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Le 21 avr 2016

La fiction pour les anglo-saxons, c'est de l'entertainment, un point c'est tout.

Le clivage entre marketing, littérature et culture est très français. Le marketing d'auteur est un concept anglo-saxon libéré de tout complexe. Marjorie Moulineuf, blogueuse et auteure s'en explique.
Le marketing d'auteur par Marjorie MoulineufPour Marjorie Moulineuf, marketing, culture et littérature vont très bien ensemble. Ce qui n'empêche pas le talent...

En tant qu'auteure auto-éditée cela va beaucoup mieux depuis que j'ai (enfin) compris que la FICTION (peu importe le genre) n'était que ce que les anglo-saxons appellent de "l'entertainment". Si en plus c'est intelligent et sensible tant mieux. Des auteurs, comme John Irving, l'assument complètement. Du coup je me sens beaucoup moins complexée car ma culture -ma vraie, pas celle dont j'ai héritée- n'est pas Balzac ou Rousseau, mais celle avec laquelle j'ai grandi : Star Wars, etc.

Maintenant le livre est-il un produit et le produit d'une marque ?

Oui ! j'en suis persuadée. Car c'est ainsi que j'achète mes livres et je suis une grosse consommatrice aussi bien d’essais que de fictions. Soit le livre répond à un besoin, soit à une envie. Si le besoin doit être assouvi, peu importe la marque, l'envie, elle, est subjective. La marque ou la validation extérieure (cf le succès de Trip Advisor dans une autre industrie), est un atout majeur dans l'objectif de vente. Internet a changé la donne, le livre est un produit comme un autre surtout s'il ne répond pas à un besoin mais à une envie.

Auto-édition : l'auteur devient artisan et commerçant.

L'auteur devient artisan ET commerçant dès lors qu'il peut multiplier ses ventes et satisfaire besoin et envie du public. Libéré de toutes contraintes de vente ? Marketing de l'offre en 2016 ? À part les autobiographies narcissiques, les témoignages d'expérience, l'acte de foi ou le coup de poker, je ne vois pas quel auteur un peu professionnel ou maisons d'édition va investir (couverture, correction, etc.) sans un objectif de vente (réaliste ou pas) pour prendre le temps de publier un récit ou un ouvrage technique.
Investir autant de temps sur un ouvrage juste pour soi : ceux là ne cherchent pas à publier, ni à participer à la culture, ni à transmettre un message mais à assouvir un besoin personnel.

Pour les anglo-saxons : marketing, culture et littérature vont très bien ensemble.

Car personne ne se fait d'illusions sur la finalité du produit. Aucun artiste ne vit d'amour, d'eau fraîche ou de mécénat, (même à la Renaissance, les artistes se vendaient au plus offrant). Notre monde a changé depuis 15/20 ans, il est peut-être temps de l'assimiler. La culture, la technique et l'instruction sont des business. Qu'on le déplore ou pas, il n'y a qu'à regarder du côté des subventions pour se rendre compte que ce n'est pas une question d'altruisme ou de vocation :-)
Comme vous le dites, la seule variante incontrôlable c'est la satisfaction du lecteur, mais la satisfaction du client n'est-ce pas le but de n'importe quel professionnel, tous les secteurs confondus ? Que l'on mette des plugins en open source ou que l'on pétrisse des baguettes ? Seuls les artistes mettraient du sens dans leurs actes sans espérer de retour ? Ces mots vont mal ensemble car tout le monde, maisons d'édition et auteurs, contribuent à faire croire que les livres sont plus que du divertissement et/ou de l'information. Les livres étaient la seule source d'enseignement ou d'évasion mais depuis, il y a eu la télé et devinez quoi, il y a internet maintenant !!! Les youtubers et leur culture ont plus d'influence sur les jeunes que les écrivains ou TF1 !

Grâce au Web, c'est terminé le temps "des milieux autorisés" comme disait Coluche.

Auteur : c'est juste un job qu'on a choisi de faire mais ce n'est pas le plus facile cela je vous l'accorde. ("Fuyez, pauvres fous !" comme dirait Gandalf. Désolée, c'est mon (in)culture !)
Distributeur (car on pourrait en parler dans le processus de vente) répond aux besoins des éditeurs ou auto-édités de distribuer leurs produits.

La littérature c'est quoi exactement ?
Moi je ne sais toujours pas, ce que certains trouvent littéraire et "intelligent", je le trouve aussi pénible et stérile à lire que de récurer à la brosse à dents le carrelage de mes toilettes.
Bref, vous l'aurez compris, je ne supporte plus ce clivage très français entre marketing, littérature et culture car en 2016 avec les informations et le web à notre disposition, la culture est mondialisée. L'instruction et l'art en open source (si on cherche un peu) et l'économie marchande suivent des règles stéréotypées. Si on pense "auteur" comme un métier à part entière et avec pragmatisme, les trois mots vont très bien ensemble selon moi. Cela n’empêche ni la créativité, ni la culture mais nous oblige, nous auteurs en début de chaîne, à remettre à jour nos critères pour s'adapter à notre époque.

Marjorie Moulineuf 

Merci à tous de vos commentaires et d'ajouter des arguments en faveur de la "désacralisation" de notre mode de fonctionnement. Car j'avoue que parfois je me sentais bien seule lorsque je disais cela. Ensemble on pourra peut-être faire bouger un peu les lignes et rien que cette perspective est plutôt réjouissante :-)

Publié le 26 Avril 2016

Bonjour à tous, je crois que vous avez souligné, Marjorie, l'un des problèmes de la mentalité française; dès qu'on veut faire autrement en matière de littérature, de cinéma ou même d'enseignement, on nous fait le coup de l' exception culturelle française, au nom de laquelle il ne faudrait rien changer! Il est grand temps de changer pourtant!

Publié le 26 Avril 2016

Entièrement d'accord..

Publié le 25 Avril 2016

Les vrais amateurs d'opéra ne se privent pas d'écouter des chansons de variété. Il en est de même pour la littérature. Un roman de gare (je revendique d'en écrire) apporte un immense plaisir pour qui veut se détendre. Un livre plus profond correspondra aux attentes du même lecteur à un moment différent.

Publié le 24 Avril 2016

C'est vrai que les romanciers anglo saxons qui font de la litterature de genre sont beaucoup mieux consideres qu'en France, mais il faut tout de meme avouer que meme aux USA on fait la difference entre les livres de S. King ou de J. Grisham et ceux de Fitzgerald ou de P. Roth (par exemple). Mais simplement on ne parle pas des premiers uniquement de maniere a les rabaisser ou a les deprecier. On apprecie chacun en fonction de ce qu'il/elle essaye de faire.

Publié le 22 Avril 2016

Merci @ElenBrigkoridwen :-) Quand on y pense, c'est fantastique cette nouvelle opportunité de participer au système et cette ouverture sur le monde. Merci à MBS de permettre cette tribune et liberté d'opinions.

Publié le 22 Avril 2016

Tout à fait d'accord, Marjorie. On ne saurait mieux dire !

Publié le 21 Avril 2016