Les affaires des autres

132 pages de Audrey Rechal
Les affaires des autres Audrey Rechal
Synopsis

Timéo, quatre ans, vit avec sa mère Émilie et son beau-père Cédric. Un dessin d’école où il représente leur famille recomposée, d’un trait d’enfant, naïf, sans intention, déclenche la colère de son père Joachim, qui commet l’irréparable.
Un an après le drame, Timéo vit chez sa grand-mère, qui l’élève désormais. Le récit déroule les jours qui ont suivi, puis précédé la disparition d’Émilie, et dévoile les silences, les tensions, les gestes manqués, les signes ignorés.

Publié le 29 Avril 2026

Les statistiques du livre

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4 commentaires , 5 notes
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3
Ce qui m'a saisie en premier, c'est le sens de la marche. On sait dès les premières pages qu'Émilie est morte ; le récit, lui, remonte le temps, jour après jour, du cercueil jusqu'aux crêpes promises et au cheval blanc du carrousel. Du coup, on ne lit pas pour savoir ce qui va arriver. On lit pour comprendre comment tout un entourage a pu voir et laisser faire. C'est terrible, et c'est d'une grande justesse. Le regard de Timéo porte le livre. Il observe sans comprendre, et c'est cette innocence qui rend l'horreur à la fois supportable et plus coupante : la chasse aux fantômes improvisée pendant la marche blanche, le chat de Schrödinger transposé dans l'enveloppe du certificat de décès qu'on n'ose pas ouvrir, les histoires de saintes que lui glisse Colette, Philomène en tête, la petite qui dit non et qu'on n'arrive pas à briser. Et ce dessin, ce ventre rond avec l'œuf au creux du corps, qui déclenche le pire. J'ai mis du temps à m'en défaire. La comptine du petit cordonnier m'a glacée. Faire monter la violence conjugale dans une berceuse, vers après vers, jusqu'à « sa petite femme il battait », c'est d'une cruauté parfaitement maîtrisée. Et puis il y a le vrai sujet, celui que dit le titre. Les affaires des autres. Tous savaient, à la sortie de l'école, au commissariat, autour d'un café. On a murmuré, jaugé, jugé, et personne n'a bougé. Le procès, à la fin, ne juge pas que Joachim : il renvoie chacun à sa propre question, qu'aurait-il fallu faire ? Vous ne tranchez pas à notre place, et c'est précisément ce qui reste. Par moments, l'écriture est si dense en images que j'aurais aimé un peu plus d'air entre deux scènes. Question de tempo, pas de talent : la matière est ample et tenue d'un bout à l'autre. Merci pour ce texte, qui m'habite encore. Il touche à quelque chose que je creuse de mon côté : l'amour qui surveille, qui pose ses conditions, ces « si » dont on ne se défait jamais tout à fait. J'ai moi aussi déposé un roman ici, Les gants blancs, où une femme finit par quitter cette économie-là. Si le cœur vous en dit, j'y serais sensible.
Publié le 26 Juin 2026
3
Bonjour @Audrey Rechal. J'ai lu votre livre en une soirée de canicule, la gorge serrée, au bord des larmes. Votre récit est terriblement émouvant. D'abord à cause de la narration ! Un livre avec une chronologie inversée, ce n'est pas courant mais très efficace. On connaît la fin et on découvre de façon surprenante toute l'histoire. Des lettres d'injures, des menaces de plus en plus concrètes, de plus en plus terribles d'un homme hyper violent qui n'a plus rien à perdre : tel est le calvaire d'Emilie. On se croirait dans une tragédie grecque dans laquelle l'issue fatale forgée par le destin est inéluctable. Toute l'histoire se déroule sous le regard d'un enfant de quatre ans qui a ressenti une énorme quantité d'émotions qu'il exprime en vers avec rimes et dont la réflexion : Maman est au ciel et papa en prison, pourrait faire pleurer des pierres. Je vous félicite très sincèrement pour ce magnifique morceau de littérature. Deux observations : 1. Je suis étonnée par la réaction des paroissiens de Saint-Pierre-ès-Liens face à un prêtre de couleur. On est en 2019 et il y a belle lurette que des prêtres africains officient en France dans nos paroisses. 2. La Paix du Christ est échangée après le Notre-Père et avant le chant de la fraction du pain (Agnus Dei).
Publié le 22 Juin 2026

Bonjour @Audrey Rechal,

J'ai lu votre récit d'une traite, vous avez décrit les faits en les contextualisant de descriptions et d'amour, ainsi l'on se fait du récit le film du drame, dans une vie presque banal. Vous nous avez livré cette histoire sans ressentiment, sans jugement, les faits rien que les faits. J'ai apprécié cette distance, cela laisse de la place à la réflexion. Seules les histoires du soir, raconté à Timéo, dépeignent la violence possible d'un homme aveuglé par son seul désir.
Que faire de cette peur qui tétanise, qui empêche de se libérer des griffes du mal ?
Ne devrait-on pas apprendre aux petites filles de voir mieux, d'être lucides, de s'échapper, de se libérer elles-mêmes, sans attendre que le prince charmant ne vienne les délivrer ?
Combien d'hommes encore et toujours, ne sont que le reflet parcellaire de ce qu'ils prétendent être ?

Publié le 23 Mai 2026

Bonjour @Bahloul

Court roman, et non nouvelle… j’insiste sur le genre ! même si la question fait toujours débat dès qu’il s’agit de savoir à partir de quand un texte devient un roman :)
Merci pour votre lecture et pour votre commentaire. Ce qui me touche, c’est que vous avez perçu ce que j’ai essayé de déplacer dans ce récit. Le drame était presque pour moi à la périphérie. Ce qui m’intéressait davantage, c’était ce qui use lentement les êtres, ce qui s’installe sans bruit dans un entourage, et qui produit peu à peu les renoncements ordinaires.

Je vous souhaite un agréable week end.

Audrey.R

Publié le 14 Mai 2026
3
@Audrey Rechal. Bonjour. Votre nouvelle installe immédiatement un contraste terrible entre l'innocence de l'enfant et la violence du drame. Elle est chargée d'une force émotionnelle, mais aussi d'une sensation de fatalité étouffante. Les silences, les signes omis, annoncent une tragédie où chacun a vu sans parvenir à empêcher. Autre particularité réussie dans cette nouvelle c'est qu'elle présente le drame non comme un fait divers, mais comme explorateur de la fragilité de l'équilibre familial, des blessures de séparation ainsi que des conséquences psychologiques qui en découlent. Texte subtil et bien mené, bravo et merci pour l'échange.
Publié le 14 Mai 2026

Grand merci pour votre lecture et pour cet avis précieux @WildGoose
Votre remarque sur le ton adopté m'intéresse beaucoup, parce qu'elle touche précisément à ce que j'ai cherché en écrivant ce texte.
J'ai privilégié la posture et l'innocence de l'enfant. Ce regard s'est imposé naturellement à moi, avec sa manière de traverser le drame sans toujours pouvoir le nommer ni l'expliquer. Ce décalage entre le sujet et le ton participe, je crois, à la tragédie elle même. Jamais en la soulignant, mais en la lassant affleurer dans les silences, dans les gestes, dans ce qui demeure en marge.
J'ai essayé d'écrire dans cette retenue, en laissant au lecteur toute la place de ressentir et de regarder dans le miroir tendu. C'est un parti pris, sans doute aussi parce que je suis moi même ce type de lectrice.
Merci encore pour votre lecture. Je vous souhaite une agréable journée.
Audrey.R

Publié le 13 Mai 2026
3
Il y a beaucoup de douceurs dans vos mots pour raconter ce drame. Pas d’emphases, pas de mouchoirs, mais ce ton presque léger qui survole les scènes, comme si la distance que vous imposiez permettait d’être encore plus touchée. Mais, à vouloir laisser entendre, laisser comprendre, ne pas tout dire, ne manque-t-il pas l’émotion avec un grand E inhérente à ce type de drame ? Pour moi, je crois que si. Pas parce que j’aime pleurer !, quoi que, mais parce que les grands romans font que le soir, on ne peut pas fermer la page, et on retient ses larmes pour ne pas éveiller son conjoint ! Et j’ai trouvé votre histoire pas loin de pouvoir générer de tels sentiments. C’est très beau.
Publié le 13 Mai 2026

Bonjour @VeroniqueD
Je vous remercie pour votre lecture et votre avis.
Vos mots sont très justes sur ce qui se joue entre les lignes. Je suis heureuse que vous ayez ressenti cela, c’est ainsi que j’ai voulu raconter cette histoire, sans sensationnalisme et avec toute la pudeur qu’elle appelait.
Encore merci à vous,
Audrey.R

Publié le 03 Mai 2026
3
Vous, vous utilisez une écriture descriptive d'un très fort niveau avec des métaphores et des images sensorielles puissantes :" les souvenirs ont une odeur qui lui rappellent la mort ". En tout cas elle est jolie cette relation fusionnelle entre la mère et la fille et on devine dès le début entre les lignes avec le ton du texte comment se prépare de manière caché un drame qui va dévorer sa proie. On peut d'ailleurs dire que la tonalité des phrases est à la fois mélancolique et belle avec des gestes tendres derrière lesquels il y a la tristesse. "Papa est en prison, maman est au ciel". C'est une phrase qui fait mal au coeur et qui le transperce.
Publié le 02 Mai 2026
Audrey Rechal
Biographie

Au ministère de la Culture le jour, je respecte les récits bien cadrés. Le reste du temps, j’écris là où ils débordent.
J’accompagne...


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