Interview
Le 25 juin 2026

Sylvie Etient : écrire, vendre, sourire… et tenir le suspense jusqu’au bout

Sylvie Etient incarne une figure précieuse pour monBestSeller : celle d’une autrice qui ne sépare pas l’écriture de la vie du livre. Elle écrit dans plusieurs registres, va au contact des lecteurs et assume pleinement le désir de faire circuler ses textes. Son nouveau thriller, Abus de faiblesse, confirme son sens du récit, du suspense et des personnages habités.
Sylvie Etient sur monBestSeller - tenir le suspense jusqu’au bout

Par l’équipe éditoriale monBestSeller
Mise à jour : juin 2026

 

Sur monBestSeller, il y a des auteurs que l’on suit au fil des livres, des genres, des envies, des bifurcations. Sylvie Etient fait partie de ceux-là. Elle est arrivée sur mBS avec Rose, un roman qui avait retenu l’attention du Prix Concours avant d’être publié chez Carnets Nord. Depuis, elle a poursuivi son chemin avec une énergie qui lui ressemble : drôle, mobile, curieuse, décidée.

Elle écrit des romans lumineux, des récits de vie, des livres à suspense, des thrillers, des feuilletons pleins d’esprit. Elle va aussi à la rencontre de ses lecteurs, en signature, en salon, en librairie, en centre culturel, jusqu’à l’Île d’Yeu où elle participe régulièrement à des événements autour du livre.

Une autrice qui ne reste pas dans une case

Avec Rose, puis Me trouver sans te perdre et Dans la houle de la vie, Sylvie Etient a créé une héroïne qui refuse de se laisser assigner à l’âge, à la prudence, au renoncement. Rose aime, cherche, recommence, se trompe, repart. Elle a ce goût de vivre qui traverse une bonne partie de l’univers de Sylvie Etient.

Mais l’autrice ne s’est pas arrêtée à cette veine tendre, drôle et sentimentale — au meilleur sens du terme. Elle a aussi écrit des livres à suspense, dont Déclaré absent, nourri par son expérience d’avocate, et Abus de faiblesse, son nouveau thriller. À côté de cela, elle s’amuse avec Daisy la Riche, un feuilleton consacré au monde des « très trop riches », traité avec légèreté, humour et un solide sens de l’observation.

Sylvie Etient fait partie de ces auteurs qui avancent par plaisir, par curiosité, par appétit. Et aussi par travail. Car elle ne se contente pas d’écrire : elle défend ses livres, les présente, les signe, les accompagne. Elle a compris une chose simple, mais que beaucoup d’auteurs redoutent encore : un livre ne vit pas seulement au moment où on l’écrit. Il continue sa route quand on accepte d’aller vers les lecteurs.

7 questions à Sylvie Etient

 

Question: 

Avec Rose, puis Te retrouver sans me perdre et Dans la houle de la vie, vous avez créé une héroïne qui refuse de se laisser ranger dans une case : ni sage, ni résignée, ni « de son âge ». Qu’est-ce que Rose vous permet de raconter sur les femmes, le désir de vivre et la liberté ?

Réponse: 

Sylvie Etient. Rose est une femme en début de cinquantaine, un âge de la vie rarement choisi pour une héroïne de roman. Cinquante ans est souvent associé dans l’esprit commun à la ménopause, comme si les femmes n’avaient rien de mieux à vivre à cet âge ! À vrai dire je n’y ai même pas pensé lorsque j’ai entrepris la trilogie de Rose. Après son burnout, Rose ne perd plus de temps à se demander « si ça se fait » ou « si c’est de son âge ». Elle se pose la question de son désir, de ce qui la rend heureuse et la question va cheminer longtemps parce que la réponse ne va pas de soi. De fait, elle prend des risques, mais elle accepte par avance de passer à la caisse. Je veux dire par là qu’elle est consciente que la liberté passe par la responsabilité et l’autonomie. Elle refuse de se laisser enfermer dans une case, mais pour autant elle ne triche pas et n’attend pas une assurance tous risques contre les aléas de l’existence.

Question: 

On sent dans vos livres une tendresse très vive pour les personnages qui osent encore aimer, recommencer, partir, se tromper. Est-ce que l’écriture est pour vous une manière de défendre l’élan vital ?

Réponse: 

S.E. Ce qui me fait écrire c’est précisément l’élan vital qui me traverse. Lorsque j’étais avocate, j’accompagnais des femmes et aussi des hommes qui se débattaient dans leurs problèmes d’humains. Au-delà de ma mission qui était de les accompagner et de les défendre sur le plan judiciaire, j’avais une vue privilégiée sur leur « roman » personnel. Je les voyais s’aimer, se trahir, se tromper, se quitter, se faire quitter, recommencer à zéro ou pas. L’humanité me bouleverse — jusqu’à l’urticaire parfois ! Je faisais des procès, mais le roman était déjà là. Parce que chaque histoire est à mes yeux romanesque. À condition d’adopter un angle pour la raconter, c’est à dire de se l’approprier en tant qu’auteure, et de retrousser ses manches pour l’écrire. C’est aussi du fait de ma formation initiale d’avocate que mes romans sont incrustés de réel.

 

Question: 

Vous passez de récits lumineux, drôles, sentimentaux — au meilleur sens du terme — à des livres à suspense comme Abus de faiblesse ou Déclaré absent. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce changement de registre ?

Réponse: 

S.E. En fait je ne change pas de registre par goût, c’est le sujet qui vient à moi. J’étais partie pour écrire un polar et Rose est venue me taper sur l’épaule avec insistance pour me demander d’écrire la suite de la trilogie, ça a donné Rose — dans la houle de la vie. Après cela, j’étais partie pour écrire une romance, je tenais un personnage qui me plaisait bien, mais c’est le personnage d’Antoine, malade de Parkinson qui a grillé tous les Latins lover au poteau. Je pense que ça se passe de cette manière, je me fais saisir émotionnellement et il faut que la charge soit suffisamment puissante pour alimenter ma batterie d’écrivain. C’est aussi ce qu’on appelle l’élément déclencheur.

Question: 

Dans Déclaré absent, vous utilisez votre expérience d’avocate pour nourrir le récit. Est-ce que votre ancien métier vous a donné des histoires, des personnages, ou surtout une connaissance très concrète des failles humaines ?

Réponse: 

S.E. Comme je vous l’ai dit plus haut, mon métier a beaucoup servi à nourrir mes romans puisque j’ai eu le privilège de voir défiler dans mon bureau de nombreux tableaux de « la comédie humaine ».

Déclaré absent est un polar inspiré par une affaire de disparition inquiétante jamais élucidée. À une époque, je me suis occupée d’affaires de disparitions et j’ai eu envie de faire partager aux lecteurs le point de vue de ceux qui restent et se trouvent face à un écran blanc sur lequel ils projettent en boucle leurs questions sans réponse. Ce roman n’est pas le récit d’une enquête qui n’a pas abouti, mais l’enquête fictive (réussie) reprise sous un angle qui n’avait pas été abordé dans la réalité : celui d’un témoin qu’on n’a pas jugé utile d’interroger. Déclaré absent : quand l’imaginaire bascule dans une énigme qui le dévore.

Question: 

Avec Daisy la Riche, vous explorez le monde des « très trop riches » avec humour et légèreté. Qu’est-ce qui vous amuse le plus dans ces milieux : les codes, les excès, les ridicules, ou les petites solitudes derrière les grandes façades ?

Réponse: 

S.E. Les ultra ultra riches qui représentent moins de 10 % des êtres humains donnent à contempler au commun des mortels qui représente 90 % de l’humanité le spectacle de l’accumulation de leurs richesses et des amours qui vont avec, via les médias dont ils sont souvent propriétaires.

Avec ce spectacle hollywoodien dont ils sont les stars, les ultra ultra riches obtiennent en retour un regard d’envie, d’admiration, de colère voire de haine.

Faisant le constat que je ne pouvais pas modifier l’ordre des choses, je me suis dit que je pouvais en tant qu’auteure, proposer de porter sur eux un regard différent et proposer avec mon budget restreint un petit spectacle de marionnettes. J’ai constitué un décor réaliste avec les biens qu’ils peuvent s’offrir, des choses très très chères dont j’ai vérifié l’existence et même le prix, et j’y ai fait s’agiter une bande de très trop riches que j’ai choisi de présenter comme de grands aliénés du réel et de gros handicapés sociaux. J’ai écrit ce conte satirique sur un mouvement d’humeur en espérant qu’après avoir terminé la lecture de Daisy la riche, les gens penseraient « la pôvre ! » lorsqu’ils verraient une ultra riche se pavaner dans les médias.

J’ai écrit la deuxième saison, dans laquelle je les ruine pour voir quel genre de pauvres ils vont faire et je vais bientôt proposer une édition entièrement remaniée comportant les saisons 1 et 2.

De vous à moi, je me suis attachée à Daisy : une fille qui rêve de se faire cuire un œuf est peut-être sauvable…

Question: 

Vous êtes une autrice qui va au contact des lecteurs : signatures, salons, centres Leclerc, Cultura, événements à l’île d’Yeu… Vous assumez aussi l’idée qu’un livre doit vivre, circuler, se vendre. Qu’est-ce que cette vie publique du livre vous apporte aujourd’hui ?

Réponse: 

S.E. Toute ma vie j’ai été au contact des gens en étant à côté d’eux. J’aime les rencontrer et échanger avec eux, même lorsqu’ils ne m’achètent pas de livre. Souvent, les thèmes ou les titres de mes romans les font réagir et ils se mettent à me raconter leur vie. À chaque fois, ça ne rate pas, je vois leur roman personnel apparaître sous mes yeux. J’ai l’impression d’être une espèce de voyante en romans !

Parfois je retrouve des lecteurs qui viennent m’acheter d’autres livres et qui se mettent à en parler avec des gens qui ne me connaissent pas encore. Jubilation !

Cette vie de dédicaces et de rencontres enchante ma vie. Je me suis rendu compte que peu de lecteurs suffisent pour donner à la romancière que je suis un sentiment aussi grisant que la célébrité. C’est une question qui est intéressante : à partir de combien de lecteurs on se sent reconnu ? Vous connaissez ma réponse.

Question: 

Le 27 juin paraît votre nouveau thriller, Abus de faiblesse. Sans trop en dévoiler, pouvez-vous nous dire ce qui vous a donné envie d’écrire cette histoire, et ce que les lecteurs vont y trouver ?

Réponse: 

S.E. Abus de faiblesse est un thriller dont le héros est un homme de 65 ans qui se découvre atteint de la maladie de parkinson. Cette maladie se développant de plus en plus, nous avons souvent dans notre entourage des parents ou amis atteints de parkinson. Un événement m’a fait considérer leur situation de dépendance annoncée, comme susceptible de tourner au cauchemar dans l’hypothèse d’un entourage malveillant voire criminel. Pour moi, tous les ingrédients de la peur et de l’horreur se trouvent réunis dans une telle situation. Je me suis projetée et j’ai écrit le thriller à la première personne.

Je précise que l’histoire que je raconte dans mon roman est purement fictionnelle.

Notre lecture d’Abus de faiblesse

Nous avons eu la chance de lire en avant-première le nouveau livre de Sylvie Etient, Abus de faiblesse. Et disons-le simplement : nous n’avons ni réussi ni vraiment souhaité lâcher le texte avant d’en connaître le mot de la fin.

C’est un véritable thriller, au sens plein du terme. Tous les ingrédients sont là : une situation initiale forte, une tension qui s’installe, des indices semés avec intelligence, des fausses pistes savamment dosées, et ce qu’il faut d’appât pour nous faire avancer sans jamais nous donner l’impression d’être manipulés.

Le récit commence là où il finira. Entre ces deux points, l’arc narratif se tend avec finesse. Sylvie Etient sait relancer le suspense, faire monter l’inquiétude, nourrir le doute, tout en gardant ses personnages profondément incarnés. Rien n’est décoratif. Tout se tient, jusqu’à l’évolution de la pathologie du protagoniste, transformée peu à peu en véritable ressort romanesque.

On retrouve ici ce qui fait le charme et la force de Sylvie Etient : un sens du récit, de l’humour, une attention aux fragilités humaines, et cette manière très personnelle de mêler gravité et plaisir de lecture.

C’est donc avec une joie particulière que nous portons haut et fort le livre de notre amie. Abus de faiblesse est un thriller efficace, intelligent, humain — et diablement difficile à refermer.

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