Tribune
Le 25 jui 2014

Quelle société voulons-nous construire

monBestSeller.com s'intéresse à tous les acteurs et trublions du livre qui font bouger les lignes. Cette semaine, Renny Aupetit libraire indépendant (Le Comptoir des Mots à Paris dans le 20ème) et fondateur du réseau lalibrairie.com nous parle de sa démarche, de l'avenir du livre, de la place du web et d'Amazon. Et de nos actes quand on achète sur Internet.

C'est un constat et une réalité. Aujourd'hui les gens ne votent plus. Payer c'est voter, acheter c'est voter. C'est le dernier acte militant. Il faut arrêter de diaboliser Internet et des acteurs comme Amazon, mais il faut se poser la question : quelle société voulons-nous ? 

Pour moi, en tant que citoyen français, deux choses me préoccupent : défendre le lien social et le commerce traditionnel. Internet n'est pas le mal, on peut et doit s'en servir. Je dis d'ailleurs toujours aux gens qui s'interrogent sur la démarche de lalibrairie.com : vous voulez commander de chez vous, vous faire livrer chez vous sans croiser personne ? Très bien, mais quelle société voulez-vous construire ? Avec le réseau lalibrairie.com et ses 1600 partenaires, nous voulons que les gens sortent de chez eux. Commander sur Internet oui, mais prendre contact avec le libraire le plus proche choisi pour récupérer sa commande. C'est ça défendre le lien social pour lalibrairie.com. Avoir un livre en 24 heures voire moins, on sait le faire et on le fait mais toujours en gardant à l'esprit cet enjeu.

Ce débat va d'ailleurs bien au-delà du livre et de son avenir. On ne s'estt pas rendu compte dans les années 70 en construisant des centres commerciaux en périphérie des villes que l'on dézinguait les centres villes. Avec Internet, si l'on n'y prend pas garde, on est en train de le faire puissance mille et beaucoup plus vite.

On peut imaginer que dans 5 ou 10 ans, la part de livres achetés sur Internet va se stabiliser. Donc nous avons tout à gagner à continuer à grignoter des parts de marchés sur Amazon par exemple et à choisir la façon dont nous achetons.

Encore une fois, il n'y a pas lieu de diaboliser le groupe créé par Jeff Bezos. Tous les vingt ou trente ans, un acteur sort du lot et bouscule un système en place. On a oublié, mais si le prix unique du livre existe c'est parce que la Fnac a secoué en son temps le système. La grande nouveauté de notre époque c'est que les plus grands groupes en termes d'influence et de capitalisation boursière n'existaient pas il y a dix ans ou presque. Google, Facebook et Amazon en sont les parfaits exemples. Mais grande nouveauté aussi : rien ne dit qu'ils seront encore là dans dix ans.

Acheter un livre sur lalibrairie.com ou sur d'autres systèmes alternatifs, c'est le petit supplément d'âme, le geste en plus. Un peu comme le tri sélectif. En tant qu'individu commander un livre, je peux le faire n'importe où. Je veux juste me poser la question comment je le fais et quelles sont les conséquences de mon geste.

Enfin, une petite chose à retenir, et beaucoup de libraires ont mis du temps à l'admettre : toutes les études montrent  qu'il n' y a pas de client-type Amazon. Les acheteurs de livres sont multicanaux.  Car bonne nouvelle, on achète un livre comme on achète des carottes. Il y a cinquante ans, on allait chez le libraire et c'était tout.  Aujourd'hui, on va chez son libraire, on achète un livre. Mais aussi à la gare ou quand on fait ses courses dans un supermarché. Et ça c'est une réalité. En tant que libraire, on doit s'adapter et proposer une démarche positive pour l'avenir. Pour nous, en tant que consommateurs et pour nous en tant que citoyens.

 

Renny Aupetit.

 

 

Il ne faut pas non plus oublier que sur de nombreuses plateformes payantes comme amazon kindle, l'acheteur a un droit de retractation qui dure une ou deux semaines. Donc le nouveau sport, surtout sur amazon.com, c'est d'acheter un ebook, de le lire et de se faire rembourser. Ainsi tres bientot les auteurs auto-edites publiant uniquement des ebooks ne gagneront plus rien puisque tous leur livres seront de fait disponibles gratuitement.

Publié le 26 Juillet 2014

Pourquoi j'achète chez mon libraire ? surtout parce qu'il me conseille en fonction de mes goûts. Pourquoi j'achète sur internet ? quand je sais exactement ce que je cherche et que c'est plus rapide. Ma préférence va à mon libraire question achat responsable. je remarque également que les personnes autour de moi lisent mais pas beaucoup. ne pensez-vous pas que la forme d'écriture qu'est la nouvelle a un bel avenir ? histoires courtes donc plus accessible qu'un roman de 300 pages ?

Publié le 26 Juillet 2014

Il ne faut pas oublier la fracture numérique. Dans le Nord, nous émettons des considérations comme étant universelles. Présentement, avec www.impi.ch je récolte des dictionnaires papiers pour des collèges en RDC Congo. Notre consommation numérique peut, peut-être, permettre à de jeunes Africains d'accéder au savoir et à la culture. Dans le son et l'image, les supports ont valsé. Certains se plaisent à relever que les 78 tours avaient plus de charme et de chaleur. C'est possible mais quelle oreille faut-il pour noter ces nuances? Dans l'écrit, plus que dans d'autres formes d'expression, mis à part le discours verbal, tous les contenus trouvent une place. Déjà sur ce site les rubriques sont multiples et les sous-genres pas fermés. L'accès au contenu, sa consommation (le vilain mot) fera la différence. En fonction de l'usage, les supports s'imposeront comme la distribution sélective trouvera toujours un chemin vers celui qui veut, qui cherche. Certes, acheter un livre est un acte social mais boire un verre aussi, seul ou en compagnie. Santé et à la santé des auteurs qui affrontent le regard des publics.

Publié le 25 Juillet 2014

Je sursaute.

"Car bonne nouvelle, on achète un livre comme on achète des carottes."

Voyons.

Je m'interroge. Si l'image est saisissante, elle peut je crois recouvrir deux réalités.

On achète où c'est le moins cher.

Et / ou...

On achète au kilo.

Dans les deux cas, est-ce vraiment une bonne nouvelle?

L'achat au kilo ravira les auteurs. Qu'on les consomme sans trop de discernement, accumulant dans la liseuse des romans aussi divers et de qualités variables, ils n'iront pas se plaindre. Ce sont toujours quelques sous qui tombent dans leur poche. Pour le numérique du moins, le phénomène d'achat compulsif (eu égard aux prix modestes pratiqués, surtout par les autoédités et les maisons "pure player") est patent. Reste qu'avec la déconcertante facilité avec laquelle on se procure toutes sortes de littératures, numériques ou de papier, on tend à choisir ses lectures avec moins d'attention qu'autrefois. Voire: on se porte vers des romans qu'on aurait pu (parfois dû) dédaigner s'ils avaient eu un coût plus élevé. La bonne nouvelle est donc, avant tout économique. Quant à savoir si cela sert réellement la littérature, au fond la question se pose peut-être mais une réponse possible est que le temps jugera des oeuvres méritant la pérennité.

L'achat chez le plus offrant, et chez qui sera à même d'offrir la plus prompte livraison, impose aux acteurs du marché une adaptation à des exigences qui ne sont plus celles du monde de la librairie tel qu'on le connaissait il y a encore quelques années. La réaction a tardé, la douleur se fait sentir. Broyés par la concurrence des grandes enseignes, des vendeurs en ligne - et de l'essor du numérique - les petits libraires cèdent du terrain, puisqu'ils ne sont pas en mesure de résister.

Et là, non, décidément: on n'achète pas un livre comme on achète des carottes. Que les lieux où se les procurer se multiplient n'est en soi pas une mauvaise chose. Cependant, choisir où et comment devient crucial. La solution de facilité n'est pas la meilleure. Un livre devrait se désirer, être attendu, et pas être consommé dans l'instant. A tout obtenir trop vite, on y perd en plaisir. D'une part. D'autre part, l'effort d'aller chercher son volume, c'est faire vivre les acteurs essentiels que sont les libraires - les vrais, en chair et en os -, et aussi aller à la rencontre d'autres livres que l'on aurait ignorés sinon. La librairie physique, c'est aussi une librairie humaine. Et un lieu ou, parfois, savent se créer des liens - et s'échanger de troublants regards (ce qui n'est pas forcément à dédaigner).

Il ne s'agit pas de vouloir à tout prix sauver le petit commerce, mais de conserver le lien humain et d'éviter que nos villes n'aient plus à offrir que des déserts au sein desquels on trouvera certes tout ce qu'il faut pour s'habiller le corps, mais peu pour s'habiller l'âme. C'est ce qui importe, avant tout, et avant toute préoccupation économique même si celle-ci conserve son importance. Soyons juste un peu moins consommateurs, et un peu plus socio-responsables. Utopique? Il faudra(it) espérer que non.

Publié le 25 Juillet 2014