Interview
Le 26 Aoû 2026

Ecrire pour témoigner

En s'adressant à l’humanité, le témoignage permet de se rebeller, de continuer à vivre et guérir ses blessures. C’est un combat contre l'oubli, contre le silence et l’ignorance des autres, pour leur ouvrir les yeux, pour changer leur regard, pour qu’ils comprennent eux aussi.
Ecrire pour témoignerEcrire pour témoigner

Le témoignage, une valeur de rédemption

Y avez-vous pensé ? On ne témoigne pas de ses vacances dans le Sud Ouest, d’une virée en bateau, ou de vacances chez sa belle mère. Le témoignage a le plus souvent une valeur de rédemption, la nécessité de dire, de faire savoir pour passer à autre chose. Il vient d’une urgence de l’auteur à raconter les événements, son expérience que nul n’aurait pu rapporter s’il ne l’avait pas vécue.

Les drames, les tragédies, les épreuves s’y prêtent car les douleurs qu’elles engendrent remplissent plusieurs fonctions. Une trace historique : la preuve objective que « cela » a existé, une trace anecdotique : la preuve de mes émotions, de ma souffrance, du dépassement de moi dans les épreuves, et les remèdes éventuels pour m’en sortir. La valeur d’« exemple » et de « mémoire » y est permanente. En tant que dépositaire de son histoire, le témoin est supposé raconter, avec objectivité et précision, sans pathos, ni effets littéraires, sans artifices, les expériences qu'il a traversées afin que les générations futures comprennent, assument, mais surtout s’interrogent.  

Un genre littéraire à part entière

C’est la Shoah qui a sans doute vraiment permis de « baptiser » le genre. Primo Levi, écrivain italien de la période, parle de la nécessité d’écrire son expérience comme « la violence d’une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les besoins élémentaires ». On comprend du même coup la double dimension vitale du témoignage : écrire pour survivre (du coté de l’auteur), et découvrir la vérité pour avancer (pour les lecteurs).

Soljenitsyne s’est privé de faire paraître son fameux « L’Archipel du Goulag », longtemps après qu’il l’eut achevé. « Le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts » déclarait-il. Mais dès que la sécurité d'État s'est emparée de ce livre, il l’a publié sans délai en 1989. La vérité, souvent niée, se révèle un démenti criant aux forces négationistes. Car le témoignage, c’est faire éclater la vérité, pas une vérité. Les lycéens russes le lisent aujourd’hui comme un classique incontournable de la littérature, fondement de leur histoire.

Auteurs du genre et principes d’écritures

Si  le témoignage, (qui fait d’ailleurs référence à des origines juridiques) se doit de rapporter les événements qui seront considérés comme justes et objectifs, les auteurs qui pratiquent le genre ont souvent généré des principes d’écritures, qui ont donné lieu à des ambiguïtés. Ces textes sensés avoir une fonction éthique presque journalistique se construisent sur les principes de l’information. Mais nous sommes des hommes. Et dans l’écriture, même si nous nous voulons factuels et sobres, la littérature reprend ses droits, la « poétisation » et la « fictionnalisation » est la tentation évidente pour rendre l’émotion vécue ou tout simplement rendre « beau » les textes.

Témoignage et littérature

Le témoignage devient littérature quand il faut transcender des réalités qui ne sont pas dicibles, qui perdent leur relief dans un récit sobre et terne. Les mots perdent leur sens ou en prennent un nouveau selon les contextes : « avoir soif dans un camp de concentration », ce n’est pas « avoir soif après une partie de tennis ». Le texte de témoignage invente-t-il, dans son régime propre, une « nouvelle façon d'être artistique », permettant à la littérature de se redéployer sur un autre mode ?

Vous avez un livre dans votre tiroir ?

Publier gratuitement votre livre

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…

26 CommentairesAjouter un commentaire

@Week-end
Tout est possible... Il est vrai que selon La Rochefoucauld : "Celui qui vit sans folie, n'est pas si sage que ça..."
Mais enfin, question ego, les écrivains "die wissen etwas davon" .Ils en savent qq chose aurait dit Nietzsche...

Publié le 01 septembre 2026

@bichet denis

Dans le deuxième cas, vous oubliez le jeu.
La comédie.
Un désir de "fictionner" sa propre démarche, de la rendre séduisante (ou agaçante).
Vous oubliez que rire de soi n'est pas si fou que vous croyez.
Parler de soi-même à la 3ème personne est une mise à distance, une ironie.
Pour le dire intellectuellement : L’ironie, dans ce cas de figure, étant l’émission d’un énoncé pour dire le contraire de ce qu’il pose manifestement, cette mise à distance produit un effet d’asymétrie qui renverse ironiquement l’objet qu’elle reflète. En d'autres termes, l'auteur est acteur de son propre jeu, il est le jeu. Les écrits qu'il propose n'ont rien d'un jeu (les cartes dans un jeu sont sérieuses), mais c'est la manière qu'il choisit pour les proposer qui l'est. Il vous fait jouer à lire, pour vous faire lire.
Pourquoi ce jeu, me demanderez-vous ? parce que j'imagine que cet auteur veut créer dans cet espace convenu un peu de "folie"... que certains prennent au "mot". Ou au 1er degré. Tiens donc...

Publié le 01 septembre 2026

PETIT PRECIS D'ETHOLOGIE
Dans un groupe, chaque individu réagit à des stimuli et se situe sur une échelle de valeur, comme les poules sur l'échelle d'un poulailler. Ce que les psychologues en éthologie, la science du comportement animal, appellent le "pick-up order".

Certains auteurs de MBS, sauf ceux qui sont suffisamment mûrs et indépendants, n'échappent pas à la règle et réagissent au moindre commentaire qui les fait grimper d’un cran dans cette échelle de valeur : l’estime que nous accordent les autres et que nous nous accordons en retour est un puissant stimulant qui devient vite une addiction...

Une technique pour améliorer son score consiste à ignorer certains interlocuteurs, afin de signifier qu’on a pris de la hauteur. La méthode douce...
Une autre, qui confine à la psychiatrie, consiste à créer des faux profils pour parler de soi à la troisième personne en devenant l’admirateur de ses propres écrits…

L’homo scribus, qui se situe en haut dans l'échelle de Maslow (le besoin d'accomplissement), éprouve un tel besoin de reconnaissance qu’il est prêt à tout.

Publié le 01 septembre 2026

@Catarina Viti
Chère Catarina, pratiqueriez-vous le ghosting ? Cette technique qui consiste, après avoir lancé une conversation, à faire semblant d’ignorer son interlocuteur… et qui, selon une étude américaine, serait davantage employée par les femmes…
Rassurez-vous : quand on connait les techniques de communication et de manipulation, elles sont plus amusantes qu’autre chose…

Publié le 31 août 2026

@Adagio en sol majeur, ben que vous dire...
Maintenant, je n'écris plus qu'à la main (des cahiers entiers depuis l'année dernière). Au moins, je sais que ça ne sort pas de la machine.
Et pour ne pas oublier ce qu'est la littérature, je lis des auteurs comme Avraham B. Yehoshua (Monsieur Mani)... le jour où une IA saura le faire, c'est que nous ne mériterons plus le qualificatif d'Humains.
La vie est belle... sur le papier.

Publié le 31 août 2026

@Catarina Viti
Vous confirmez donc ce que j'ai dit. l IA a pris conscience que les trois quarts des auteurs sont moyens. Et compris que les recopier était un appauvrissement... Comme la photocopie d'une photocopie d'une photo est forcément moins bonne que l'original...
Mais je n'ai aucun doute sur le fait que les auteurs de talent se démarqueront toujours. Il est un signe qui ne trompe pas, c'est qu'ils énervent profondément et qu'ils sont souvent l'objet de censure..
Ceux qui pensent que la littérature est une question d'orthographe ou de style n'ont rien compris à la littérature c'est surtout le domaine des idées... Tous les grands auteurs ont remis en cause ou révolutionné la pensée de leur temps... Les historiettes sont queue ni tête n'intéressent que leurs auteurs. La littérature est forcément l'expression d'un malaise, d'un mal-être ou d'un espoir... Ceux qui n'ont pas souffert n'apportent rien à la littérature...

Publié le 31 août 2026

Alors, vous savez, @Adagio en sol majeur, que j'y ai consacré des heures et des jours. Jusqu'à ce que le sujet devienne... un non-sujet. Pour deux raisons
1. Les auteurs usent et abusent de l'outil et ne veulent surtout pas le reconnaître. Ils sont prêts à renier leur mère.
2. Il est autant inutile de s'opposer à l'IA, que de s'opposer à la lune ou à la pluie. Ce qui est fait est fait.
Mais j'ai une excellente nouvelle à vous communiquer (si vous ne la connaissez pas déjà) l'IA se charge de faire la chasse aux productions IA.
Eh oui.
Désormais, les algorithmes détectent ce qui pue l'IA, et le relèguent aux fonds de tiroir.
Les nouveaux algos cherchent comme des chiens truffiers la chair vive. Les nouveeaux critères E-E-A-T de Google privilégient l'Expérience, l'Expertise, l'Autorité et la Fiabilité (Trust).
Peut-on mieux faire ?

Publié le 31 août 2026

L IA écrit comme un pied, pour une raison simple et évidente, elle fait la moyenne de tous les textes publiés sur le net. Et comme il y a que 10 ou 20 % d'écrivains qui ont du talent, on imagine le résultat. Ceux qu' ne font pas la différence ne sont probablement pas dans ces 10 ou 20 pour cent.

Publié le 31 août 2026

Pour le dire plus simplement je suis un esprit simple et concret à qui il faut dire les choses sans éloquence particulière... Ne m'en voulez pas...

Publié le 31 août 2026

@Catarina Viti
j'ai rompu avec Jésus parce que je suis hermétique aux paraboles. Elles me font le même effet qu a une poule qui a trouvé une paire de ciseaux...

Publié le 30 août 2026

@Bichet Denis,
Baf, bof, bif... Je suis sûre (je parie un kilogramme de concombres — cette année, on dirait que les concombres ont décidé de coloniser le potager, y en a partout) que si vous semez des graines de pâquerettes, vous finirez par voir pousser des pâquerettes.
Et si l’on considère que jusqu’à présent, vous avez surtout fumé... eh bien, je parie (un autre kg de concombres) que votre terrain est fin prêt.

Publié le 30 août 2026

@Catarina Viti
Merci pour votre réponse détaillée, non dépourvue d’humour.
Ce serait un peu injuste de me ranger dans la catégorie des TPMG : je ne suis pas de ceux qui republient en boucle et jusqu’à l’hystérie des textes onanistes, relevant prétendument du patrimoine mondial de la littérature…
Je viens d’ailleurs d'encenser deux jeunes auteurs qui m'étaient totalement inconnus....
Quant à écrire des articles sur eux, ce serait avec plaisir. Mais enfin, vous ne pouvez tout de même pas reprocher à l’auteur le plus blacklisté, censuré de ce site — et injustement, souvent, après une lecture trop rapide de l’informaticien de service — de prendre encore et toujours des tombereaux d’insultes pour avoir exercé son libre droit à la critique littéraire. Et je le reconnais, mais vous n’êtes pas la dernière, souvent avec ironie.
Bien à vous, en Aveyron…
PS : Je ne réponds pas complètement à votre question, ca risquerait d'être long et déprimant une autre fois, j'espère...

Publié le 30 août 2026

@Bichet Denis,
Ma suggestion est toute simple (et sans malice).
mBS met un site entier à la disposition des personnes dont l'écriture est un hobby, une manie ou une passion, et pour permettre à toutes ces personnes d'avoir une vie en dehors des circuits officiels qui leur sont fermés.
Une vie pour y croire, ou continuer à y croire, pour se familiariser avec le fonctionnement de l'univers du livre, etc.
Il fut un temps, où ces personnes avaient spontanément compris que ce milieu étant un milieu alternatif, il ne pouvait fonctionner sur le modèle de TPMG (Tout Pour Ma Gueule).
Puis, phénomène d'érosion naturelle et collective (ou, comme diraient certains "archipélisation" de la société), les personnes se sont mises à fonctionner comme dans la "vraie vie".
TPMG à fond la caisse : on pose son livre, et on s'attend à ce que tout le monde s'évanouisse de liesse, reconnaisse et acclame le génie... et rien ne se passe. Forcément. La réalité, elle, n'a pas changé.
***
Tiens, une question, au passage : avez-vous lu le livre de David Amiouni, "Le silence de Lyna" ?
***
Vous voyez, c'est la que quelque chose cloche : tout membre de cette aimable compagnie devrait fondre sur ce livre, le lire, le commenter (même pour dire que c'est une daube !). La page de l'article devrait crouler sous les commentaires. Tout le monde devrait être fou, être fou pour Amiouni.
Et pourquoi toute l'aimable société devrait-elle sonner le shofar, taper sur ses casseroles, ameuter le monde à grand cris ? Parce que ce livre a fait un tour complet de piste mBS => et passe maintenant sur mBL => et se vend actuellement en librairie.
Pourquoi l'aimable compagnie ne comprend-elle pas que plus elle soutiendra ce livre, plus ce livre la représentera ? Plus elle sera représentée, plus le texte de Denis Bichet aura la possibilité de susciter de l'intérêt ?
***
Donc, et excusez cette digression, il existe une fucking rubrique intitulée "Regard sur un Livre", tombée dans les oubliettes faute de participation, et ma suggestion est toute simple : quand vous lisez un texte qui a répondu à vos attentes de lecteur, vous pouvez faire trois choses :
1. Laisser un petit mot à l'auteur (ce qui permet à sa page d'être éclairée, et d'être potentiellement plus attractive)
2. Adresser un petit mot à contact@monbestseller pour signaler que ce texte devrait, selon vous, entrer dans la série "Livre le Plus" (et donc, aller potentiellement vers le destin du livre de monsieur Amiouni "Le silence de Lyna")
3. Rédiger une chronique (dans le style Babelio) et l'envoyer à la même adresse avec pour objet "Regard sur un Livre".
C'est ainsi, et ainsi seulement, que ce site pourra remplir ses fonctions.
Bon dimanche à vous, Bichet.

Publié le 30 août 2026

@Catarina Viti
Ne voyez aucune malice dans ma réponse, je n'ai pas compris votre remarque ou suggestion.
J'en profite pour signaler aux lecteurs une autre performance littéraire, une écriture arythmique et syncopée, une nouvelle en vers libres très intéressante...
https://www.monbestseller.com/manuscrit/25956-le-gros

Publié le 29 août 2026

@Catarina Viti
Qu'est-ce que vous entendez par soutenir ? Moi, souteneur ?!

Publié le 28 août 2026

@Bichet Denis
Pourquoi ne le soutiendriez-vous pas ?
https://www.monbestseller.com/actualites-litteraire/18233-trois-nouvelles-rubriques-monbestseller-pour-faire-mouche
J'en ai fait 7/12... Vous savez, au bout d'un moment, on se fatigue.

Publié le 28 août 2026

@Catarina Viti
Je plussoie par anticipation. Je me doute que gérer une plateforme n’est pas évident, même si j’en gère une qui est plutôt paisible, après avoir viré les allumés, les gourous à amulettes et les lobotomisés qui traitent de f4scistes ceux qui ne pensent pas comme eux. Je garde les fêlés, car la lumière les traverse… D'ailleurs, sur un site dédié à : "Jeanne d'Arc une passion française", c'est le minimum...
Et je me doute pour en revenir à votre remarque, que le talent ne ruisselle pas forcément sur les simples, les gentils et les modestes…
Mais enfin, il y a parfois des pépites étonnantes — bien que je déteste ce mot stupide et galvaudé. Une fois n’est pas "coStume"…
Comme ce texte de Nesrine Bouafiane, qui est un petit bijou de délicatesse… https://www.monbestseller.com/manuscrit/25647-quelques-heures-avant-le-depart

Publié le 28 août 2026

@Bichet Denis.
Vous pouvez regarder de ce côté-ci (pas mon bouquin -rires-, mais les trois autres).
https://www.monbestseller.com/actualites-litteraire/25793-temoigner-pour-que-rien-ne-sefface-4-livres-monbestlibraire-a-glisser
Et vous savez qu'il existe une rubrique "Regard sur un Livre" qui fut justement prévue à cet effet (mais ne rencontra aucun succès, et quand je dis aucun, je devrais dire AUCUN!!!!!!) : tapoter sur son clavier pour parler du livre mBS d'une ou d'un obscur inconnu.

Publié le 28 août 2026

Je me permets de reprendre le clavier, parce que je suis un grand bavard et que le sujet m’inspire…
Je conçois que le témoignage de Primo Levi soit accablant pour l’humanité, qu'il dise l’indicible, et que son œuvre constitue un document majeur, un témoignage fondamental.
Mais ne faut-il pas aussi, sur un site comme MBS, donner la parole aux petites gens, aux sans-grade, à Marie-Claude, à Julien, qui traversent dans le silence, et parfois dans le déni de leur famille ou de leurs collègues, des épreuves douloureuses ?
L’Histoire, que je vénère, ne doit pas être un paravent destiné à occulter les témoignages des gens ordinaires». Car c’est souvent au tréfonds de cette humanité moyenne que naissent les conflits, les souffrances, les injustices qui terrifient le monde…
Il existe tant de sites consacrés à l’Histoire et à la grande littérature qu’un seul pourrait bien se consacrer aux gens ordinaires, leur donner la parole plutôt que de les reléguer dans le rôle de spectateurs ébahis devant les grands auteurs, ce qui, en fin de compte, ne fait que leur rappeler qu’ils ne sont rien.
Toute homme, toute femme, est littérature et, porte en lui une part de l'humanité...

Publié le 28 août 2026

@Haze bine
Cher ami,
J’apprécie beaucoup vos positions courageuses et argumentées; mais, si je vous accorde que le mot « woke » désignait initialement le combat des populations noires maltraitées, il a pris un sens beaucoup plus large et désigne aujourd’hui, la gauche universitaire et hors-sol qui s’emploie à déconstruire ou à détruire la société et la culture.
Ne m’en veuillez donc pas trop si je l'emploie dans ce sens.

Tous les mots évoluent : qq exemples :
"Vilain" désignait à l'origine un paysan libre, avant de prendre le sens d'un personnage malveillant. "Bourgeois" désignait un habitant d'un bourg, un homme du peuple, il s'applique désormais à une classe sociale aisée. " Formidable" voulait dire "qui fait peur" il signifie maintenant le contraire... "Malin" signifiait "diabolique", il signifie de nos jours intelligent... "Impressionniste" était au départ une insulte, c'est devenu un superbe mouvement de peinture... "Ministre" signifiait serviteur... je vous la fais pas...

Publié le 27 août 2026

Je voudrais à travers ce second commentaire dénoncer l’effacement des témoignages par une élite intellectuelle dégénérée. En particulier l’usage du mot Wokisme.
Le Wokisme, un terme qui permet tous les abus. L’expression woke résulte du verbe anglais wake, réveiller, pour représenter un état d'éveil face à l'iniquité. Il est parfois utilisé en anglais parlé afro-américain dans l'expression stay woke, reste éveillé.
Le Wokisme dans son essence signifie être vigilant face aux abus et aux inégalités raciales.
C’est une mode déplaisante de beaucoup d’intellectuels que d’utiliser le mot Wokisme à des fins de règlement de compte avec une population noire qui a été persécutée durant des siècles. Tout se passe comme si ces penseurs, blancs en général, sont à l’affût de sujets qui leur permettent de survivre dans un milieu d’intellectuels qui n’a pour règle que le dénigrement et le chacun pour soi.
Le fait même qu’elle ose se défendre sera considéré par notre élite comme du Wokisme. Le Wokisme, terme à la mode, devient synonyme de je ne sais quelle conspiration contre les blancs, chrétiens et occidentaux.
Faut-il rappeler que les noirs au long des siècles ont subi les pires des maltraitances. On parle avec aisance de l’esclavagisme, mais on ignore ce qu’il représentait réellement.
Des milliers, voire des centaines de milliers de personnes noires déportées de leurs lieux de naissance comme du bétail. Beaucoup mouraient dans les bateaux où ils étaient mal nourris et battus.
Par la suite, on les fit travailler dans des conditions inhumaines, dans des champs, des terrains agricoles, dans les voies ferrées…
Être fouettés était leur quotidien. Leurs femmes, leurs enfants étaient violentés et violés. On les empêchait d’entrer dans les endroits fréquentés par des blancs, d’emprunter les mêmes moyens de transport que les blancs. Quant à avoir des droits civiques, cela tenait de l’utopie. Et lorsque, enfin, on se rendit compte de leur calvaire, on leur accorda quelques broutilles.
Et c’est là qu’entre en jeu le Ku Klux Klan qui, rappelons-le, étaient des hommes blancs revêtus de cagoules blanches qui s’acharnaient contre les noirs. Ils les violaient, les torturaient pour, à la fin, les pendre.
Finalement des écrivains, des intellectuels auront contribué à un retour en arrière avec la suprématie blanche, les Maga. Grâce à eux, nous revenons au pire des incertitudes.

Publié le 27 août 2026

Salut, @Michel Laurent,
Puisque nous sommes à évoquer les grandes pages bidonnantes de la littérature, parlons de Marguerite Duras. La Douleur. Evoquant d'une manière quasi clinique l'état de Robert L. -témoignage, donc- elle réussit l'exploit de faire embrasser non seulement l'expérience d'un rescapé des camps, mais elle nous ouvre les yeux sur l'insupportable entêtement de la vie. Elle ouvre en quelques pages, des abysses. Elle renverse les tables. Encore une fois : la démonstration de ce que la littérature peut révolutionner l'esprit.

Publié le 27 août 2026

Votre commentaire @Catarina Viti me paraît toucher à l’essentiel. Chez Levi, la littérature ne vient pas embellir le témoignage : elle lui permet de devenir intelligible. Il ne cherche pas à nous dire que la soif est atroce ; il nous montre un homme qui a soif, de l’eau qui circule derrière un radiateur, un glaçon à portée de main, puis une main qui le lui arrache. Et soudain, dans cette scène dérisoire, quelque chose de beaucoup plus vaste apparaît.

C’est là que réside la force singulière de Levi : ne jamais surligner l’horreur. Il laisse les choses parler, et elles parlent d’autant plus terriblement qu’elles restent à leur place. Quatre jours sans boire, un glaçon refusé, quelques mots : « Ici, il n’y a pas de pourquoi. » Il n’en faut guère davantage pour que le lecteur comprenne que le Lager n’est pas seulement un lieu où l’on souffre, mais un monde dans lequel les relations les plus élémentaires entre les choses - avoir soif, trouver de l’eau, boire - ont été méthodiquement abolies.

La littérature n’est ici ni ornement ni commentaire du réel. Elle est cette opération discrète par laquelle un fait minuscule devient la vérité d’un monde. Levi ne transforme pas le témoignage en littérature : il nous montre que, lorsqu’un homme sait vraiment regarder, le témoignage contient déjà la littérature.

Publié le 27 août 2026

Levi ne dit pas seulement “j’ai soif” ; il construit une scène qui fait comprendre ce que “soif” signifie dans le camp. La littérature n’ajoute donc pas une couche décorative au témoignage : elle donne au fait sa portée humaine.
Levi commence presque par la phrase la plus simple qui soit : « Que nous avons soif ! » Puis, au lieu d’expliquer cette soif, il la met en situation : ils n’ont pas bu depuis quatre jours ; ils entendent l’eau circuler dans les radiateurs ; un robinet est là, sous leurs yeux, mais l’eau est interdite et imbuvable.
Et un peu plus loin, la soif devient une petite scène dramatique. Levi aperçoit un glaçon, essaie de le prendre, un gardien le lui arrache. Levi demande : « Warum ? » Et tombe cette réponse : « Hier ist kein warum » — « Ici, il n’y a pas de pourquoi. »
Levi pourrait écrire : « J’avais atrocement soif ».
Mais cela ne nous ferait pas éprouver grand-chose.
À la place, il nous donne le contexte : quatre jours sans boire, un robinet, le bruit de l’eau, une eau infecte, puis un glaçon qu’on lui retire.
Donc il ne « poétise » pas nécessairement au sens de belles métaphores. Il fait quelque chose de beaucoup plus fort : il matérialise la soif.
Et le glaçon fait basculer la scène. Ce n’est soudain plus seulement : j’ai soif. C’est : je souffre d’un besoin humain élémentaire ; la chose qui pourrait le satisfaire est là, à portée de main ; et même cela m’est arbitrairement refusé.
La soif devient alors une manière de montrer ce qu’est le Lager : un monde où même la logique ordinaire — j’ai soif → il y a de l’eau → je bois — est détruite.
Ce qui donne toute sa puissance à « Ici, il n’y a pas de pourquoi ». Levi part d’une sensation physique minuscule pour faire comprendre tout un système.
C’est du témoignage ET c’est de la littérature. Le fait vécu est : j’avais soif et on m’a retiré un glaçon. Le travail de l’écrivain consiste à choisir cette scène et à la raconter de telle manière qu’elle nous fasse comprendre bien davantage que la soif.

Publié le 27 août 2026

Voici un sujet important qui a été malmené par une approche strictement inadaptée. En premier lieu, l’image de couverture est surprenante. On y voit une femme dans une position de dépression. Est-ce une femme battue ? Est-ce une femme tourmentée ? Mystère. Cette image contribue possiblement à l’orientation du sujet.
La référence à deux écrivains connus et ainsi qu’à des événements tragiques place la barre très haut. Que suis-je en tant qu’écrivain indépendant et du dimanche face à ces grandes célébrités ? Que sont mes problèmes personnels face à ces drames en rapport avec la Seconde Guerre mondiale ?
Avec ces exemples vous balayez définitivement les états d’âme du pauvre quidam que je suis. Je reste donc en conformité avec votre texte.
Les témoignages que vous rapportez sont sous forme de livres qui se vendent à un prix. Très peu vont les acheter du fait même de leur commercialisation. Ceux qui le feront, ce sont des personnes acquises au préalable à la cause. Leur achat des livres n’ajoutera rien aux témoignages que vous citez.
Dès que vous monétisez un témoignage, progressivement, il perdra de sa puissance. Avec les années qui passent, il devient un objet de consommation. Face à des problèmes préoccupants, comme ceux de la seconde mondiale, il y avait une autre approche basée avant tout sur la gratuité. Et la confiance.
Concernant les témoignages eux-mêmes. Cela fait des siècles qu’ils existent et ils ne sont pas en rapport avec le monde contemporain. Vous citez deux hommes, je cite deux femmes. Les témoignages de Flora Tristan sont extraordinairement justes. Nous devrions tous les relire pour comprendre d’une part la condition des ouvriers, d’autre part la condition féminine. Je reviendrai sur ce sujet. Flora Tristan à travers ses textes, dépasse de loin l’esprit de Karl Marx.
La seconde femme pratiquement méconnue est Mary Wollstonecraft. Elle représente un témoignage de la condition féminine de son époque également. Mais avec la sagesse en plus. Avec ces deux femmes, nous ne sommes plus dans la banalité, mais dans l’exceptionnel. Je reviendrai sur ces deux femmes ainsi que sur leurs témoignages.
Finalement, les témoignages de cette manière que vous décrivez perdent leurs attraits après quelque temps.
Qu’en est-il des témoignages actuellement ? J’ai presque envie de rire en posant cette question. Cela porte le nom de témoignages best-sellers. Les témoignages se vendent bien. Ils s’inventent bien également. Ils servent de références pour dénigrer je ne sais qui.
J’aurais espéré une meilleure approche pour un sujet aussi sensible, aussi important. Parfois, placer la barre très haut est contre-productif et pourrait fausser la donnée.
Dans un premier prochain commentaire, je reviendrai sur des témoignages dévoyés de leur portée, par une intelligentsia tyrannique et cynique.

Publié le 27 août 2026

Sujet sensible et intéressant, qui me touche, puisque je relate actuellement les épreuves que je traverse avec ma fille.
Ne pas témoigner, c’est s’enfermer dans sa souffrance. Témoigner, c’est relater un point de vue, forcément subjectif, et accepter de s’exposer.
Ce qui aide, c’est de penser que notre témoignage peut toucher ou concerner d’autres personnes...

Publié le 26 août 2026