Actualité
Le 14 fév 2013

Oyez webslaves, le livre va triompher de la tablette.

Si le livre s'apprête à battre une longue et éprouvante retraite, il n'est pas près de disparaître. On ne saurait en dire autant de la tablette. Petit exercice de Science-fiction.
La tablette n'aura t'elle qu'un temps face aux livres.Livre ou tablette ou livre ou tablette ou tablette...

 

Des livres, il s'en trouvera toujours dans les bibliothèques de famille, dans les caves, les greniers, ou bien en vue dans les appartements des siècles prochains, en signe de distinction sociale. Sauf à ce que s'organisent les plus ambitieux autodafés de l'Histoire (bon courage), des milliards d'exemplaires devraient continuer de vivre parmi nous.

La chute du livre n'est pas aussi rapide que celle du disque , ou même du CD.

Le livre est en revanche menacé dans sa production. Certes, le déclin du livre n'est pas la chute vertigineuse qui entraîna le disque par le fond. Mais quelle part réservée au format papier aux environs de 2100 ? La question se pose. Au vu des forces en présence, l'inégalité des armes est aussi criante que déconcertante : le livre de poche et le smartphone sont deux objets de même taille, c'est entendu. Mais tandis que le premier n'offre à la lecture que quelques centaines de pages (au delà, celui-ci ne tient plus en poche), le second recèle des ouvrages par milliers, l'intégralité des films et musiques jamais enregistrées par l'Homme, une profusion de moyens de communication... Dorénavant, "on détient le monde dans sa main" écrit avec enthousiasme Michel Serres.

Sans doute Victor Hugo ne dédaignerait-il pas d'écrire au sujet du numérique ce que lui inspirait l'invention de l'imprimerie : l'écriture devient «volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l'air. (...) Maintenant elle se fait troupe d'oiseaux, s'éparpille aux quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l'air et de l'espace" .

Le livre ne disparaitra pas parceque nous l'aimons.

L'Histoire de notre civilisation n'a cessé de se façonner du triomphe des techniques les moins coûteuses, les plus utiles, les plus pratiques, les plus économes en espace et temps. Et pourtant, par quelque prodige, cette loi immémoriale ne s'appliquerait pas au livre. C'est à croire que celui-ci jouirait de la bienveillance des cieux. Après le peuple, voici venir l « objet élu ».  Pourquoi voulons-nous croire que le livre seul ne subira pas l'impitoyable sélection du progrès? Parce que nous l'aimons. Qu'il est devenu une partie de nous même. Que sa disparition nous ébranlerait au plus profond. Mais trêve d'émotion, le livre a été conçu comme un outil de transmission du savoir. Le reste n'est que vague des passions, un doux fétichisme propre à nous autres, enfants du XX ème siècle.

Qu'un objet ait été au centre des sociétés humaines pendant des siècles n'implique pas qu'il y demeure à jamais. Si d'aucuns utilisent encore le vinyle, s'éclairent à la bougie, ou aiment à chevaucher par les routes de France, ils restent à tout le moins marginaux. C'est bel et bien dans cet esprit que l'impression d'ouvrages ne cessera pas tout à fait. Pas de sitôt. Longtemps encore le cœur du livre, treize siècles au compteur, fera entendre ses singuliers battements. Pour le plaisir d'une vieille garde. Pour les bibliophiles.

Le livre numérique, lui, au contraire, devrait disparaitre

Toutefois, au train où vont les choses, le livre numérique ne devrait pas faire long feu. Et durant que les tablettes s'acharneront sur le corps tremblant d'un livre aux abois, apparaîtront des technologies qui, à leur tour, devraient rafler la mise. Ainsi des lentilles bioniques mises au point l'an dernier par un laboratoire fino-américain : par la grâce de la réalité augmentée, une kyrielle d'informations jailliraient directement sur la rétine. Courriels, vidéos, danseuses à l'expertise toute artificielle seraient autant d'images numériques venant agrémenter notre champ de vision naturel.

Les tablettes semblent dès lors bien pâles et désuètes, quant le livre, dont elles se voulaient naufrageuses, n'aura rien perdu de son prestige. Tant et si bien que le tombeur du livre, convoqué devant les juges de l'Histoire, fera bien mauvaise figure en regard de sa victime millénaire. Hugo écrivait : « ceci tuera cela ». Et bien pas cette fois.

 

Moi je suis une bookslave, mais il va falloir jouer serré pour éviter les tablettes. C'est un peu comme passer du telex au mail sans passer par le fax...
Publié le 14 Février 2013