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Le 01 déc 2020

Je ne me suis pas reconnu par Mo Rezkallah

Il y a parfois avec quelqu'un, des liens indicibles, indestructibles dont on ne connait même pas la nature. Des liens extrêmes, de passions, d'obsessions, de sentiments dont on voudrait connaître l'essence, qu'on découvrira un jour ou pas. Une réponse de Mo Rezkallah à l' appel à l'écriture monBestSeller
Quelque chose à régler avec quelqu'un sur cette petite planèteQuelque-chose à régler avec quelqu'un sur cette petite planète

Elle parlait toujours de nez ; j'en avais déduit qu’elle était nymphomane. Je m'attendais à tout...
Elle n'avait plus répondu à mes messages depuis un moment lorsque quelque chose m'a soufflé d'être sincère, de lui dire que je me sentais seul.

Pendant que j’étalais la pâtée pour le chat, je reçus un émoticône triste, puis plusieurs messages...
Le chat dévora sa pâtée en ronronnant. Je lui grattouillai le crâne, le visage défiguré par un rictus.
Rapidement, elle me proposa un rendez-vous. C’était trop facile. Je m'attendais au pire. Un boudin psychopathe ou que sais-je encore...
Le lendemain, elle m'appela. Elle était dispo. Je lui donnai mon adresse, elle arriva rapidement.

Je n’étais pas rassuré en montant dans sa voiture, mais la vision d'une cuisse ferme et bronzée chassa ma peur. Je la scannai : brune, regard latin, bouche pulpeuse, minishort, beau grain de peau... tout de la parfaite escort-girl... Dans quel plan m’étais-je fourré ? Elle le remarqua et me dit, fâchée :

-      Ne regarde pas mes jambes... Je ne me suis pas rasée... 
-      J'avais pas vu, répondis-je. Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
-      On peut aller chez moi, si tu veux...

C’était trop facile. Mais son regard était franc, profond… Je me sentais à l'aise en le sondant.
-      On va plutôt aller en ville, dis-je, j'ai des choses à faire...

Je continuais le scanner... buste généreux... taille fine... cicatrices plein l'avant-bras... Je déglutis en silence.
Nous arrivâmes en ville. Je repris le scanner quand elle sortit de la voiture. Elle envoyait du lourd. Je ne faisais pas le poids. Tout le monde la regardait. Elle attisait les convoitises...
Mais tomber accro était trop cliché... Je baissais le volume de mes émotions... Elle attendait autre chose de moi, je le sentais.
-      J’ai froid, me dit-elle. J’ai envie d’aller aux toilettes…

Nous trouvâmes un café. Après son pipi, elle commanda un thé, moi un crème. Elle but une gorgée et parla...
C’était plus fort que moi, j'avais envie d’être gentil avec elle.
Elle tenait son visage entre ses mains, les coudes sur la table. Je trouvais ça adorable. J’avais l'impression d'avoir une gamine de dix ans en face de moi. Mais très vite, une ombre de pensées tristes l'entoura. Ses cicatrices me ramenaient à la raison.
Nous discutâmes de tout et de rien. De religion, d'art, d'amour... de drogues dont elle avait abusé... de fêtes mémorables... Evidemment, elle ne disait pas tout... Il y avait autre chose. Quelque chose de violent et incurable...

C’était une jolie fleur fanée de l’intérieur. Elle s’était donnée sans retenue, corps et âme. La culpabilité, la honte, la hantaient le soir. Elle tentait de fuir les images du passé. Ce qu'elle avait dû faire pour gagner sa vie...
Elle avait survécu à d'autres mondes... des eaux troubles où peu s'aventurent. Survivre le moment sans penser à demain… Elle voulait quitter ce mauvais rêve, trouver sa voie...
Le temps passait vite. C’était plaisant de retenir l'instant. J’avais l’impression d’être un prêtre à qui elle se confessait.
-      Désolée, on va fermer. C'est trop calme, nous dit la gérante.

Je payai l'addition. Nous nous retrouvâmes sur le trottoir. Bras croisés, visage baissé, elle se contenta d'avancer. A ce moment-là, je ne savais pas quoi faire d'elle. Honnêtement, si j'avais pu l'abandonner, je l'aurais fait. Je ralentis ma marche. Elle arriva à ma hauteur et, délicatement, colla son épaule contre la mienne... J’étais coincé.
-      On retourne à ta voiture, dis-je, y a rien d'ouvert....

Je claquai ma portière en me demandant pourquoi je me sentais aussi mal, ce que je foutais là.
-      Tu sais, dit-elle en brisant le silence, j'ai envie de mourir... J'en peux plus...

J'avais envie de fuir. Son ombre noire et funeste se déplaçait, insidieuse, vers moi.
-      J'ai fait des choses que tu ne peux même pas imaginer... sans penser à l’avenir, comme si j'étais éternelle... et maintenant, tout est fini... Je n'ai jamais vécu dans ce monde-là...
-      Pourquoi tu ne retournes pas dans ces sphères où tu es à l'aise ?
-      J'aimerais... mais c'est trop tard...

J’étais paralysé... Elle m'avait amputé l'âme de tous ses membres.
-      J'ai besoin d'aide...
-      Je ne vois pas ce que je peux faire pour toi...
-      Soit je trouve une solution, soit je meurs...
-      Tu meurs ? C'est un peu trop, là...
-      Si tu veux, je serai ton esclave sexuelle...
-      Non... non....
-      Alors aide-moi à mourir...

Elle se pencha. Mes yeux finirent par croiser les siens. Sa main se posa sur ma cuisse. Son autre main prit la mienne et la posa sur cou.
-      Tu pourras m’étrangler si tu veux... aussi longtemps que tu veux...

Sous ma paume, je pouvais sentir le rythme du sang chaud qui irriguait sa jugulaire. Un violent vertige me secoua.
Ma bouche… si sèche…
Sa main allait et venait le long de ma cuisse…
Et son souffle, si proche… Ses lèvres crues, si proches…
Mes oreilles bourdonnèrent. Ma main autour de son cou se resserra. Mon pouce remonta jusque sous l'oreille, je lui tournai délicatement la tête.
Elle soupira…
-      Prends-moi... dit-elle.

Je me penchai, humai son odeur, le nez sur son lobe, la serrai plus fermement et lui dis :
-      Comment tu sais ?...
-      Prends-moi... maintenant...

Son souffle saccadé, sa poitrine débordante… mon désir...
-      Comment as-tu deviné qui je suis ?
-      Je te le dirai après... Prends-moi...

J’étais sur le point de succomber. Cette catin allait gagner. Je pouvais entendre ses pensées... ressentir sa satisfaction...
Ma bouche sur sa veine... je fis un dernière effort...
-      Je... te le... demande une dernière fois... comment ?

Elle eut un petit rire, m’attira vers elle…
D'un geste brutal, je lui rompis le cou.

 

 

 

@Rezkallahmo
C'est brut, fort et cash. C'est excellent. J'adore!

Publié le 03 Janvier 2021

@Rezkallahmo une petite faiblesse inhabituelle, peut-être, et encore... mais un rendu toutefois excellent !!!! Une bonne claque ! Bravo à ton imagination !

Publié le 01 Décembre 2020

Bonjour @lamish et @la miss 9

En effet, je viens d'achever la rédaction d'un roman assez long dont la sortie est prévue chez mon éditeur pour les fêtes... et c'est dans un état de fatigue mentale extrême que j'ai participé à cet appel à écriture pour me changer les idées.
Merci pour vos commentaires.
Mo. :)

Publié le 01 Décembre 2020

@Rezkallahmo Tu ne m'en voudras pas si je te dis que c'est imaginatif, cash, fort et excellent :-)))) ? Merci pour cette contribution très représentative de ta plume, de ces ambiances particulières que tu privilégies.... ta signature... Bises et bonne fin de journée. Michèle

Publié le 01 Décembre 2020

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis que je trouve votre prose débraillée ? Et que tout cela donne l'impression d'avoir été écrit à la va-vite ? Vous nous avez habitués à mieux...

Publié le 01 Décembre 2020