
Voici des années que nous lisons vos manuscrits. 14 ans, ça commence à compter. Nous découvrons des textes aboutis, travaillés, même menés avec brio… et d’autres, un peu moins construits, un peu moins clairs. Des textes qui sollicitent trop le lecteur. Qui ont encore besoin de sa lecture attentive pour délivrer leur contenu.
— Il est deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Je crois que mon intrigue part un peu dans tous les sens.
— Oui… à quel point ?
— Eh bien, j’ai fait un tableau…
— Aïe. Combien de colonnes ?
— Douze.
— Houlà. Vous avez des anxiolytiques ?
— Non.
— Alors, oubliez votre tableau. On va regarder ensemble. »
Une intrigue peut être complexe sans pour autant être compliquée.
Et la différence ne réside pas dans le nombre de personnages, de secrets ou de rebondissements.
Elle est dans ce que le lecteur doit faire ces différents éléments.
Une révélation peut rendre l’histoire plus complexe parce qu’elle change ce que nous pensions d’un personnage, parce qu’elle éclaire une scène ancienne ou transforme le sens d’un conflit.
Dans ce cas, nous apprenons quelque chose et, en même temps, nous comprenons mieux l’histoire que nous sommes en train de lire.
Mais si une révélation ajoute un nouveau nom, un nouveau passé, une nouvelle branche familiale, une nouvelle dette, un nouveau crime et un nouveau monsieur qui était déjà présent au chapitre 4 mais sous une fausse identité, bref, de quoi alimenter 12 colonnes d’un tableau Excell,
Non seulement le lecteur ne comprend pas davantage ou mieux, mais il se perd dans les méandres de l’histoire avec des informations dont il ne sait plus que faire. Si bien qu’il ne se demande plus :
Que va-t-il se passer ?
Mais :
Attends… Gérard, c’est lequel déjà ?
Ce n’est pas exactement le suspense recherché.
Pour vérifier votre intrigue, prenez chacune de vos grandes révélations et soumettez-là à une seule question :
Est-ce qu’elle ajoute du sens ou seulement de l’information ?
— Un secret découvert peut modifier une relation.
— Un mensonge révélé peut changer notre jugement sur quelqu’un.
— Un indice peut rendre soudain limpide une scène que nous avions mal comprise.
Voilà de la complexité : les éléments commencent à travailler ensemble.
En revanche, si chaque rebondissement oblige le lecteur à ouvrir un nouveau dossier mental sans refermer aucun des précédents, votre intrigue risque de devenir compliquée.
Et surtout, ne cédez pas au réflexe classique que l’on remarque parfois au cours de nos lectures (sans parler de certains synopsis)
« Puisque c’est compliqué, je vais expliquer davantage. »
Danger. Warning. E pericoloso sporgersi !
Vous risquez de transformer le lecteur en archiviste de votre propre roman.
Essayez plutôt ceci : résumez votre intrigue en cinq ou six grandes étapes. Pour chaque étape, notez non pas ce qu’on apprend, mais :
Qu’est-ce que cette découverte change ?
Si vous ne trouvez rien, regardez-la avec méfiance.
Elle n’est peut-être pas mauvaise, mais simplement en train d’occuper une chambre dans votre roman sans payer de loyer.
« OK. Donc je supprime tous mes rebondissements ?
— Pas forcément, pas tous.
— Ouf… Parce que je les aime bien.
— Gardez-en quelques-uns tout en veillant à ce qu’il n’y ait pas besoin d’un organigramme pour expliquer le chapitre 12…
— Ah, quand même ?
— Eh oui. Vous voulez le numéro du SAMU littéraire… On ne sait jamais ! »

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
Selon Hemingway, le meilleur modèle à suivre est celui de Simenon en matière d'intrigue et de structure. Un auteur doit toutefois conserver sa propre identité, tout en améliorant ses défauts. On apprend à force d'écrire. @Sylvie de Tauriac