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Le 10 mai 2021

Avril. Le choix des lecteurs Aresior : le convoi des 1500

Le devoir de mémoire naît parfois d'un accident. En découvrant l'uniforme de son grand père dans une armoire, STEPHANIE GANZETTI LEVY (re)découvre un pan insolite et douloureux de l'histoire de France, elle en fait son sujet de roman à la fois expiatoire et rédempteur. Avec la proximité nécessaire à tout roman, et la distance indispensable à tout document historique. Une réussite.
Les "malgré nous", alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans l'armée allemandeLes "malgré nous", alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans l'armée allemande

Le roman de STEPHANIE GANZETTI LEVY s'inscrit dans un contexte historique assez peu connu : l'Alsace de 1940 à la fin de la guerre

Ce livre met en éclairage un épisode poignant de la seconde guerre mondiale, celui concernant les Alsaciens enrôlés d’office dans l’armée allemande.

Rappelons-nous que l’Alsace eut une situation toute particulière car annexée en juin 1940 à l’Allemagne qui considérait ces terres comme siennes et n’en avait pas accepté la perte en 1918. Il en fut de même pour la Moselle.

L’Alsace devint alors allemande ce qui eut comme conséquence l’enrôlement des jeunes hommes dans la Wehrmacht. Ceux qui refusaient exposaient alors leur famille à des représailles très sévères. En clair, ils n’avaient pas le choix !

Forcés de revêtir l’uniforme allemand, ils furent nommés par l’Histoire des « Malgré nous ». Cela concerna 130 000 hommes (100 000 Alsaciens, 30 000 Mosellans)

Une double peine pour ces hommes : perte de nationalité et combat pour une cause absurde

L’on peut parler de double peine pour ces hommes.

Ils durent combattre dans les armées allemandes principalement sur les fronts de l’Est, alors que cela ne correspondait ni à leur patrie ni à leur idéologie.

Et pour ceux qui furent fait prisonniers en Russie, ils connurent ensuite l’enferment dans les camps de concentration soviétiques avec tout ce que comportait de difficultés et brimades : travaux de force, malnutrition, coups, maladies etc.

Ils furent nombreux à périr tant tant dans les combats que dans ces camps à la gestion inhumaine.

A leur retour, beaucoup voulurent tourner la page, se reconstruire et enfuir leur passé douloureux.

Une biographie très réussie, un mélange des genres unique

Le tour de force de ce livre, c’est que Stéphanie Ganzetti Lévy raconte ce qu’a enduré son grand-père qui fut un « Malgré nous », comme si elle avait vécu les événements.  Elle utilise le « je » pour raconter ce récit, se mettant littéralement dans la peau et la tête du personnage. L’histoire ainsi que les sentiments décrits sont d’un total réalisme et d’une grande justesse de ton.

L’auteur a su rendre consistants et attachants les personnages, tout particulièrement son grand-père. On lit alors ce récit alternativement comme un roman à rebondissements, comme une biographie historique, documentée, et comme un témoignage, presque une autobiographie.

La genèse du livre prend racine dans un détail de vie et devient le centre d'une mémoire familiale et collective

Stéphanie Ganzetti Lévy s’est lancée dans ce récit après avoir trouvé l’uniforme de son grand-père dans une armoire. Elle sut alors qu’elle avait trouvé le thème de son livre.

Pour cela, outre la mémoire familiale, elle fit pendant plus de 4 mois des recherches dans les archives, notamment à Berlin où cela prit beaucoup de temps. A ce jour, elle n’a pas obtenu le dossier de son grand-père en Russie mais ne désespère pas. Qui sait, cela pourra peut-être donner naissance à une suite ? 

Cette écriture fut pour l’auteur une grande émotion car personne dans sa famille ne connaissait son projet qu’elle murissait à l’aube des 100 ans de son grand-père.

L’alchimie des genres avec la vérité historique comme fil rouge, et les sentiments vibrants en corollaire font de ce livre une réussite tant pour nous lecteurs que pour la famille qui vit une mémoire douloureuse mais salvatrice.

 

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