonnier (il s’appelle Hyacinthe) le connaît depuis longtemps, il a tué une femme et il est condamné à subir ce directeur à vie; nous mourrons sans doute ensemble, dit Hyacinthe, mais pas de la même façon !
Le directeur est nommé par le ministère pour que les détenus subissent la peine la plus humaine, mais vu que Hyacinthe a ôté une vie, le directeur considère arithmétiquement que Hyacinthe n’a plus aucun droit. Vie pour vie, comme on dit œil pour œil et dent pour dent.
Le directeur s’attribue tous les droits et Hyacinthe se sent mourir à petits feux! Sur mon dossier, que le directeur m’a lu à mon arrivée, le ministère a indiqué rapidement, pour accélérer ma prise de fonction (car je n’ai pas eu de jugement),
« Condamné à 20 ans pour meurtre sexuel. Remise de peine possible après 10 ans suivant avis ». Le ministère aurait pu trouver autre chose, il est marrant, lui ! Le directeur de la prison m’a ausculté sous toutes les coutures, en tentant de savoir ce qu’il en était précisément : « Ton cas est bon, l’ami », m’a -t-il dit calmement.
« Tu ne sortiras jamais d’ici, je m’y engage ».
« De quel droit ? » lui ai-je dit effrontément.
« Mais tu n’as rien à dire ici », toujours aussi calmement. « Ici c’est chez moi, et c’est moi qui décide. Je décide de ta nourriture, de tes repas, de la lessive de ton uniforme, de tes visites de l’extérieur, de tes lectures : toi c’est moi ; je vais te former à mon image. Tu comprends ? ».
Ah, c’est comme le bagne de Cayenne qui a été définitivement fermé en 1946 ! ai-je exagéré.
« Et tu es cultivé en plus ? », s’est inquiété le directeur. « C’est intéressant. Tu pourras peut-être faire quelques écritures pour moi. Ça t’intéresse ? ».
« Tout m’intéresse  », ai-je répondu.
Faute de ma part ! car pour l’esprit très désorienté du directeur, je m’intéresse aussi au mauvais, aux sales coups, et donc je n’ai ni moralité, ni bonne foi, je suis indigne de confiance, etc. J’ai comptabilisé un mauvais point auprès du directeur. Je suis chez lui ici et je n’ai donc aucune liberté. Il s’est dirigé vers la sortie de ma cellule, qui est très propre ; ce n’est pas dans mes quelques mètres carrés que je vais trouver des araignées et des cafards à l’improviste ! Les cellules sont toutes propres car le directeur exige que chaque prisonnier nettoie la sienne chaque jour au savon noir. 
« Je veux sentir le propre et rien que le propre quand je passe dans les corridors. J’ai horreur de vos odeurs de pisse, vous avez vos seaux à cet effet ».
C’est un maniaque de la propreté, c’est noté.
Et encore : « Si tu as une plainte, tu as du papier sur ta table et je te ferai procurer un crayon, car mes hôtes non seulement ne savent pas écrire mais aussi ils aiment utiliser les crayons pour tenter une évasion. Je ne suis pas né de la dernière pluie. »

   Etait-ce positif que nous soyons ses « hôtes » ? C’est son langage courtois. J’ai appris ensuite à connaître tout l’horrible que cache cette prison : une nourriture infecte, les sorties dans la cour supprimées pour éviter les complots des détenus, toutes formations sportives et culturelles annulées, car le directeur voulait user l’esprit des prisonniers à sa résistance personnelle, comme s’il regrettait d’avoir choisi ce métier, qu’il le reprochait à la terre entière et que c’était les autres ici qui devaient payer pour lui !
Sur la planète, l’être humain est souvent bizarre car il ne sait pas ce qu’il veut pour vivre heureux. Il vit souvent dans la vengeance imbécile.

   Et la vie hors prison est devenue peu ragoûtante depuis que, dans une politique écologique très étendue, les milliards de bactéries attendent de pouvoir sauter sur l’homme pour le pousser d’urgence au confinement sanitaire et au port du masque. Ne vivons-nous pas tous comme des repris de justice finalement ?  
Tout devient danger, abus, malhonnêteté, panique, manipulation, et les hôpitaux psychiatriques n’ont jamais été si débordés, forcément.

   Il m’a été assez aisé de rapporter efficacement au nouveau ministre de la Justice (c’est mon ami et c’est moi qui lui avais proposé ma mission de faux coupable!) la gestion de ce directeur de prison, que même les syndicats n’osaient relever, car il n’y avait pas de morts par maltraitance tout de même! La prison est fermée assez vite en fin de compte, car le nouveau ministre de la Justice veut absolument changer rapidement la justice dans le pays. La population ne lui fait plus confiance. Il est inadmissible qu’un gouvernement ne puisse pas s’adjoindre son peuple et travailler proprement avec ses habitants. C’est réglé. 

   Je te verrai très bientôt, ma chérie. Je vais avoir un peu de temps. Bisous.

José HEUDENS (Bruxelles)

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