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Le 31 mai 2016

Trop c'est trope ! Ou comment réinventer les codes de la littérature de genre

Quand on écrit dans un genre littéraire particulier, on doit en adopter les codes. Ce sont les tropes. Et chaque genre a les siens. Entre les suivre à la lettre et tomber dans les clichés pathétiques, et les ignorer au risque de déstabiliser les lecteurs et de les faire fuir, l'exercice est risqué pour l'auteur. Réinventer avec brio, pas toujours facile... Auteur aguerri de fantasy sous un autre pseudo, Dali Valpogne, qui signe la série de romance érotique publiée sur monBestSeller depuis un mois, s'est frottée aux tropes de ce genre qui en est particulièrement riche. Décodage, et conseils d'auteur.
Comment réinventer les codes des genres littéraires ?Un trope parmi tant d'autres. Chaque genre littéraire a les siens... ©Allan BARTE

Même s'il tend à passer dans le langage courant, pour qui n'est pas familier du jargon scénaristique, le mot peut laisser perplexe. Un trope, c'est quoi ? Non, on ne parle pas de cette figure de rhétorique et de son lien suspect avec la métonymie, mais bien de ce terme venu d'Hollywood et si commode pour désigner une situation codifiée dont le lecteur/spectateur est familier.

Les tropes : les envahisseurs de la littérature de genre...

Ils sont partout. Ils nous envahissent. Vous pensez vous en être débarrassés par la porte et voilà qu'ils reviennent par la fenêtre. Il faut dire qu'ils sont bien pratiques. Un jouet formidable ! Maniez-les avec brio et vous gagnez la complicité de votre lecteur, abusez-en sans originalité et vous vous vautrez dans d'ennuyeux clichés. Entre les deux, la corde est raide et l'auteur doit y rester en équilibre... Pas toujours facile.
Vous ne voyez toujours pas de quoi je parle ? Choisissons quelques exemples.

L'histoire de vampire : un groupe de voyageurs tombe malheureusement en panne en pleine nuit et en plus il pleut. Par chance, il y a un château juste à côté et le propriétaire, malgré un teint un peu pâlot, est enchanté de les accueillir. C'est un trope ((et même plusieurs, pour le coup, on vient de les enfiler comme des perles).

La série policière : un flic doit mener une enquête super dure, et en plus, c'est pas de bol, il se retrouve avec un collaborateur dans les pattes qui n'est pas flic du tout, puisqu'il est écrivain/scientifique/bibliothécaire/le diable (Castle, Bones, White Chapel, Lucifer). Cochez votre case au choix. Dans les faits, c'est absolument impossible, mais le spectateur est tellement rôdé au schéma qu'il l'accepte sans broncher.

Parfois, il y a des tropes un peu agaçants...
Dans la comédie highschool, par exemple. Il y a le gars badass [mot anglais : personne qui déchire, qui a trop la classe. Ndlr] et la petite nénette très timide, très effacée, première de la classe et qui est le boudin de l'école. Beh, oui, hein : elle porte des lunettes. Et alors là, tenez-vous bien, le gars lui enlève les lunettes (ou mieux encore, elles tombent par terre), et la fille se transforme en BOMBASSE ULTIME de la mort, métamorphose encore plus bluffante que Superman.
Le plus drôle à faire dans ces cas-là, c'est de botter le train du trope en question. Rutile, une collègue, était tellement énervée par l'exemple que je viens de vous citer que dans Geek&Girly -la BD qu'elle réalise avec Nephyla au dessin- quand le héros enlève à l'héroïne ses lunettes « pour vérifier quelque chose », il est stupéfait de découvrir qu'en dessous, la jeune fille est affreuse et qu'elle est beaucoup plus à son avantage avec ses binocles. Voilà comment on tord le cou à un trope : placez votre lecteur dans une situation très familière et cassez le final pour le surprendre. Ici, l'effet recherché est le comique, mais bien sûr, il y a toute une palette au choix.

Les tropes dans la romance érotique

Il existe plus ou moins de tropes en fonction du genre dans lequel vous écrivez. La romance érotique en est particulièrement riche. Vous pouvez utiliser ou non un tas de codes au choix, mais si vous choisissez de passer outre, vous risquez de sortir du genre et vos lecteurs peuvent se sentir perdus. Ce qui n'est pas forcément plus mal, mais il faut agir en connaissance de cause.
Les tropes sont plus ou moins complexes, plus ou moins définis. Ça peut aller de « au début, les personnages se détestent, mais ils vont finir par s'aimer », à une situation beaucoup plus détaillée comme « ma famille doit de l'argent à la tienne, alors je viens faire la soubrette chez toi. » (oui, c'est tordu, on est d'accord).
Pour ceux qui suivent ma romance, Le Dédain en Petite Culotte, vous avez pu constater que je me suis moi-même appuyée sur plusieurs tropes tels que : les personnages se rencontrent dans une situation où aucun des deux ne sait qui est l'autre, ce qui génère un quiproquo ainsi qu'une crispation. Cela me permet de déboucher sur un second trope suscité : les deux personnages se détestent mais vont finir par s'aimer. Cette situation est si familière que, sans même donner le moindre indice, on génère automatiquement cette attente-là chez le lecteur.
Quels que soient les tropes que vous choisissez d'utiliser, vous pouvez toujours en faire quelque chose, même avec les plus clichés d'entre eux. Évidemment, le mieux est de les réinventer. Le jeu consiste alors à déranger un des éléments du schéma pour bousculer l'attente du lecteur.

Reprendre les codes pour mieux les réinventer

Un exemple de trope fréquent dans la romance érotique américaine : l'héroïne tombe enceinte sans le faire exprès, au début elle veut cacher sa grossesse, mais par chance, le millionnaire l'apprend par hasard et la demande en mariage. Et elle peut même arrêter de travailler vu que maintenant, elle a la sécurité financière. Youpi, quel avenir rigolo.
Personnellement, c'est un trope que je ne supporte pas et que je ne risque pas d'utiliser. On peut néanmoins le retravailler d'une façon intéressante. Dans sa série Pouvoirs d'attraction, Abigail Barnette place l'héroïne dans une situation similaire... pour la faire avorter. Ça n'en a pas l'air, mais dans la romance américaine, c'est absolument révolutionnaire (ici, l'effet recherché est la défense d'une cause féministe, vous l'aurez compris).

En bref, c'est à vous de faire votre cuisine et de choisir quels ingrédients vous allez utiliser. De toute façon, on n'invente jamais rien en littérature. Vous n'allez pas « inventer » une carotte ou une nouvelle espèce de poivre. Par contre, votre pouvoir réside dans la façon dont vous allez assembler tout ça et le servir à votre lecteur. Utiliser un trope, c'est comme avoir recours à une bonne vieille recette de grand-mère telle le bœuf bourguignon ou la charlotte aux fraises. C'est une valeur sûre qui a fait ses preuves. Mais l'intéressant, et le plus drôle selon moi, c'est de les revisiter à votre sauce personnelle. Oui, voilà. Comme dans Top Chef.

Dali Valpogne

11 CommentairesAjouter un commentaire

Cher Monsieur,
Je vous éclaire sur l'esprit de répartie. Non pas un instant que je veuille sauver l'honneur de l'auteure de cet article, ni que le site se sente meurtri un instant de vos propos, mais il y a quelquechose qui s'appelle le référencement naturel, qui se construit entre autres par des "posts" qui ramènent des centaines de lecteurs sur cet article donc sur le site.
Quand à la définition, je l'avais bien vu, c'est juste le coup de patte arrière que vous donniez que je trouvais inutile. Coup de patte, que vous ne pouvez vous empêcher de donner à nouveau, mais remettons notre prochain RDV dans deux ans si vous le voulez bien.
Merci infiniment pour votre éclairage qui est utile et intéressant.

Publié le 21 Janvier 2018

@monBestSeller.
Réactiver un post plus de 18 mois après, ça c'est de l'esprit de répartie... (À vrai dire, je n'en vois pas trop l'intérêt, mais vous devez avoir vos raisons.)
Peut-être auriez- vous dû relire l'ensemble des échanges, car vous m'intimez de « donnez la vraie définition », mais je l'ai déjà fait dans le post du 02 juin, que je veux bien citer ici : « Le « trope narratif », expression désignant qui le mécanisme que vous décrivez […] et qui recouvre un ensemble de notions allant du clichés au topos en passant par les lieux communs et les archétypes, le trope narratif, donc, n’est qu’un des multiples tropes existants, le terme de trope étant lui-même synonyme de “figure de rhétorique” ou “figure de style”. Le trope (au sens classique, et non pas au sens dévoyé des scénaristes hollywoodiens) n’est donc pas une figure de rhétorique en particulier. »
La réponse précise à votre question se trouve dans le passage « trope [est] lui-même synonyme de “figure de rhétorique” ou “figure de style” ». Une “figure de style“, est un procédé d’expression qui s’écarte de l’usage standard de la langue et donne une expressivité particulière au propos. On parle également de “figure de rhétorique” ou de “figure du discours”.
En tout cas, ravi d'avoir pu vous être utile.
Bien à vous.
PS : Je ne méprise personne, mais j'ai peu d'estime pour les personnes qui affirment, du haut d'une tribune, avec l'aplomb que donne l'ignorance, des choses manifestement et objectivement inexactes.

Publié le 17 Janvier 2018

@Patrice Salsa
Cher Monsieur, il ne s'agit pas de se justifier, il s'agit de corriger. Donc donnez la vraie définition. Je ne vais pas faire la morale aux auteurs qui participent à nos tribunes...mBs n'est pas une encyclopédie, c'est un lieu de débat, et il y a ceux qui ont tort et ceux qui ont raison.Visiblement vous devez avoir raison, alors éclairez "ceux" qui ne savent pas sans les mépriser. Ce n'est pas nécessaire.
Merci

Publié le 17 Janvier 2018

Cher Ch. Lucius. J’ai hésité longtemps avant de décider s’il fallait répondre, ou pas, à votre commentaire, et si oui, quelle réponse apporter. Tenter de me justifier, de m’expliquer, au risque de polémiquer, ou dire que je regrette d’avoir une fois de plus transgressé la règle du politiquement correct sur les sites sociaux : « Toujours applaudir, jamais contredire, ou alors fermer sa gueule » ? Finalement, il ne m’est venue qu’une seule réflexion, mais qui est trop concise pour faire une tribune : « Pour connaître que le sens du mot trope en français, lancez une requête dans vos moteur de recherche favori ». Voilà ; après, je veux bien que Dali Valpogne, la nouvelle étoile montante de la littérature, ait raison ici contre tout l’internet francophone. J’ai vu de la lumière, je suis entré, mais je comprends que je me suis trompé, aussi vais-je me retirer sur la pointe des pieds sans plus vous déranger.

Publié le 14 Juillet 2016

@patrice salsa. Cher Patrice. Ce sont des auteurs et des lecteurs comme vous qui isolent la littérature et font que les générations qui viennent ne lisent plus un bouquin. Donner des complexes à ceux qui s'y adonnent est il le moyen de la faire aimer et surtout de l'apprivoiser ? Pourquoi vos remarques, toutes justifiées qu'elles puissent être, sont si méprisantes, même pas, elles sont condescendantes ? Pourquoi ne proposez vous pas de faire une contre-tribune brillante sur les tropes... Eh oui, l'esprit du site, c'est ça. Nos colonnes vous sont grandes ouvertes. Ch Lucius

Publié le 13 Juin 2016

A voir aussi : "le voyage du héros", principe scénaristique qui fonctionne à tous les coups...

Publié le 03 Juin 2016

Je n'ose intervenir sur le sujet, craignant de n'avoir "ni le bagage ni les capacités nécessaires" pour commenter les "tropes". En revanche, question bœuf bourguignon... Je me pose une question cruciale : Pommard ou Volnay ? La différence est ténue, mais la question est d'importance.

Publié le 02 Juin 2016

Le « trope narratif », expression désignant qui le mécanisme que vous décrivez avec beaucoup d’approximations et de raccourcis (comme le note pertinemment J-C Heckers) et qui recouvre un ensemble de notions allant du clichés au topos en passant par les lieux communs et les archétypes, le trope narratif, donc, n’est qu’un des multiples tropes existants, le terme de trope étant lui-même synonyme de « figure de rhétorique » ou « figure de style ». Le trope (au sens classique, et non pas au sens dévoyé des scénaristes hollywoodiens) n’est donc pas une figure de rhétorique en particulier. En conséquence, la phrase la plus divertissante de ce texte reste « on ne parle pas de cette figure de rhétorique et de son lien suspect avec la métonymie », la métonymie n’étant qu’un trope parmi les dizaines de figures de rhétorique disponibles dans le répertoire expressif du langage. On est dans la confusion la plus complète, et cet amphigouri visiblement involontaire ne peut qu’embrouiller ceux qui le lisent.
Un bon conseil, restez dans la production de littérature légère, et évitez de vous essayez aux textes « théoriques », vous n’avez visiblement ni le bagage ni les capacité nécessaires.

Publié le 02 Juin 2016

Le trope, si je ne m'abuse, et tel que j'arrive à le comprendre, c'est ni plus ni moins du lieu commun à la sauce au cliché. Les codes de genre, c'est un plus vaste système (implicite) de références (ou d'archétypes originels) délimitant en quelque sorte les thématiques et permettant de déterminer l'appartenance au genre - même dans les cas où le code est brouillé, hybride, voire indistinct (je pense notamment au Stalker de Tarkovski).

Les codes d'un genre contiennent donc du trope, mais les deux ne sont pas équivalents, d'où que je reste perplexe devant les deux phrases introductives qui me semblent prendre un raccourci brutal et dangereux.

Ma vision est légèrement différente: écrire dans un genre particulier ne revient pas à en adopter les tropes, qui ne sont pas constitutifs, mais représentent un sous-ensemble de schématismes, clichés et effets (très) attendus; s'approprier un genre, c'est jouer avec tout un système de représentations, au sein duquel flottent les tropes/clichés/lieux communs, que l'on finit par reconnaître comme éléments à éviter ou à renverser (ou, lorsqu'on est paresseux, à utiliser sans se poser de questions).

Publié le 01 Juin 2016

Bon allez, ce soir : boeuf aux fraises et charlotte bourguignonne :-) Bon d'accord, ce ne sont pas des tropes... Ce n'est pas si facile de manier les métaphores et autres métonymies, synecdoques, etc... En tout cas c'est intéressant que vous en parliez. Quelquefois on écrit sans trop savoir à quel genre va appartenir le résultat final. Et à d'autres moments, on adopte des tropes qu'on manie avec plus ou moins d'aisance pour que l'écrit sur lequel on travaille entre dans telle ou telle catégorie plutôt qu'une autre. Au final, c'est bien la manière de traiter ces tropes qui en fera des clichés ou de savoureux leviers et c'est le lecteur qui, sans nul doute, tranchera. Au boulot : à nous d'utiliser au mieux les fonctions décoratives du langage :-)

Publié le 31 Mai 2016

Ca me fait penser a ce film avec Dupontel. Le titre etait "Monique" et dans un sens c'etait une histoire d'amour et de romance ou un homme, Dupontel, tombait amoureux d'une femme. Sauf que la femme etait une poupee gonflable... :)

Publié le 31 Mai 2016