11h30. Silence. Ouvrir difficilement ses yeux. Être éblouie par les rayons du soleil traversant la fenêtre et dansant avec les feuillages à peine naissants de quelques arbres. Se tourner vers son téléphone. Pas de message. Se lever. Déambuler dans toute la pièce avant de trouver la porte des toilettes. S'asseoir sur le trône en porcelaine et attendre que le flot se déverse. Se relever pour se laver les mains soigneusement. Se regarder dans la glace. Se rappeler de ne plus se regarder dans la glace.
11h45. Silence. Se diriger vers la salle de bain qui se situe à un orteil des toilettes. Tirer le rideau de la douche. Se déshabiller et laisser l'eau ruisseler sur son corps. 10 minutes de douche chaude ou 10 minutes de réflexions sur soi. Finir sa douche et avoir froid. Se crémer ensuite tout le corps avec de la glyceryl stearate, du sodium hydroxide ou encore de l'alpha-isomethyl lonone. Et enfin s'habiller ou plutôt s'emmitoufler dans son plaid.
12h30. Silence. Regarder le placard à nourriture d'en bas et avoir une envie irrésistible de risotto au champignon. Regarder encore le placard. A-t-on déjà fait l'exploit de faire un risotto avec de la fécule de maïs ou des conserves de lentille et d' haricot vert ? Refermer le placard. Se jeter finalement sur le lait et les cornflake laissés dans le placard d'en haut.
12h45. Silence. Allumer la télé et tomber inévitablement sur les infos. 1000 morts. 3000 morts. 8000 morts. Eteindre la télé. Perdre espoir. Trouver un dernier soutien en allumant son ordinateur et en faisant défiler la vie des gens sur les réseaux sociaux. Tiens, Véronique fête son anniversaire aujourd'hui ! Mettre ses écouteurs et écouter « Blood blank » de Bon Iver. Ecouter son dernier album. Ecouter tous ses albums. Regarder ensuite son téléphone. 19h45. Déjà !
20h00. Silen...non pas de silence. Des applaudissements ! Regarder par la fenêtre. Voir ses voisins taper des mains et jouer d'une même musique. Une jolie musique. Ouvrir sa fenêtre et rejoindre l'orchestre. 1 minute. 1 minute de son rythmé. 1 minute de cohésion. Fermer sa fenêtre et se surprendre à sourire. Regain d'espoir. Prendre son téléphone. Écrire à sa mère. A sa cousine. A ses amis. Recevoir des nouvelles. Se surprendre encore à sourire.
22h00. Plus de silence. Le vent souffle et diffuse la voix de la voisine chantant à tue tête « My heart will go on» dans les interstices des ouvertures de l’appartement. S'allonger ensuite sur le lit. Mettre ses écouteurs. Ecouter «Heroes» de David Bowie. Et finalement commencer à s'endormir.
11H 30 Silence. Ouvrir difficilement ses yeux...
Samira Fahardine Abdallah
» Le livre est-il un objet essentiel ?