Ces hommes qui ont choisi un pseudonyme féminin pour écrire
Si les femmes ont longtemps adopté des pseudonymes masculins pour être prises au sérieux (George Sand, les sœurs Brontë…), un phénomène inverse plus discret existe : des hommes ont, eux aussi, choisi des noms de plume féminins. Pourquoi ?
Par stratégie, par jeu, par provocation ?
Voici quelques noms... aux apparences trompeuses
>>Vladimir Nabokov,Vivian Darkbloom
Utilisé comme anagramme et double littéraire, ce nom féminin est employé dans Lolita et ailleurs pour créer une mise en abime de l’auteur lui-même.
>> Fernando Pessoa, Maria Jose
Pour exprimer une sensibilité féminine dans un cadre poétique transgressif.
Conséquence : Son pseudonyme féminin est rare mais marquant, reflétant sa richesse identitaire.
>>Daniel Handler, Lemony Snicket
Bien que ce pseudonyme soit masculin, Handler, célèbre aux US pour sa série de romans pour enfants Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire a laissé entendre que Snicket pouvait aussi avoir des attributs féminins selon les récits, jouant ainsi avec les identités floues de la narration.
>>Jean de Bonnot,"Marie-Thérèse Desroches"
Écrivain et éditeur français, Jean de Bonnot a publié plusieurs ouvrages de littérature sentimentale sous un pseudonyme féminin pour capter un lectorat féminin plus large. Il a admis plus tard que le changement de nom influençait positivement les ventes.
Pourquoi choisir un pseudonyme féminin ?
>>Surprendre ses fans ou son public
Certains auteurs hommes ont voulu explorer un style ou une perspective plus facilement attribuée aux femmes – intimité, sensibilité, romantisme...
>>Provoquer ou déconstruire les stéréotypes
En se cachant derrière un prénom féminin, certains auteurs dénoncent les biais de réception, testent les réactions du lectorat, et montrent comment le genre influe sur la perception d’un texte.
>>Échapper à leur propre réputation
Publier dans des genres dits "féminins"
Les genres comme la romance, la littérature sentimentale ou la littérature jeunesse sont souvent associés à des autrices. Certains auteurs choisissent un pseudonyme féminin pour mieux s’intégrer dans ces codes éditoriaux.
Ces auteurs ont-ils eu raison et à quel prix ?
Oui… stratégiquement. Ils ont parfois vendu plus, contourné les étiquettes et élargi leur public.
Mais ces pseudonymes ont pu susciter la méfiance, voire la colère une fois le pot aux roses découvert. Certains critiques ont parlé de tromperie littéraire.
Et aujourd’hui à l'heure commune de l'androgynie et de la revendication des genres ?
À l’époque de la transparence et de la représentativité, ces choix peuvent être vus comme des appropriations problématiques ou, au contraire, comme des expériences légitimes d’écriture libre. La conséquences, on oscille entre scandales, reconnaissance et ironie
Ces cas posent une vraie question : y a-t-il un "style masculin" ou "féminin" d’écriture ?
On pourrait répondre que la plume n’a pas de genre, mais le regard oui.
Choisir un pseudonyme féminin lorsqu’on est un homme, c’est souvent un acte littéraire volontaire mais surtout transgressif.
Cela dit autant sur la société que sur l’auteur lui-même.
Une chose est sûre : dans l’imaginaire collectif, le genre de l’auteur continue de conditionner la lecture.
» Dis Papa, qu'est-ce-que c'est qu'une librairie ?