Quand les Immortels font la manche

8 pages de Michel Laurent
Quand les Immortels font la manche Michel Laurent
Synopsis

Une bien triste histoire...

Publié le 05 Juin 2026

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16 commentaires , 2 notes
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@A.P. Gounon
Chère Anne,
Votre vision me rassure presque. J'imaginais naïvement une poignée de spectateurs recueillis (ou endormis...), mais votre scénario est bien plus ambitieux : un élégant salon du XVIIIᵉ siècle oublié par le temps, où quelques survivants de la/leur civilisation deviseraient sous les lustres pendant qu'au-dehors gronderait le vaste monde.

Quant au zoo, je veux croire que nos deux pensionnaires vedettes conserveront assez de dignité pour ne pas se battre pour quelque confiserie lancée par les spectateurs. Encore que, par les temps qui courent, un sachet de cacahuètes gratuites pourrait bien constituer un modèle économique prometteur pour la vie intellectuelle française...
Amitiés.

Publié le 07 Juin 2026
3
@Michel Laurent. Cela me fait penser à un thé chic en bonne compagnie, la crème de la crème dissertant sur notre civilisation moribonde...Et si une bergère pucelle ne se lève pas - mais soeur Anne ne voit rien venir- ces intellectuels raffinés se retrouveront enfermés dans un zoo où la "France nouvelle" viendra leur jeter des cacahuètes... Triste en effet... Amitiés, cher Michel. Anne
Publié le 07 Juin 2026

@RENCONTRES...

Rassurez-vous : les chômeurs bénéficiaient d'un tarif à 10 €. La pensée française n'est donc pas totalement réservée aux rentiers ; elle consent encore à quelques gestes envers les classes laborieuses et/ou dangereuses.

Publié le 07 Juin 2026

@Fan de Cortex

Vous me rassurez : il ne s’agissait donc pas d’une collecte de fonds pour intellectuels en voie de raréfaction, mais d’un simple feu de cheminée avec deux causeurs de luxe. J’avoue avoir été trompé par l’exiguïté de la scène : on confond si vite un caprice mondain avec une catastrophe civilisationnelle.

Publié le 07 Juin 2026

@Zoé Florent
Un grand merci pour ces trois coeurs.

Tu as raison, et ma sévérité est sans doute guidée par un préjugé parfaitement irrationnel envers la Revue des Deux Mondes. Le passé collaborationniste de cette revue, son abri plus récent pour l'emploi fictif de Mme Fillon et sa densité exceptionnelle de marquis, ducs, comtes et autres spécimens d'élevage héraldique dans son Comité de Rédaction n'y sont probablement pas pour rien.

En plus de son Président d’honneur, ce Comité ne compte pas moins de 4 Brancards de la Carriole sur 20 membres à jour de leur cotisation ! Il est possible qu’en tant que descendant de gueux, de manants et peut-être même d'un sans-culotte particulièrement mal peigné, je souffre d'une légère allergie aux particules. Quand un comité de rédaction ressemble davantage au carnet mondain du quartier Notre-Dame de Versailles qu'à une réunion de lecteurs, j'ai tendance à chercher instinctivement la sortie de secours... ou la guillotine la plus proche, même si j’ai toujours été un abolitionniste convaincu. Que c’est dur de vivre avec ses contradictions !

Publié le 07 Juin 2026

Et puis, 25 balles, c'est peut-être une astuce pour éloigner le peuple, les indésirables, les trublions FLl, les collégiens farceurs, les SDF qui voudraient passer une heure ou deux à se marrer...

Publié le 06 Juin 2026

Cette inquiétude de voir deux intellectuels débattre dans un lieu étréci, loin des plateaux, est légitime mais inutile, car c'est le choix de ces deux penseurs de jouer une joute verbale théâtreuse pour le plaisir de converser sur une scène, de donner en spectacle leur pensée et de la voir applaudir et retransmettre - ce qui sera sans doute le cas - sur YouTube où le nombre de spectateurs sera conséquent. Aucune velléité de toucher des revenus, la recette du soir ne les intéressera aucunement. Seulement le plaisir à leur âge de jouer les cabotins tout en disant des choses sérieuses. Cela ne va pas au-delà d'un divertissement intelligent et utile, voire d'une conversation devant un public déjà rallié à leur cause. Une conversation en bonne compagnie dans un beau décor. Aucune inquiétude à avoir sur le déclin de la pensée en France, sous prétexte qu'elle s'afficherait sur une petite scène... Il s'agit plutôt du caprice de deux intellectuels à vouloir jouer les acteurs d'un soir dans un cadre intime et propice aux confidences, sous l'autorité d'une revue prestigieuse. Il ne manque plus que le feu de cheminée.

Publié le 06 Juin 2026
3
Trois coeurs pour la visibilité et la forme... Quant au fond, les temps changent. La "Place publique" s'est muée en site internet, et je trouve justement intéressant que la Revue des Deux mondes propose une expérience plus "physique", loin des amphithéâtres (rédhibitoires pour la plupart), afin de toucher plus de monde. Si j'habitais dans la région parisienne, j'irais volontiers voir ces "Immortels faisant la manche" :-).
Publié le 06 Juin 2026

@Zoé Florent
J’avoue être resté perplexe devant le qualificatif d’« élitiste ». Mon texte me semblait au contraire animé d’une nostalgie presque démocratique : celle d’un temps où les prophètes, les philosophes et les dispensateurs de vérité universelle répandaient leurs lumières sans billetterie, ou du moins sans devoir louer une caisse enregistreuse pour accompagner la métaphysique.

Je ne reprochais nullement à ces éminents penseurs de converser entre eux. Après tout, depuis Socrate, les philosophes ont cette étrange manie de philosopher. Je m’étonnais seulement qu’ils soient désormais contraints de monter sur une scène habituellement dévolue aux acteurs pour vendre des places afin d’exposer leurs idées. J’y voyais moins une déchéance des hommes qu’un symptôme de l’époque.

Quant au lieu, mon interrogation relevait davantage de la poésie que du mépris. Une scène de théâtre est traditionnellement le royaume de la fiction, des masques et des personnages. Voir un académicien et un journaliste y dispenser la vérité ultime sur le monde crée un léger vertige esthétique. Mais peut-être ai-je tort. Peut-être faut-il désormais considérer que la pensée est un spectacle comme un autre. Ou, hypothèse plus audacieuse encore, que les philosophes jouent eux aussi un rôle. Ce qui, reconnaissons-le, expliquerait enfin pourquoi certains dialogues ressemblent parfois à des pièces en plusieurs actes.

Bon week-end à toi également.

Publié le 06 Juin 2026

Étrange, cette vision élitiste... enfin, de ta part ;-)...
La Revue des Deux Mondes organise des rencontres entre les grands penseurs de notre époque, ceux qu'il est si rassurant d'écouter, justement, en ces temps particulièrement troublés. Qu'ils offrent d'assister (à un prix modique) aux conversations entre d'éminents philosophes et des écrivians reconnus à monsieur tout le monde me semble tout à leur honneur, et que cela se passe loin du tapage médiatique n'a rien de dévalorisant à mes yeux.
En bref, je ne vois aucune déchéance, aucune médiocrité dans le fait d'y participer, bien au contraire.
Bon week-end !
Michèle

Publié le 06 Juin 2026

@PUZZLE DE VIE
Vous soulevez une hypothèse que je n'avais pas envisagée : la présence d'un buffet. Si quelques canapés au saumon et deux coupes de champagne sont prévus, nous ne sommes plus dans la tragédie sociale mais dans le redressement économique. Il faudrait presque demander un audit indépendant avant de lancer une souscription nationale.

Publié le 06 Juin 2026

@galodarsac
Votre parallèle historique me rassure. J'avoue que, depuis l'annonce de cette conversation au Studio Marigny, je me sentais un peu comme un chroniqueur assistant à la chute de Constantinople.

Vous avez raison : la France a connu des heures plus sombres. Après tout, si Jeanne d'Arc a réussi à sauver un royaume avec une armure et un cheval, rien n'interdit d'espérer aujourd'hui l'apparition d'un stagiaire de chez Gallimard capable de remplir une salle de 500 places.

Gardons donc espoir. Les barbares sont peut-être aux portes, mais ils finiront bien par acheter un livre ou deux.

Publié le 06 Juin 2026

@Cyrus Slapstick
Merci de partager mon émotion. Je songe d'ailleurs à faire déposer une gerbe devant le Studio Marigny le soir de la représentation. Avec un ruban portant cette sobre inscription : "Partis trop tôt... à 19 heures."

Publié le 06 Juin 2026

@Jean-Louis Granier
Certes, l'époque semble vouée à la médiocrité. Mais tâchons de conserver une lueur d'optimisme : tant qu'il restera trois cents personnes prêtes à payer 25 euros pour écouter parler de littérature, la civilisation disposera encore de quelques signes vitaux. Faibles, certes, mais perceptibles au stéthoscope.

Publié le 06 Juin 2026

Enfin, un vrai coup de gueule, comme il en manque...
Le show de Finkelkraut et de Gisbert relève probablement plus de l'ego ou de l'hubris que de réels besoins financiers... Encore faudrait-il savoit si il ya un petit apéro conséquent, auquel (en)cas, ce serait une opération blanche (comme disait Francis), voire caritative pour bobos désoeuvrés... "Bobo show must go on"

Publié le 06 Juin 2026

@Michel Laurent Triste constat, qui illustre parfaitement le changement de paradigme qui s'opère. Nous sommes de nouveau à l'époque où les chevalier valeureux se font massacrer par la piétaille sans gloire mais mieux armée. Le nivellement par le bas a le vent en poupe, mais rien n'est perdu. Il fut un temps où le royaume de France avait la tête sous l'eau, où l'anglois tout puissant, à chaque bataille, lui enfonçait un peu plus la tête dans la boue. Fin de l'histoire? Non: une pucelle entra en scène...
Nous en sommes là, la bêtise omniprésente, omi-piapiatante semble irrésistible comme le fut Albion. Ne laissons pas tiédir la cendre, un sursaut intellectuel est encore possible. C'est ce qui caractérise notre pays depuis toujours. Souvent à genoux, parfois à terre, mais jamais enterré. L'intelligence reprendra le dessus, il faut y croire.

Publié le 06 Juin 2026

Je ne peux, malheureusement, que partager votre amertume. RIP, comme on dit lors des enterrements...

Publié le 05 Juin 2026

Bien triste, en effet. Mais qu'est-ce qui n'est pas triste, dans notre époque vouée à la médiocrité ?...

Publié le 05 Juin 2026
Michel Laurent
Biographie

Auteur de romans, nouvelles, fictions brèves et pièces de théâtre, je suis passionné par les formes d’écriture mêlant absurde, onirisme,...


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