L’importance de la relecture chez les enfants
Les enfants aiment qu’on leur raconte plusieurs fois la même histoire. Ils connaissent déjà les personnages, anticipent les péripéties, savent parfois exactement à quel moment tourner la page — et protestent si l’adulte modifie un mot ou saute une phrase.
Cette répétition les rassure. Elle leur permet d’apprivoiser le récit, d’en comprendre peu à peu les émotions, mais aussi d’éprouver un plaisir qui ne dépend plus de la surprise. L’histoire est connue ; pourtant, elle demeure désirée.
Pourquoi relire un livre ?
En grandissant, nous apprenons plutôt à aller de livre en livre. Lire devient souvent synonyme de découvrir : une nouvelle intrigue, un nouvel auteur, un nouvel univers. Relire peut alors sembler inutile. Pourquoi consacrer du temps à une histoire dont on connaît déjà la fin, quand tant d’autres attendent encore ?
Pourtant, certains livres refusent de rester parmi les livres terminés.
On les reprend une fois, puis une autre. Parfois chaque année. Quelquefois à plusieurs décennies de distance. Certains lecteurs relisent intégralement ; d’autres retournent seulement vers quelques chapitres, une scène, des passages soulignés ou une voix qu’ils souhaitent entendre à nouveau.
Ce qui nous pousse à relire un livre
Peut-être parce qu’ils nous offrent un monde familier, où nous savons pouvoir entrer sans effort. Parce qu’ils réveillent une émotion particulière. Parce qu’ils nous ont accompagnés à un moment important de notre vie. Ou parce qu’ils conservent une part d’énigme que les lectures successives n’épuisent pas.
Relire, ce n’est d’ailleurs pas toujours retrouver le livre dont nous nous souvenions. Le texte demeure le même, mais le lecteur a changé. Une œuvre autrefois bouleversante peut perdre son pouvoir ; une autre, mal comprise lors de sa découverte, peut soudain prendre tout son sens. Entre deux lectures, la vie s’est glissée.
Un livre que l’on relit devient ainsi plus qu’une histoire aimée. Il peut être un refuge, un repère, un compagnon de route, parfois même une manière de mesurer le chemin parcouru.
Nous avons demandé à trois auteurs de nous raconter ces livres auxquels ils reviennent. Non pas seulement leurs livres préférés, mais ceux qu’ils continuent, pour une raison ou une autre, à ne jamais tout à fait refermer.
Les Frères Karamazov, de Dostoïevski. Une lecture de ma très lointaine adolescence qui m’avait stupéfié ! Je me suis replongé récemment dans cette œuvre gigantesque. Je suis tout aussi abasourdi par l’étrangeté kafkaïenne de cette fresque, où la finesse de l’analyse psychologique, l’exploration des questionnements éternels sur la vie, la description vaudevillesque des mœurs russes de l’époque (et d’aujourd’hui ?) s’entrelacent en une saga hallucinante. Un plongeon en profondeur pour essayer de comprendre, un tant soit peu, cette énigmatique et menaçante Russie. Paradoxalement, la relecture de cette œuvre complexe me conforte dans mon désir de tendre vers une écriture plus sobre. Mon adolescence, comme bien d’autres, était hantée par le mal de vivre, voire la désespérance. Aujourd’hui, je contemple le chemin parcouru. J’ai atteint une certaine forme de sérénité. Tout en admirant le génie de Dostoïevski, je veux témoigner de l’étincelle qui fait jaillir l’émerveillement en nous.
Jean Daigle-Roy
Je prends un plaisir fou à relire les "livres du début" de Philippe Djian (Zone érogène, Échine, Lent dehors, Maudit manège) : s’instille alors en moi un doux sentiment de complicité, d’intimité presque, avec l’auteur qui m’a le plus inspiré. Dès les premières lignes le sourire me vient aux lèvres comme au premier contact avec un ami qui vous est cher, revenu à vous après tant d’années : vous avez changé, la perception que vous avez de lui également mais le lien est toujours là et le plaisir d’être ensemble encore plus fort.
Daniel Clément
J’ai découvert "l’Armée des ombres", de Joseph Kessel, il y a quelques années et depuis je le relis régulièrement. Au-delà des mots, c'est un récit profondément poignant, où se côtoient tous les aspects de la nature humaine, avec ses forces et son indicible courage, mais aussi ses fragilités, ses lâchetés, ses faiblesses. Ce livre est ma boussole.
Ella Maryan
Et vous, quel livre ne réussissez-vous pas à quitter ? Quel sont les livres que vous avez lu et relu ? Et que vous apportent-ils à chaque nouvelle lecture ?
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Relire un livre me fait penser à Claude Simon. J’ai en projet de lire toutes les publications de cet auteur, j’en suis au sixième.
Tous sont imprégnés de ses souvenirs personnels (sa vie a été très variée : nombreux voyages, guerre d’Espagne (quel rôle ?), débâcle de 1940, prisonnier en Allemagne, évasion…). Et certains de ces souvenirs personnels apparaissent dans un livre, puis dans un autre… ou bien certains de ses personnages avec leur caractère et leur vécu…
Eh bien jamais on n’a l’impression de lire le même livre, c’est toujours raconté sous un angle de vue nouveau, d’une manière nouvelle, avec des mots nouveaux.
Je crois que quand on relit un livre, c’est comme ça aussi : on n’attache pas exactement le même sens aux mots, la même signification aux événements…
Parmi tous les romans que je lis, je ne conserve dans ma bibliothèque que ceux que je sais reprendre à un certain moment dans ma vie, selon mon état d'âme, mes besoins du moment, une certaine nostalgie, des souvenirs...
Sous la canicule, comment ne pas se replonger dans la Provence d'Henri Bosco. La chaleur nous aide à ressentir l'atmosphère lourde du Mas Théotime, de Malicroix, d'Un rameau dans la nuit.
Pour info : La prétendue lutte du FLN, qui a éliminé tous les partis algériens, qu'ils soient indépendantistes, autonomistes ou autres, et qui a fait régner une terreur sans nom sur le peuple algérien, plus dure encore que celle exercée par les colons, constitue une abomination. Une forme de totalitarisme comparable au nazisme.
Je relis régulièrement "Le Village de l'Allemand" de Boualem SANSAL : c'est l'histoire de deux frères jumeaux vivant dans la banlieue nord de Paris, un jour le 2e jumeau trouve le premier mort dans le pavillon familial - suicidé. Pourquoi ? Et comment ? C'est un récit poignant et juste sur les compromissions qui ont mené certaines luttes pour l'indépendance à pactiser avec le nazisme et les camps au motif que pour eux, les Juifs étaient l'ennemi. Cet ouvrage constitue le premier pas de Boualem SANSAL vers la recherche de ce que furent certains des "chevaliers" de l'Indépendance algérienne avec leurs obsessions anti-juives comme si cette population était responsable de leur échec à eux.
On relit pour le plaisir de retrouver ce que l’on a aimé dans un ouvrage, c’est aussi simple que ça. On ne s'impose rien, ça vient naturellement. Il y a des romans que j’ai relu 2 fois, 3 fois. Je n’ai jamais été déçu. Bien au contraire, chaque "lecture" était un plaisir retrouvé. Et tant que j’y suis, j'enfonce le clou : un lecteur qui n'éprouve pas le désir de retrouver l'atmosphère et les personnages d’un roman qui lui a apporté une immense satisfaction littéraire, n’est pas un lecteur, c’est un consommateur de livres. Il y en a dans tous les domaines de nos jours. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous.
C'est facile de lire plusieurs fois le même livre, il suffit de lire la plupart de ceux qui sortent...
En philosophie la question ne se pose pas !
Qui peut prétendre comprendre Kant ou Spinoza la première fois ?
Comme le disait Nietzsche il faut "ruminer" les textes, les lire et relire.
Pour se rendre compte que l'on n’avait strictement rien compris !!
@Michel Laurent
Une forme de progrès intellectuel ? Êtes-vous bien sûr ? De toute façon, sauf à être masochiste, je comprends mal qu'on puisse s'imposer sans plaisir la relecture d'un livre...
@Cyrus Slapstick
La relecture apporte une compréhension plus profonde de la longueur de l’oeuvre, même si parfois on a envie de demander à l’auteur : « Léon, tu es sûr que tout est indispensable ? » Une forme de progrès intellectuel qui s'accompagne hélas souvent de douleurs lombaires.
J'ai lun relu et relou dix fois Haruki Murakami et Yasunari Kawabata en commençant par la fin. Mais on m'a dit que c'étaient que les mangas...
@Michel Laurent
?
J’ai relu Guerre et Paix. La première fois, je voulais connaître la fin. La seconde, pourquoi cela ne finissait jamais. La relecture a ceci de précieux qu’elle confirme parfois la première impression, mais avec davantage de fatigue.
@arnaud bagarry
Vous avez raison : on ne lit jamais deux fois le même livre.
J'ai relu maintes fois, y compris en italien, le Désert des tartares. Pourquoi ? Avec le temps, nous évoluons et notre approche est enrichie d'une expérience. Il en est de même pour le cinéma : je revois certains films avec davantage de plaisir car je m'aperçois que des détails m'avaient échappé : le train sifflera trois fois, les Misfits, Johnny Guitar, l'homme de rio, Lawrence d'Arabie, tous ces films méritent d'être étudiés avec plus de maturité. @Sylvie de Tauriac
Personnellement, j'ai relu vingt-et-une fois "Le point de vue de Sirius" de Valentin Vaisselier. Je n'y ai toujours rien compris. Peut-être la prochaine fois...
J’ai lu trois fois La guerre des Gaules de Jules César, en version bilingue (je suis snob ? J’assume.) C’était fascinant de découvrir, avec les mots de ce personnage (un grand criminel de guerre, en fait) le déroulement de cette conquête, qui lui a pris sept années. A chaque lecture je comprenais un peu mieux le déroulement, la géographie, et ls version originale.
J’ai lu deux fois :
L’espoir (A. Malraux). Tant de réflexions, d’événements !
For whom the bell tolls (Pour qui sonne le glas), d’E. Hemingway
Germinal (E. Zola)
Ab Urbe Condita (Histoire de Rome), de Tite Live. Une histoire qui couvre six siècles.
Aden Arabie, de P. Nizan. Bien écrit, à la fois livre philosophique et de découverte du monde par un jeune homme de vingt ans.
Le rouge et le noir, de Stendhal, tellement bien écrit ! Quelle langue ! Quel style !
Im Westen nichts Neues (à l’ouest rien de nouveau), de E.-M. Remarque. Le livre le plus antiguerre que je connaisse . Mon grand-père ne me croirait pas si je lui disais que ça a été écrit par un Allemand.
Et puis L’amant et L’amant de la Chine du nord, ce n’est pas le même livre, mais c’est la même histoire, racontée un peu différemment. Là c’est l’autrice qui a voulu réécrire. Et j’ai encore plus aimé la deuxième version.
J'ai relu : La boite de pandore / Les encyclopédies du savoir relatif et absolu de Werber
L'alchimiste de Coelho
Relire, c'est poser de nouveaux yeux sur ce que l'on sait déjà, poser de nouveaux yeux sur un paysage qui lui n'a pas bougé. C'est mieux comprendre une oeuvre, c'est mesurer son propre cheminement. De toute façon, on ne lit, jamais deux fois le même livre.