Interview
Le 12 oct 2026

3615 mBS. Ces intrigues trop compliquées.

Certains textes que nous lisons sur monBestSeller nous donnent le tournis. De nombreux personnages se partagent la scène, chacun a ses secrets, ses mystères, et la vie les chamboule avec une telle hardiesse que nous sommes alors obligés de suspendre notre lecture pour faire le point. On sent le désir de l’auteur de dire beaucoup… un peu trop parfois.
3615 mBS. Ces intrigues trop compliquées. à lire sur monBestSeller

Voici des années que nous lisons vos manuscrits. 14 ans, ça commence à compter. Nous découvrons des textes aboutis, travaillés, même menés avec brio… et d’autres, un peu moins construits, un peu moins clairs. Des textes qui sollicitent trop le lecteur. Qui ont encore besoin de sa lecture attentive pour délivrer leur contenu.

« 3615 mBS, j’écoute !

— Il est deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Je crois que mon intrigue part un peu dans tous les sens.
— Oui… à quel point ?
— Eh bien, j’ai fait un tableau…
— Aïe. Combien de colonnes ?
— Douze.
— Houlà. Vous avez des anxiolytiques ?
— Non.
— Alors, oubliez votre tableau. On va regarder ensemble. »

 

Une intrigue peut être complexe sans pour autant être compliquée.

Et la différence ne réside pas dans le nombre de personnages, de secrets ou de rebondissements.

Elle est dans ce que le lecteur doit faire ces différents éléments.

Une révélation peut rendre l’histoire plus complexe parce qu’elle change ce que nous pensions d’un personnage, parce qu’elle éclaire une scène ancienne ou transforme le sens d’un conflit.

Dans ce cas, nous apprenons quelque chose et, en même temps, nous comprenons mieux l’histoire que nous sommes en train de lire.

 

Mais si une révélation ajoute un nouveau nom, un nouveau passé, une nouvelle branche familiale, une nouvelle dette, un nouveau crime et un nouveau monsieur qui était déjà présent au chapitre 4 mais sous une fausse identité, bref, de quoi alimenter 12 colonnes d’un tableau Excell,

Non seulement le lecteur ne comprend pas davantage ou mieux, mais il se perd dans les méandres de l’histoire avec des informations dont il ne sait plus que faire. Si bien qu’il ne se demande plus :

Que va-t-il se passer ?

Mais :

Attends… Gérard, c’est lequel déjà ?

Ce n’est pas exactement le suspense recherché.

 

Pour vérifier votre intrigue, prenez chacune de vos grandes révélations et soumettez-là à une seule question :

Est-ce qu’elle ajoute du sens ou seulement de l’information ?

— Un secret découvert peut modifier une relation.

— Un mensonge révélé peut changer notre jugement sur quelqu’un.

— Un indice peut rendre soudain limpide une scène que nous avions mal comprise.

Voilà de la complexité : les éléments commencent à travailler ensemble.

 

En revanche, si chaque rebondissement oblige le lecteur à ouvrir un nouveau dossier mental sans refermer aucun des précédents, votre intrigue risque de devenir compliquée.

Et surtout, ne cédez pas au réflexe classique que l’on remarque parfois au cours de nos lectures (sans parler de certains synopsis)

« Puisque c’est compliqué, je vais expliquer davantage. »

Danger. Warning. E pericoloso sporgersi !

Vous risquez de transformer le lecteur en archiviste de votre propre roman.

 

Essayez plutôt ceci : résumez votre intrigue en cinq ou six grandes étapes. Pour chaque étape, notez non pas ce qu’on apprend, mais :

Qu’est-ce que cette découverte change ?

Si vous ne trouvez rien, regardez-la avec méfiance.

Elle n’est peut-être pas mauvaise, mais simplement en train d’occuper une chambre dans votre roman sans payer de loyer.

 

« OK. Donc je supprime tous mes rebondissements ?
— Pas forcément, pas tous.
— Ouf… Parce que je les aime bien.
— Gardez-en quelques-uns tout en veillant à ce qu’il n’y ait pas besoin d’un organigramme pour expliquer le chapitre 12…
— Ah, quand même ?
— Eh oui. Vous voulez le numéro du SAMU littéraire… On ne sait jamais ! »

 

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Je suis bien d'accord avec vous. Sans chercher à tirer la couverture à moi, je suis victime moi-même de cette maladie grave qui entraîne que, bien avant le lecteur, je ne comprends déjà plus moi-même qui est qui et qui fait quoi dans ma prose cyclothimique (par xénophobie interorbitale, j'évite toujours, autant que faire se peut, les i grecs) et boursiflocutée. A tel point, d'ailleurs, qu'il m'a fallu, chez moi, abattre certains murs pour dérouler sans encombre la liste de mes personnages et celle de leurs agissements pas toujours circonflexes. A votre savant avis, que dois-je faire ? Envisager une cure à Vittel ? Ou une coloscopie ?
PS : Je crois que Mme de Tauriac se fourvoie : Hemingway conseillait plutôt d'ouvrir une autre bouteille de whisky.

Publié le 12 octobre 2026

Selon Hemingway, le meilleur modèle à suivre est celui de Simenon en matière d'intrigue et de structure. Un auteur doit toutefois conserver sa propre identité, tout en améliorant ses défauts. On apprend à force d'écrire. @Sylvie de Tauriac

Publié le 12 octobre 2026