Interview
Du 14 Jan 2022
au 14 Jan 2022

Salaud

Ce n'est pas parce qu'on a le pied léger qu'on n'est pas jalouse. Etre une séductrice n'empêche pas d'être un fin limier. La nouvelle de Jacques Fabre pour l'appel à l'écriture monBestSeller sur le thème de la rencontre.
On peut déployer ses charmes mais rester vigilantOn peut déployer ses charmes mais rester vigilant

Cette histoire, je la tiens de Rosalie, une de mes anciennes compagnes, une jeune femme charmante, joyeuse, impulsive et surtout libre. Un soir, elle me raconte :

— Tu te souviens de la sécheresse en juillet 2005, l’année des méduses, je venais de passer deux heures à la plage anéantie sous un parasol. Sur la croisette, pas un souffle d’air, un rayonnement solaire épouvantable. Seulement vêtue d’une robe imprimée fluide et légère et d’un chapeau de paille et quand je dis seulement c’est seulement. J’essayais de rentrer chez moi mais je n’avais pas fait 200m que déjà une gouttière de transpiration dégoulinait le long de ma colonne vertébrale essayant de s’insinuer dans mon intimité. Alors que je passe devant une brasserie, mue par l’instinct de conservation, je me précipite au bar et je commande :

« Un demi… glacé ... S’il vous plaît.

« Avec le contraste de l’extérieur, je ne me rends pas compte que je ne suis pas seule, un homme plutôt pas mal en chemisette et bermuda, dans le même état que moi cherche désespérément à reprendre sa respiration, il m’observe. Je suis un peu confuse

— Ah Ah ! Confuse, toi confuse ?

— Arrrête de rigoler, oui confuse, ça m’arrive !

« Je lui sers cette mièvrerie:

— Hello !... Fait chaud !

— Sûr !... ; me répond-il en se marrant.

« C’est comme ça que j’ai rencontré César et nous nous sommes mis en ménage.

— Comme ça, ex abrupto ?

— Ben oui quoi !… il faut que je t’explique tout dans le détail espèce de pervers ?

« Bon c’est vrai nous ne sommes pas passés à l’acte tout de suite,

« Si tu veux tout savoir gros cochon, Moi, j’étais un peu défaite… Comme qui dirait avachie... Et si tu veux des précisions, je tenais à profiter du moindre courant d’air. Bon tu n’as toujours pas compris et bien contrairement à ce que ma mère m’a appris, à savoir : veiller à ne pas montrer sa culotte quelles qu’en soient les circonstances, et bien voilà !… Et César était à l’inventaire de mes avantages, il matait mes cuisses et l’état de son bermuda ne laissait aucun doute sur ses pensées.

— Carrément pousse au crime ! je te reconnais bien là ! Lui dis-je

— Ce que tu peux être lourd, mais non ce n’était pas  pousse au crime, en entrant dans l’obscurité relative du bar j’étais aveuglée par le soleil, je me croyais seule alors je me suis mise à mon aise.

— Alors, raconte !

— Et alors !… Et bien nous avons pris un autre demi et nous avons parlé politique.

— Politique ?… Ah Ah !… toi, politique tu ne sais même pas que le roi a été guillotiné !

— Là tu me fais de la peine, tu me prends pour une gourde, bien sûr que je sais que le roi a été guillotiné. C’est pour dire que nous avons parlé de tout et surtout de rien.

« Le soir-même, César avait franchi le Rubicon et je ne te ferai pas un dessin sur la façon invasive dont ça c’est passé, et le lendemain, je transportais mes pénates chez César.

« Ah la belle vie, César un homme charmant, plein de petites attentions. Il s’absentait du matin au soir pour travailler et moi, comme j’étais en reconversion, je profitais pleinement de mes journées entre la plage le matin, un peu de jogging, quelques courses pour préparer de petits repas en amoureux que nous prenions au fond du jardin lorsque l’obscurité complice amenait un peu de fraîcheur. Quelquefois, le chant d’un rossignol venait se joindre à nos silences transcendant nos élans amoureux. Souvent je rentrais chez moi pour mettre un peu de distance dans notre relation, d’autres fois, je dormais chez lui … enfin si on peut appeler ça dormir.

« Et ce matin là, César vient m’apporter le petit déjeuner au lit, nous parlons de choses et d’autres puis il part au boulot comme d’habitude. Moi je me prélasse, enfin seule, je traînasse et sur le coup de neuf heures, je décide de me lever, j’ouvre le lit et là, bien en évidence, au milieu du drap blanc, une boucle d’oreille.

« Le salaud, oui, je dis le Salaud, quand il est soi-disant au boulot, il vient sauter quelque sauterelle ! Le salaud. Il me prend « le coquin de non », je m’habille, je lui laisse les clefs de sa maison sur la table, et un seul mot « Salaud » et je pars en claquant la porte.

— Et alors ?

— Alors je suis allée voir Juliette, tu sais ma copine qui vend des pastèques au marché Forville.

— Et alors ?

— Alors je lui ai tout raconté pardi et dans le détail et sans reprendre ma respiration.

— Et alors ?

— Tu sais elle n’est pas futée, alors elle m’a dit,

« Ça te va bien cette nouvelle mode mais pourquoi tu ne mets pas la boucle à l’oreille droite ?

 

 

 

Cannes, la chaleur, la fraicheur : un trio détonant! Merci pour ce moment!

Publié le 24 Avril 2022

@Jacques Fabre, j'adore !! :) Malgré la (double) chaleur perçue à travers ce texte, il procure une certaine fraicheur ! La chute, subtile, est géniale! Bravo!

Publié le 13 Février 2022

@Jenie Merci, j'aime bien la faconde méridionale, vous avez compris cela se passe à Cannes et le marché forville est le lieu où les les "pays" se retrouvent cela sent la farigoule et les marchés de Gilbert Bécaud.

Publié le 20 Janvier 2022

@Jacques Fabre
J'ai bien aimé. J'aime bien le dialogue qui permet d'entrer dans la conversation. On a l'impression de vivre le moment.

Publié le 19 Janvier 2022