La Dame aux camélias- Dumas filsSi. Allons-y. Pas à pas.
La littérature ne peut que refléter son époque (fiction) et sa projection (science-fiction). Les écrivains ne peuvent imaginer l’inimaginable. De quelle époque parlons-nous aujourd’hui ? La littérature française ne peut échapper aux impacts de la mondialisation et de la course aux ressources, la prédominance de la géopolitique et la fin du droit international, la polarisation du protestantisme et de l’islam politiques, les replis nationalistes-communautaires-racistes, l’offensive féministe et la contre-offensive masculiniste, l’écologie dont tout le monde fait semblant de se préoccuper, la vie de plus en plus chère, de moins en moins sûre, droguons-nous davantage et faisons moins d’enfants, profitons de la vie tant qu’on peut ! Que la littérature parle de son époque ou pas, elle en est un ricochet.
Gabriel Matzneff en littérature, Gérard Depardieu au cinéma et Gérard Miller dans le journalisme
Dans le cas précis qui nous intéresse ici, un centralisme éditorial tout parisien où à l’image de la bourgeoisie bien-pensante de la Ville lumière, on se plait à s’encanailler et on aime à s’émoustiller la glotte avec des monstres comme Gabriel Matzneff en littérature, Gérard Depardieu au cinéma et Gérard Miller dans le journalisme. Les salons de la capitale palpitent toujours du léchage de cul d’écrivains : Yann Moix et Frédéric Beigbeder en sont champions.
Et les nouvelles technologies ? Pardon ? Les nouvelles technologies… Nous y reviendrons car elles ne savent rien faire d’autre que d’accélérer les processus ; pas de quoi perdre son calme. Voilà pour le contexte actuel.
2021 : De nombreuses œuvres s’alimentent de thèmes familiaux à travers le filtre intimiste et intergénérationnel ; exercice d’introspection, souvent menacé par un secret inavouable.
2022 : Pas mal d’œuvres sont des récits familiaux et d'auto-fiction, les pères, les mères et ceux qui ont fait tous les autres comme disait Léo Ferré, avec une goutte de nombrilisme et parfois d’horribles surprises à la Claude Chabrol.
2023 : Raz-de marée d'œuvres familiales. D’où viens-je ? Qui est mon père ? Ma mère ? surtout. Et toujours les non-dits d’une génération sur l’autre.
2924 : La famille persiste et signe, entre héritages, silences assourdissants et traumatismes.
2025 : Rebelote ! Je vous présente mes parents, surtout mon père, un homme dur… A la recherche des honteux secrets familiaux… Apothéose de l’intimisme familial.
Oui, la littérature française contemporaine s’oriente de plus en plus vers l'intimisme, se tournant sur son intérieur. Fini le « nous » révolutionnaire, je retourne au « je » et je ne suis pas un autre. Hors de question bien sûr d’affirmer que la littérature française n'est qu’intimiste.
Cependant, une partie significative des œuvres récentes privilégie l'exploration de soi et du vécu personnel pour interroger le monde, faisant de l'intériorité une voie d'accès privilégiée à la compréhension du présent.
Oui, la littérature française contemporaine est de plus en plus marquée par une vision psychologique, explorant les conflits internes et la complexité des personnages, influencée par le développement des sciences humaines et un besoin sociétal d'introspection face aux défis modernes, se concentrant sur le ressenti pour mieux comprendre l'individu et ses motivations profondes.
Et la boucle se boucla… La société française elle-même est de plus en plus marquée par une vision psychologique, une préoccupation accrue pour le bien-être mental dans un isolement individuel accru, et une tendance à tout analyser à travers des prismes personnels et émotionnels, accentuant le ressenti individuel face aux crises et aux évolutions sociétales et leur lecture : combien de journalistes ne sont-ils pas dans la tête de Trump dernièrement ? La France se sent de plus en plus fragile, l’analyse se concentre sur les vulnérabilités, le post-traumatique est devenu à la mode dans toutes les sphères de la société.
Bien, notre littérature est à l’image de son temps, pas de quoi se chercher des poux dans la tête. D’accord. Pourtant, une chose sont les œuvres, autre chose la présentation que les médias en font. Ces médias de plus en plus marqués par une vision psychologique, non seulement par leur contenu (santé mentale, tendances), mais aussi par leur impact sur notre cerveau (attention, émotions) et les stratégies marketing qui exploitent nos biais cognitifs, créant ainsi une boucle où la psychologie influence la consommation médiatique et vice-versa, notamment avec les réseaux sociaux. Retenons quelques exemples de contenus médiatiques à la mode : une santé mentale précaire créant une préoccupation psychologique croissante, je suis belle donc je m’estime, choquez-moi et je vous dirai que c’est sensationnel ! Méthode Coué-Goebbels. Et les nouvelles technologies, j’y viens, qui obligent votre cerveau à scroller les modes.
En résumé, un artiste et donc un auteur, sans post-trauma est moins bankable. L’un avec sa série de podcasts sur des vedettes françaises et l’autre avec son indigeste Naissance, Miller et Moix ont habilement manipulé cette affaire pour leurs intérêts personnels. Le premier en tant que pseudo-médecin, le second comme pseudo-malade. Freud à sa descente de l’avion à New-York nous avait prévenus ; « Ces gens qui m’acclament ne se rendent pas compte que je leur amène la peste. » Sachant que la psychologie est plus populaire et plus accessible que la sociologie ou la philosophie car elle se concentre sur l'individu, l'esprit, les émotions et le comportement personnel.
Ecrivains, écrivaines de la francophonie, unissons-nous pour que le vent tourne ! Pas de victimisation, résistance ! Partageons moins nos craintes et plus notre courage ! Au diable la frilosité, prenons des risques ! L’écriture n’a jamais été un exercice collectif, affirmons, travaillons, affinons notre go ! Et méfions-nous de la pizza livrée à la maison !
Hugues Cayzac

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
@Alain T. Brunner
Réduire le paysage intellectuel à Onfray, Zemmour et Houellebecq, comme s’il n’y avait qu’un partage entre « extrême droite » et « droite extrême », c’est entériner une vision caricaturale du débat public. Ces voix sont visibles, certes, mais elles ne résument ni la création ni la pensée contemporaine.
Des tendances plus humanistes sont bien audibles aujourd’hui : Mona Chollet, Alain Mabanckou ou Cynthia Fleury travaillent des questions de vulnérabilité, de démocratie, de mémoire et de justice sociale avec une réelle audience. Et.des philosophes contemporains comme Julia de Funès, Axel Honneth ou Cornel West ouvrent des discussions autour de l’éthique de la reconnaissance, du care ou de la solidarité plutôt que de la confrontation permanente.
Quant aux « sommets des charts », l’époque où Marc Lévy et Guillaume Musso dominaient sans partage est passée. Marc Lévy est même absent du top 10 des auteurs les plus vendus en France depuis 2024. Les meilleures ventes récentes sont largement portées par des autrices comme Mélissa Da Costa ou Virginie Grimaldi. Le paysage est plus diversifié – et moins monolithique – qu’on ne le dit.
C'est assez simple : on donne au public ce qui se vend facilement !
CQFD
Alain T. Brunner
Merci pour votre commentaire. L'idée de l'article est d'inspirer un débat équilibré et serein. Je n'ai pas trouvé une seule phrase positive dans tous vos propos (parfois hors-sujet). En résumé, paragraphe par paragraphe, je ne dis que des âneries; systématiquement. Je me réserve donc le droit de ne pas vous répondre. Vive la liberté d'expression, quand même!
@Hugues Cayzac
Attention, Jean-Jacques Rousseau n’est pas français. Personnellement, je mettrai Alfred de Musset en tête, certainement pas dans le peloton.
Le romantisme, ce n’est pas de la lamentation, c’est quelque chose qui correspondait à une époque. L’on retrouvait le romantisme dans la poésie, dans la musique, dans l’architecture, dans les arts... Bref, un peu partout. Le romantisme n’a pas pour objectif de réformer son époque. L’un de ses buts est de fournir un support pour les consciences du beau. Des textes d’une très grande beauté nous proviennent du romantisme. Ils sont toujours présents dans nos cœurs.
En ce moment de la Cancel culture, de la sophistication des manipulations mentales, il n’est pas possible de dire qu’il y a une corrélation entre l’écriture et la société.
En ce moment, la science-fiction ne constitue pas la projection des sociétés. Auparavant, oui. Si l’on examine l’histoire Superman, qui est également Clark Kent, on y trouve :
1 Le thème des premiers émigrés américains. Notre héros provient d’une autre planète.
2 Les grandes valeurs des Américains. Ainsi, même s’il est l’homme le plus fort du monde, Superman est un simple fermier.
3 Les grands thèmes du romantisme à travers l’amour entre Lois Lane et Clark Kent. Toujours, Lois Lane préfère le timide Clark Kent au valeureux Superman.
4 C’est toujours un moment plein d’émotion lorsque Lois Lane découvre que Clark Kent et Superman sont la même personne. Superman, Clark Kent, constitue un personnage toujours présent. Ce que la science-fiction présente ne peut faire.
La littérature n’est certainement pas une affaire de rentrée. Celle-ci est avant tout organisée par des maisons d’édition. Autrement, les grands courants se sont, toutes tendances confondues, Michel Onfray, Zemmour, Houellebecq. Pour les romans, ce serait plutôt Guillaume Musso et Marc Lévy.
Il ne peut y avoir corrélation entre le roman et la famille, puisqu’en France, celle-ci s’effrite.
La littérature, en ce moment, est dominée par la Dark romance, la New Romance, celle du bien-être, Feel Good. Elle est essentiellement féminine en ce sens qu’elle est écrite par des femmes et lue par des femmes.