Actualité
Le 05 jui 2016

L'écriture est un long voyage.

L'écriture, c'est comme une recette de cuisine dont on pourrait ajouter et retirer à merci tous les ingrédients pour offrir une palette infinie de saveurs. Et le cuisinier n'est pas nécessairement le meilleur juge, ni le meilleur vendeur de ses plats d'ailleurs... Les grands restaurants sont la voie royale, les petites auberges ont leur charme. Laurentlesax raconte.
Ecrire et se faire éditer : la grande route et les chemins de traverseÉcrire et se faire éditer : la grande route et les chemins de traverse

Écrire : une immense palette de saveurs et de couleurs puisque l'auteur peut y revenir à l'infini.

L'écriture est un voyage. Voyage pour le lecteur bien-sûr, mais aussi évidemment voyage pour celui qui écrit. Voyage intérieur, dans l'imaginaire de son histoire, de son besoin de raconter. C'est un lieu commun. Une banalité, mais quand même. Vient cependant un moment où ce voyage solitaire de l'écrivain au fil de son texte ne se suffit plus à lui-même. On écrit, on ré-ecrit... on se lit, on se relit, tout seul dans son coin. Comme une recette de cuisine que l'on prépare, qu'on goûte et qu'on regoûte. On rajoute du sel, du poivre. On hésite. Encore un peu de sel. Non, là il y en a trop. L'avantage du sel en écriture, c'est qu'on peut en enlever lorsqu'on en a trop versé. Mais, du coup, on n'arrête pas d'en mettre et d'en enlever sans jamais trouver le parfait dosage... Bref, on ne sait plus trop quel goût ça a au bout du compte... et il faut bien à un moment se confronter à un avis extérieur, passer sa cuillère en bois à une autre bouche en scrutant son regard, sa mimique, pour savoir... si c'est bon, si ce n'est pas trop salé, trop sucré, trop fade ou trop épicé. Si c'est juste mangeable même...

Faire connnaître son livre, le vendre : une gageure

Vient alors un autre voyage, où l'on va prendre son petit plat sous le bras, son petit roman, sa petite nouvelle, et se mettre en quête de ce partage que l'on a que trop attendu. Le moment semble venu, même si c'est encore un peu trop tôt, qu'on aurait bien rajouté encore quelques épices, malgré tout, on se lance. On va dévoiler sa recette, sa secrète et improbable invention à quelques professionnels de la tambouille littéraire, qui connaissent, eux, la tendance actuelle au salé ou au sucré. Les chefs étoilés habitent de belles et grandes maisons (d'édition) et l'on s'y rend par de belles et grandes routes, mais de plus en plus embouteillées à mesure que l'on s'en rapproche. En chemin, on croise aussi des petites routes transversales menant à de plus petites maisons, un peu cachées, en contrebas, formant de discrets villages. On se dit qu'on ira faire un tour, plus tard, en revenant de chez Top chefs, et on attend, dans le trafic, son tour. Certains panneaux croisés en chemin, annoncent pourtant de jolis noms de villages, de petits hameaux, certains mal indiqués sur les cartes ou pas indiqués du tout... On patiente, on patiente. C'est vraiment bouché. Bon, allez, on va quitter la grande route, ce sera sûrement plus joli. Hop. Bonne décision, ça roule carrément mieux, même si la destination est plus incertaine à présent. Le paysage est plus frais, l'air moins lourd, moins pollué. On se sent plus à l'aise, on respire mieux.

Choisir la voie qui rendra l'auteur-écrivain heureux.

Sur la route, plus petite, menant aux incertains villages aux plus petites maisons, j'ai croisé un étrange panneau indiquant "monBestSeller.com". Intrigué, j'ai décidé d'y faire une petite halte, et me suis donc rendu au centre de ce petit village aussi original qu'improbable. Coup de chance, c'est jour de marché sur la place centrale et je me retrouve donc à déambuler parmis d'autres, avec leur caquelon sous le bras, tout comme moi, dans ce lieu coloré. Je souris. Il y a différentes allées bordées de stands où se sont posés certains pour faire goûter leurs recettes aux passants. Le lieu est simple et sobre. Naturel. C'est gai et convivial. Il y règne une sensation de liberté et de fraîcheur. Les habitants on l'air sympa. Je me promène le long de ses longues allées, flânant sans but réel que celui de me laisser surprendre. On m'offre au passage une petite dégustation de tapenade de poésie. Très bonne. Un peu plus loin je goûte un grand verre de pétillante nouvelle, fraîche et sucrée, accompagné d'une succulente bouchée de roman noir aux épices érotiques. J'ai envie de goûter à tout ! Il y en a pour tous les goûts et je ne sais plus où donner de la bouche...

Savoir que d'autres auteurs existent, accepter la critique.

On m'invite à poser à mon tour mon caquelon sur la table, en ôter le couvercle, ce que je fais, non sans gêne. Certains passants s'arrêtent pour regarder à l'intérieur. On me demande de goûter. Ma cuillère est prête. Je scrute les réactions, non sans appréhension. Un petit attroupement se forme autour de ma création, on commente. On aime bien. On me demande si c'est du bio. On me dit que j'aurais peut-être pu mettre un peu plus de ci ou de ça... mais que c'est quand-même bon. Je jubile. Mon plat peut donc plaire à quelques gourmets... Incroyable. Bon, bien-sûr les avis sont partagés. Certains trouvent ma recette trop salée (zut, j'en étais sûr...) alors qu'elle est un peu trop fade pour d'autres... (aarrgh!). Il y a aussi ceux qui goûtent et passent leur chemin sans mot dire. Sans doute n'ont-ils pas aimé. Il y a tant d'autres plats à goûter ici, à confronter. Certains sont d'ailleurs vraiment exquis et me font pâlir tant le mien me paraît sans saveur à côté ! Ce sont sans doute des pros, me dis-je pour me rassurer. Ils proposent d'ailleurs parfois plusieurs recettes de leur création et l'attroupement à leur étal est impressionnant. Je goûte à mon tour. Délicieux.

Le plaisir de se confronter à des lecteurs, à des auteurs.

Grâce à ce village au marché passionnant de saveurs insoupçonnées, j'aiguise mes sens, mon palais. J'apprends. Je comprends mieux. Tout le monde a sa place. Tous ici se côtoient gaiement, humblement, partageant leurs expériences, sans prétention, sur leurs chemins respectifs. Non, ce ne sont pas des pros, mais des assidus, des bosseurs, des génies parfois. Des amateurs au sens pur du terme. Et les passants à qui ils proposent leurs recettes, des passionnés, aux papilles aiguisées, et qui permettent aux néophytes dont je fais partie avec ma première recette dévoilée, de progresser et de, peut-être, revenir, plus tard, présenter une nouvelle création, avec plus de savoir-faire, de saveur, de sel... un jour. Ce village est formidable et je suis bien content d'avoir quitté la grande route... L'attroupement autour de mon caquelon se dissipe à présent peu à peu... mais je ne regrette pas d'avoir dévié mon chemin. Merci au bourgmestre d'avoir permis ce beau marché aux mille saveurs dont on sort l'esprit nourri et le coeur léger (ou l'inverse...). Je reviendrai souvent m'y promener, goûter de nouveaux plats et regarder autour du caquelon que j'y ai déposé, si il reste des curieux à satisfaire. N'hésitez pas à plonger la cuillère, je ne suis toujours pas bien sûr de mon dosage de sel... ;-) Allez, hop... je retourne à mes fourneaux ! 

Laurentlesax

Merci à tous, gourmets des lettres et des mots, pour vos gentils commentaires... Très cordialement.

Publié le 06 Juillet 2016

@Laurentlesax. J’ai adoré votre article. Il a un goût très particulier grâce à ses nombreux mots savoureux et une texture très agréable. Un vrai régal que ce mélange de symboles culinaires ! Et que du vrai, du bon et du bio ! Bravo pour ce court extrait de vos talents d'auteur qui suscitent l'envie de vous lire. Bien à vous. Isabelle PIRAUX

Publié le 05 Juillet 2016

@Laurentlesax, merci pour ce voyage métaphorique original dans lequel les cuisiniers positifs de MBS se retrouveront assurément. Votre "En un rien de temps" m'attend depuis quelques temps, déjà, dans ma bibliothèque au côté d'autres recettes que je n'ai pas eu le temps de déguster. Je reviens vers vous très bientôt pour vous commenter.

Publié le 05 Juillet 2016

Bonjour Laurentdesax. Bel article sympathique aux plaisantes images métaphoriques. Très juste comparaison que ce marché de la dégustation^^ Bonne poursuite de votre découverte des saveurs de mBS, on n'a pas fini de faire travailler son palais et de rencontrer du monde ici :-)

Publié le 05 Juillet 2016