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Le 20 oct 2026

3615 mBS. Des personnages de roman qui manquent de personnalité.

Certains textes, que nous lisons sur monBestSeller, nous donnent une bizarre impression : celle que tous les protagonistes s’expriment avec une seule et même voix. Ils ont des biographies différentes, des parcours et des destins particuliers, mais intérieurement, ils habitent tous à la même adresse. Que se passe-t-il donc ?
3615 mBS sur monBestSeller. Des personnages de roman qui manquent de personnalité.

« 3615 mBS, j’écoute !

— Je viens de lire un bouquin avec des personnages de folie. Et maintenant, je regarde les miens et… ils me paraissent fades.

— Respirez. Que leur reprochez-vous, exactement ?

— Ils ont du sang de navet.

— Ah… mais encore.

— Il ne leur arrive rien d’époustouflant.

— Certes…

— Ils pourraient être Toulmonde…

— Hélas.

— Je ne sais plus quoi inventer pour les rendre exceptionnels.

— Et comment s’expriment-ils ?

— Pardon ? »

 

Eh oui, quand on trouve ses personnages trop plats, le premier réflexe est souvent de leur ajouter quelque chose.

  • Une manie,
  • Une cicatrice ou un aspect physique,
  • Un passé douloureux ayant viré depuis longtemps au trauma,
  • Une obsession pour les poissons rouges, mais jaunes.
  • Ou tout cela en même temps et plus encore.

 

Et voilà que notre Gérard, qui a vu, à l’âge de cinq ans, son père écraser volontairement un hérisson, collectionne des timbres représentant des hérissons sans savoir pourquoi, car le trauma est enfoui, qu’il porte des lunettes double foyer, et ne peut pas rouler en voiture sereinement, finit par avoir un accident, tombe dans le coma, revoit le meurtre du hérisson, se rend compte que son père ne l’a pas écrasé volontairement, mais qu’il a donné ce coup de volant fatal afin d’éviter d’emboutir un landau dans lequel se trouvait un bébé, et c’est ainsi que Gérard soigne son histoire, retrouve l’amour de son père, se marie et a beaucoup d’enfants.

 

Est-il pour autant devenu un personnage plus vivant ? Plus mémorable ?

Parce que la personnalité d’un protagoniste ne tient pas seulement à ce qu’il fait ou vit ou pense.

Un roman n’est pas limité au scénario, au casting et aux dialogues. Un roman est porteur de voix.

Comme dans la vie (la real life) : nos lexiques et la manière dont nous les utilisons sont fortement conditionnés par nos différentes expériences. Suivant les contextes, nous allons utiliser certaines expressions, en bannir d’autres. Suivant l’expérience que nous sommes en train de vivre, nous allons privilégier certaines locutions, un tempo particulier.

 

Le problème survient quand l’auteur possède lui-même une voix très forte. Une belle langue, un goût particulier pour les images, une manière reconnaissable d’analyser le monde.

Ce qui est excellent, sauf si tous les personnages en héritent.

La grand-mère, l’adolescent, le policier, la voisine, le patron de bar et l’enfant de neuf ans trouvent alors les mêmes métaphores, construisent leurs phrases sur le même modèle, repèrent les mêmes détails et comprennent les autres avec la même finesse.

Ils ont des biographies différentes, mais intérieurement, ils habitent tous chez l’auteur.

Parfois, deux protagonistes ne partagent pas le même point de vue, mettons même qu’ils se disputent à propos d’une question particulière. L’auteur prend généralement soin de faire exprimer à chacun sa propre vision de l’affaire… mais trop souvent les personnages se disputent dans la même langue ! C’est ballot. 

 
Petit test assez cruel.

Prenez une scène de dialogue dans votre manuscrit. Idéalement entre trois personnages. Maintenant, retirez toute manière de les identifier.

Pouvez-vous encore savoir qui parle ?

Pas grâce à un « tu vois » ajouté systématiquement chez l’un, et un « bordel » régulièrement distribué chez un autre : les fameux tics de langages chaudement recommandés dans les conseils d’écriture.

Mais grâce à ce qu’ils pensent devoir dire. À ce qu’ils évitent. À ce qu’ils comprennent de travers. À la longueur de leurs phrases. À ce qui les agace. À ce qu’ils ne remarquent même pas.

 

Et faites le même test hors dialogue.

Si trois personnages entrent dans une chambre, regardent-ils tous les trois la même chambre ?

Car donner une voix à un personnage, ce n’est pas que lui inventer une manière originale de parler.

C’est lui donner une manière particulière d’exister dans le monde.

 

« Donc je laisse tomber la cicatrice sur la joue de Gérard ?

— Vous pouvez.

— Et une obsession pour les hérissons ?

— Si vous y tenez.

— Et je ne lui fais plus dire “sapristi” toutes les trois pages ?

— Éventuellement.

— Mais qu’est-ce qu’il va me rester, alors ?

— Bon, excusez-moi, mais je dois raccrocher. Courage ! »

 

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Bon sang, mais c'est bien sûr! Encore un prisme au travers duquel je n'ai jamais relu mes romans... Sacré 3615 mBS, vous êtes redoutable, et terriblement efficace! Mille mercis!
Anne

Publié le 20 octobre 2026