J’ai trouvé La colère d’Arshile assez étonnant dans sa construction, parce que le roman ne se contente pas de raconter le destin de Pierre Galabert : il le fait constamment dialoguer avec celui d’Achille. Et plus on avance, plus ce parallèle devient évident, jusqu’à donner une autre dimension à toute l’histoire.
Dès le début, la peur d’Asmik m’a marqué. Elle a déjà perdu son père puis son mari à cause de la guerre et elle est persuadée que Pierre, dernier maillon de cette lignée, pourrait connaître le même sort. Cette inquiétude maternelle installe très tôt une forme de fatalité. On sait presque que Pierre va passer une grande partie du roman à essayer d’échapper à quelque chose qui, malgré tout, se rapproche de lui.
J’ai surtout aimé l’idée de Callisto. Pierre, qui refuse d’être envoyé combattre en Algérie, accepte de disparaître sous une identité féminine dans le manoir de Diane. Au départ, la situation pourrait presque relever de la comédie ou du roman d’aventures, mais elle devient progressivement beaucoup plus intéressante : Callisto n’est plus seulement un déguisement. Cette identité prend une véritable place dans la personnalité de Pierre. Il apprend à vivre autrement, devient une figure presque mythologique pour les habitants du manoir, tout en restant prisonnier d’une vie qu’il avait lui-même choisie pour échapper à l’armée.
Et c’est là que j’ai trouvé le retournement particulièrement réussi : celui qui se cache pour éviter la guerre finit par être fasciné par elle. Les revues militaires, l’entraînement physique, les armes, le parcours du combattant… on voit peu à peu Pierre se rapprocher de ce qu’il fuyait. La scène où le MAS 49 lui est présenté et où toute la supercherie de Callisto finit par s’effondrer fonctionne très bien symboliquement. À ce moment-là, ce n’est pas seulement son identité qui est révélée : c’est aussi son désir profond de partir.
Le personnage de Diane apporte beaucoup à cette trajectoire. Elle sait presque depuis le début qu’elle ne pourra peut-être pas retenir Pierre, mais elle essaie malgré tout. Son amour est parfois excessif, possessif, souvent douloureux, mais il reste profondément fidèle. J’ai trouvé assez touchante cette opposition entre Diane qui veut construire une famille et Pierre qui se laisse progressivement attirer par une idée de gloire et de destin qui le dépasse.
Les références à Achille, Patrocle, Déidamie, Callisto, Cassandre ou encore aux épisodes de l’Iliade donnent au roman son identité particulière. Ce ne sont pas simplement des citations posées entre les chapitres : elles annoncent ou reflètent régulièrement ce qui arrive aux personnages. Simon prend ainsi progressivement une place comparable à celle de Patrocle et sa mort déclenche chez Pierre cette même colère qui pousse Achille à retourner au combat. Le parallèle devient particulièrement fort lorsque Pierre cherche à venger Simon et finit par tuer l’homme qu’il tient pour responsable de sa mort.
J’ai également apprécié le mélange des registres. On passe de l’histoire familiale au contexte de la guerre d’Algérie, de la mythologie grecque à la French Connection, du manoir de Sologne à l’armée, tout en croisant la figure d’Arshile Gorky. Cela donne parfois une lecture très foisonnante. Certains développements historiques ou mythologiques sont assez longs et peuvent ralentir momentanément l’intrigue, mais ils participent aussi à la personnalité du livre : on sent une véritable envie de créer des passerelles entre l’Histoire, les mythes et le destin individuel.
La fin m’a paru particulièrement cohérente avec tout ce qui avait été préparé. Pierre pense avoir vengé Simon et semble presque invincible. Pourtant, comme Achille, il est finalement rattrapé par cette fatalité qu’Asmik craignait depuis les premières pages. Le fait que sa blessure mortelle touche son pied gauche rend le parallèle difficile à manquer, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer davantage. Et revenir ensuite à Asmik et Diane donne une conclusion beaucoup plus humaine à cette destinée héroïque : derrière le guerrier, il reste une mère, une épouse et un enfant.
Au final, j’ai surtout retenu cette idée : on peut passer sa vie à vouloir échapper à son destin et finir, presque volontairement, par marcher exactement dans sa direction. C’est ce mélange entre roman historique, aventure, drame amoureux et réécriture mythologique qui m’a le plus intéressé dans La colère d’Arshile.
De mon côté, je suis l’auteur de L’Écho du monde – Tome 1 : La Mémoire enfouie, un roman de science-fiction et d’anticipation dans un registre très différent, même si j’y travaille également beaucoup les thèmes du passé, de la mémoire, des choix et de ce qui finit toujours par nous rattraper. Si le cœur vous en dit, j’aimerais beaucoup que vous lisiez l’extrait disponible sur le site et que vous me donniez à votre tour votre avis. Votre regard de lecteur et d’auteur m’intéresserait sincèrement. Bonne continuation à vous et à votre roman.
Publié le 12 septembre 2026