« Je ». deux lettres qui semblent aujourd'hui avoir conquis de nombreux auteurs. Souvent le narrateur s'avance et prend la parole à la première personne. Il raconte son histoire, ses doutes, son passé, ses blessures ou ses obsessions.
Faut-il y voir un simple effet de mode ?
Le "je" n'a jamais disparu de la littérature
Contrairement à une idée répandue, le récit à la première personne n'est pas une invention récente.
Les "Confessions de Rousseau" en font un principe fondateur. Plus tard, Marcel Proust construit une grande partie de la "Recherche" avec son "je". Albert Camus ouvre L'Étranger par une phrase devenue célèbre :
« Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
Dès cette première ligne, le lecteur est enfermé dans la conscience du héros. Nous ne savons que ce qu'il sait. Nous ressentons ce qu'il ressent... ou plutôt ce qu'il est incapable de ressentir.
Le "je" n'est donc pas une nouveauté.
Mais à une époque fascinée par l'expérience individuelle, les récits personnels sont valorisés.
Les réseaux sociaux ont habitué chacun à raconter sa vie. Les podcasts donnent la parole à des témoins. Les documentaires privilégient souvent la première personne.
Même les essais s'y mettent.
Le lecteur cherche une expérience singulière
Le lecteur cherche moins une vérité universelle qu'une expérience singulière. Il veut entrer dans une conscience, voir le monde depuis un point de vue unique. Le "je" devient alors une invitation.
Le succès de l'auto-fiction
Depuis plusieurs décennies, de nombreux écrivains brouillent volontairement les frontières entre autobiographie et fiction. Le narrateur porte parfois le prénom de l'auteur. Les événements semblent réels, mais une grande partie sont inventés. Le lecteur accepte désormais cette ambiguïté et même la plébiscite.
L'intérêt est de comprendre comment la littérature transforme une expérience en récit.
Le "je" devient un laboratoire où la mémoire, l'imagination et le style se rencontrent.
Le "je" est aussi un piège
Pour autant, l'intimité n'est pas nécessairement au pronom personnel.
Beaucoup de livres tombent dans le même travers : le narrateur raconte tout ce qu'il pense, explique chacune de ses émotions, détaille chaque souvenir. Et on, s'en fout.
Résultat : le lecteur n'a plus rien à découvrir.
Le "je" fonctionne justement parce qu'il ne dit pas tout.
» La fiction est un endroit merveilleux