Augustin répond les jours pairs. Laure, les jours impairs.Par l’équipe rédactionnelle mBS - septembre 2026
« Augustin, mBS, j’écoute !
— Un lecteur m’a dit que mon roman manque d’intensité.
— Vous avez beaucoup de scènes fortes ?
— Énormément. Des cris, des secrets, des silences lourds, des regards terribles…
— Possible surdosage. Tout est déjà à 9 sur 10.
— … Ah.
Alors le silence devient pesant.
Le regard transperce.
La colère explose.
La révélation foudroie.
Le personnage est bouleversé.
La pièce entière retient son souffle.
Et ça marche.
La première fois.
Imaginez un acteur qui hurlerait pendant deux heures. Au bout de dix minutes, vous ne penseriez plus : Quelle violence ! Vous penseriez : C’est son volume normal.
En écriture, c’est pareil.
Si toutes les scènes sont à 9, vous n’avez plus beaucoup de place pour écrire la scène qui doit vraiment atteindre 10.
L’intensité ne dépend donc pas seulement de la force d’une phrase. Elle dépend aussi de ce qui la précède.
Un personnage qui pose tranquillement sa tasse avant d’annoncer une catastrophe peut être beaucoup plus inquiétant qu’un personnage dont les mains tremblent, le regard se glace et la voix devient sépulcrale.
Parce que le lecteur ressent le contraste.
C’est peut-être cela qu’il faut vérifier lorsque quelqu’un vous dit que votre roman « manque d’intensité ».
Ne cherchez pas tout de suite à en rajouter.
Ai-je laissé suffisamment de calme pour que mes moments forts puissent encore devenir forts ?
Prenez une scène capitale de votre manuscrit.
Puis regardez les trois scènes qui la précèdent.
Ont-elles déjà les mêmes silences lourds ? Les mêmes corps qui se crispent ? Les mêmes phrases courtes ? Les mêmes métaphores dramatiques ? La même émotion poussée à son maximum ?
Si oui, votre grande scène souffre peut-être moins d’un manque d’intensité que d’un manque de contraste.
Essayez alors l’expérience inverse : baissez légèrement le volume autour d’elle.
Une émotion retenue.
Un dialogue presque banal.
Une description simple.
Une phrase qui ne cherche pas à impressionner.
Puis laissez arriver le choc.
« Donc, si je vous comprends bien, je dois écrire moins fort ?
— Non.
— Ah.
— Vous devez décider où vous voulez être entendu.
— Ah.
— Et évitez de rappeler le matin avant 6 heures. Nous aussi, nous avons besoin d’un peu de calme. »

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
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@Haze Bine 1
3 liens vers cette rubrique pour vous donnez idée et envie.
*
L'idée est aussi à travers ces "urgences littéraires" de fournir aux auteurs des axes de réflexion quand ils reçoivent des critiques (qui ne sont pas toujours explicites) ou quand ils doutent de leur texte.
À dire vrai, j’ignorais l’existence de cette rubrique. Je commence un texte sur ces auteures qui m’ont tellement enchanté. Je continue sur ce sujet qui m’interpelle hautement.
Anton Bruckner était un compositeur autrichien qu’on appelait le Ménestrier de Dieu. Ceci est en rapport avec sa foi. Lorsqu’il a composé sa huitième symphonie, des personnes de quelques bons conseils lui ont demandé de réviser son œuvre. Ceci a failli le mener au suicide. Probablement, lui avait-on dit que sa symphonie manquait d’intensité, d’émotion. Inversement, trop dense.
Il a publié plusieurs versions. Certains s’accordent à dire que c’est la première version, que l’on avait refusée, était la meilleure et de loin.
Lorsque Robert Schuman composa son concerto pour violoncelle, beaucoup y virent une œuvre dépourvue d’âme, insignifiante, émanant d’un esprit dérangé.
Aujourd’hui, son concerto pour violoncelle fait partie de ces merveilles de la musique classique. Je vous invite à écouter ce concerto pour violoncelle dans une interprétation de Pablo Casals, dirigé par Eugène Ormandy. Un miracle, dès le début, on entend le violoncelle soupirer.
Ceci me conduit à cette réflexion. En dépit de la justesse de ce style de commentaires, il faudrait considérer certaines l’œuvre que l’on a produite en tant que celles que l’on devrait garder pour soi et pour toujours. Elles témoignent de quelques instants si particuliers, propres à nous, et à nous seuls. Ce sentiment si étrange ne saurait se transmettre par quelques phrases écrites sur des pages. Pas plus qu’il ne se vend ou ne s’achète. Qu’elles manquent ou non de profondeur et d’intensité, des œuvres sont tellement personnelles qu'elles n’appartiennent qu’à l’écrivain, certainement jamais aux lecteurs. Toutefois, il arrive que le lecteur devienne l’écrivain. C’est une fusion, me semble-t-il
Je pense proposer une rubrique sur ce thème prochainement.
Un thème essentiel qui passe inaperçu.
Cher @Haze Bine 1
Sachez que la rubrique existe depuis des années : "Regard sur un livre"*.
Et qu'elle vous attend, bras ouverts.
*"Regard sur un livre" offre l'espace à tout auteur du site pour parler (en bien ou en mal, ou les deux, ou entre les deux, bref... comme il lui plaira) du livre d'un collègue.
@MBS
Tout à fait. Effectivement, dans quelques commentaires, on m’a formulé quelque chose de similaire. Ceci m’a permis de me remettre en question.
J’ai, moi-même, écrit quelque chose de similaire. Dans une certaine mesure, je me suis identifié au rôle du grand correcteur. Au vu de la réponse de la personne concernée, je me suis excusé à plusieurs reprises.
Comme vous l’avez remarqué, j’ai eu quelques réactions violentes à propos de tribunes qui font le plaidoyer de quelques écrivains parce qu’ils vendent des best-sellers, ou encore contre ceux qui font les éloges du charbon d’une poétesse fabriquée de toutes pièces.
Mes propos n’étaient pas motivés par la destruction de l’auteur, mais bien par une volonté de valorisation des auteurs indépendants. J’aurais tellement souhaité qu’un auteur indépendant écrive une tribune similaire sur un autre auteur indépendant.
Ici, encore, je regrette mes propos qui sont excessifs. Mon rôle n’est pas d’être le Zorro des écrivains indépendants. Je ne devrais pas, non plus, aller vers les excès de la contrition.
Quoi qu’il en soit, votre sujet est très intéressant, approprié. Je voulais dire, évidemment, bien profond.
Notez-le bien, je suis tout à fait conscient que, régulièrement, vous mettez en valeur un livre ou un auteur indépendant. Je vous exprime toute ma gratitude pour cela.
Je crois que le départ de Athena Skat m’a profondément perturbé. Il me permet de faire le point avec moi-même.
@Haze Bine
Merci pour ce commentaire — et pour le 3615 Épictète ! Vous avez raison : la formulation d’une critique peut avoir autant d’importance que son contenu.
Mais puisque nous parlons d’intensité, nous allons vous retourner la question : un lecteur vous a-t-il déjà dit qu’un de vos textes manquait d’intensité ? Et vous-même, qu’est-ce qui fait, selon vous, l’intensité d’un texte ?
C’est précisément à partir de ce genre d’expériences concrètes que nous aimerions faire vivre cette rubrique.
Voici un article essentiel passé inaperçu. Il est savamment illustré par l’antique Minitel rendu célèbre par le prénom de la femme de Charles Aznavour. Les remarques que vous citez ne sont pas récentes. En Antiquité, c’était le 3615 Épictète.
Pareillement, on retrouve ce style d’observations dans les commentaires de correction de rédaction ou copies de devoirs de philosophie au lycée.
On retrouve quelques variantes dans d’autres domaines que la littérature. Pour ne pas retenir un candidat, on dira de lui, vous êtes un bien brave garçon. Sous-entendre, manque d’intensité.
Si je dis de votre article qu’il est approprié. Ceci voudrait signifier, votre article est bien gentil. Traduisez, manque d’intensité, ceci rejoint votre propos sur le même sujet. Donc, 3615 MBS
Si je dis, votre article est profond. Bingo.
Je voudrais dire que la formulation peut également avoir un rôle. Bon ou mauvais.
En littérature, en fonction des personnalités, ceci pourrait provoquer, une réaction négative avec en extrême situation une dépression, ou bien une écriture de consensus.
Quoi qu’il en soit, ce genre de remarque dément une affirmation selon laquelle, un livre lorsqu’il est publié, il cesse d’être la propriété de son auteur pour devenir celui des lecteurs. En réalité, un livre demeure toujours la propriété de son auteur, les lecteurs ne sont que des possesseurs temporaires.