

Par Sarah Chêne
La suite de À propos d’Anna m’a permis de faire une expérience de lecture totalement différente. Dans le premier roman de Daniel Clément, nous étions du côté de Christian, emporté par la douleur, la jalousie, l’amour. Ici, tout bascule : Anna est seule.
Moins de vertige. Moins de choc. A la place, quelque chose de plus trouble, plus silencieux… le murmure d’une vie qui revient.
Son mari, Christian, est mort depuis maintenant deux ans, et Anna vit toujours dans cet entre-deux indéfini : fidèle au passé, attachée à lui, incapable de vraiment avancer.
Autour d’elle, les autres sont là — amis, voisins, hommes qui s’approchent. La vie continue, mais Anna ne sait pas encore si elle en fait partie, si elle est prête à franchir le pas.
Puis, sans prévenir, quelque chose bouge. Il ne s’agit ni d’une décision, ni d’un élan de volonté. Cela passe par des gestes, des situations, des rencontres. Et surtout par le corps.
Le roman explore ce moment fragile où continuer à vivre s’apparente presque à une trahison.
Il faut composer avec le passé, la culpabilité, les tiraillements… pour faire une place au présent — et au retour, parfois dérangeant, du désir.
Avec une écriture très concrète, ancrée dans les gestes — réparer, marcher, cuisiner, affronter une tempête — Daniel Clément nous guide dans ce « nouveau pays d’Anna ».
La promesse de ce livre est simple, mais rare : montrer comment la vie revient après une perte, de façon imparfaite, parfois troublante, profondément humaine.
Et c’est sans doute là une excellente raison de le lire.
Parce que ce moment-là existe, nous le savons. Parce qu’il nous concerne presque tous.
Et parce qu’en se mettant à la place d’Anna, une question s’impose : comment vivre “après”?
Ce roman dit quelque chose d’essentiel :
on peut aimer profondément… et pourtant être ramené à la vie, malgré soi.
Je le conseille à celles et ceux qui traversent une période de bascule.
Ou à ceux qui savent déjà que certaines étapes de la vie ne demandent pas la permission… elles s’imposent.
« Pourquoi ce baiser à pleine bouche après l’avoir plaqué au mur ? Pourquoi l’avoir entraîné dans sa chambre et s’être déshabillée comme si ses vêtements étaient en feu ? À quoi rimait cette séance de baise, tout en soupirs étouffés, en râles réprimés, qui l’avait laissée à nouveau pantelante et ruisselante, dans une posture qui aurait enflammé la terre entière ? Quelle mouche la piquait ? « Tu perds les pédales ma grande ! » se dit-elle en prenant sa douche, « Tu t’es cassé la nénette pendant des mois pour te remettre à flot, tu t’es fabriqué une hygiène de vie, astreinte à des règles strictes pour élever ta fille au mieux, développer ton business, continuer à vivre tout en sachant, ce qui est proprement insupportable, que tu ne reverras JAMAIS ton homme ! Et voilà-t-il pas qu’à la première occasion tu viens t’empaler comme une obsédée sur le sexe triomphant d’un jeune étalon qui n’en a rien à battre de toi !

Un roman brut sur ce que ça coûte de ne pas céder.
Par Eric Neuville
Hargnes et Promesses est un livre qui se lit d’une traite et que l’on referme un peu sonné.
Ruben a dix-sept ans lorsque l’histoire commence. Il est le fils d’un couple séfarade — d’Algérie pour le père, du Maroc pour la mère. Un couple meurtri, séparé ; des êtres blessés dans leur chair et dans leur esprit.
Ruben est un enfant « placé ». Il franchit les portes de l’Œuvre de Protection des Enfants Juifs (O.P.E.J.) à Rueil-Malmaison à l’âge de onze ans.
Aujourd’hui, il a un bac à passer.
Sur le papier, c’est simple. Dans la réalité, rien ne tient.
Autour de lui gravitent des éducateurs, des copains, des adultes qui font ce qu’ils peuvent. Mais tout cela manque cruellement de repères.
Et lui oscille : entre colère, fatigue, envie de lâcher… et ce besoin instinctif de ne pas disparaître.
Le roman se concentre sur ces quelques semaines avant le bac.
Un moment banal en apparence. Mais pour lui, tout se joue là.
Hargnes et Promesses parle de ce moment où devenir adulte ne va pas de soi.
Où il faut se construire sans modèle — ou malgré eux.
Où chaque choix, même à peine perceptible, peut faire basculer une trajectoire.
Quant à l’écriture, elle est brute, parfois heurtée, traversée d’irrégularités — c’est la langue de Ruben.
Et peu à peu, cette rugosité devient une forme de vérité : on n’est pas face à un texte parfait, mais face à une voix qui insiste, qui s’impose, pour ne pas disparaître.
Ce que raconte profondément ce roman, c’est une résistance. Parfois vacillante, souvent fragile, mais tenace. Celle d’un jeune qui voit le gouffre et refuse d’y tomber.
C’est un texte sur la force brute. Sur cette énergie presque animale qui pousse à continuer, à se redresser, à tenter quand même.
Ce livre laisse une trace un peu rude, mais profondément vivante. Comme une énergie qui continue de circuler après la dernière page.
Je le recommande à celles et ceux qui veulent lire une histoire de lutte sans fard. À ceux qui savent que grandir peut être un combat.
« Je n’ai pas lu Nietzsche, mais le concept d’Ubermensch, j’aime bien. Le fait qu’un type donne toute sa force pour quelque chose. Mais je ne pense pas que ce concept soit destiné aux petits bourges tout propres du dehors. Je pense plutôt que c’est à des gosses comme vous que s’adresse cette théorie, en vrai. À ceux qui sortent de nulle part et sont obligés d’utiliser leur “hargne”, la sublimer et en faire un truc bien. Tu as le droit d’être vénère, c’est même bien d’être en colère je trouve, mais au lieu de la laisser, ou de foutre le bordel, il faut l’exploiter pour quelque chose. »

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
Beaucoup de réussite pour votre carrière qui sera prospére. Remerciements à @MBS qui sait mettre en avant le talent des auteurs indépendants. Ce qui n'est que justice à rendre aux écrivains méconnus mais tellement méritants.
Merci beaucoup cher @monBestLibraire et cher @monBestSeller pour cette chronique vibrante et engagée de « Les gens d’Anna », livre qui m’est particulièrement cher. J’ai apprécié aussi la chronique du livre de @Joseph Nimcar : certainement un de mes prochains achats sur @monBestLibraire. Souhaitons nous le meilleur ça ne mange pas de pain…