Interview
Le 07 mai 2015

« L’auto-édition permet de découvrir de nouveaux auteurs »

De l'auto édition au succès de librairie4 auteurs auto éditées sur Internet, 4 auteurs repérées et publiées par les éditions Michel Lafon

C’est Florian Lafani des éditions Michel Lafon qui l'affirme. Pour preuve : Alice Quinn en janvier 2015, Agnès Martin-Lugand en avril, Aurélie Valognes en mai, Karen Merran en juin… Ces auteurs ont toutes auto-édité leur livre sur Internet avant d’être publiées par la maison d’édition. Leur éditeur nous parle de son métier et de l’auto édition qu’il voit comme un vivier d’auteurs.

Question: 

Vous êtes responsable du développement numérique aux éditions Michel Lafon. En quoi cela consiste-t-il ?

Réponse: 

Il s’agit de mettre en numérique tout ce qui est édité en papier, ce qui n’était pas le cas il y a trois ans. Aujourd’hui, 90-95 % du catalogue papier sort en numérique en même temps, à l’exception des beaux livres. Je m’occupe aussi de l’animation commerciale sur une centaine de librairies en ligne afin de donner une bonne visibilité à nos titres et de la présence de la maison d’édition sur les réseaux sociaux. Je suis aussi éditeur de littérature française et italienne.

Question: 

Vous êtes l’éditeur d’Agnès Martin-Lugand, d’Alice Quinn, d’Aurélie Valognes… Quels sont vos critères de sélection ?

Réponse: 

Nous éditons plutôt des romans « feel good », des livres qui traitent de sujets de société de manière légère ou avec de l’humour et toujours avec empathie. Ces livres racontent comment le héros ou l’héroïne parvient à surmonter des obstacles dans sa vie. C’est aussi une littérature populaire qui correspond à l’esprit de la maison d’édition Michel Lafon. Les romans qui paraissent dans le premier semestre 2015 sont de cette veine-là, même s’il existe de grands écarts de style entre Agnès Martin-Lugand et Aurélie Valognes. Le fait que ces auteurs soient des femmes est un hasard. Mais il est vrai que cette thématique est plutôt portée par des auteurs féminins…

Question: 

Que représente l’auto édition pour vous ?

Réponse: 

L’auto-édition permet de découvrir de nouveaux auteurs. Officiellement, nous ne recevons pas de manuscrits. Je lis beaucoup d’auteurs auto-édités sur les plateformes Internet et je réalise un travail classique d’éditeur : je trie les manuscrits, je lis des extraits, je regarde les couvertures… C’est un travail très intéressant qui prend beaucoup de temps. Chaque roman que nous publions doit ensuite trouver sa place. Cela nous donne aussi une crédibilité dans l’édition de romans français.

Question: 

Est-ce que l’auto-édition n’est pas aussi un moyen pour un éditeur traditionnel de réduire le risque éditorial ?

Réponse: 

Non, car les deux marchés, numérique et traditionnel, sont très différents. Déclencher un acte d’achat à 2,99 euros sur Internet et faire acheter un livre dans une librairie à 16 euros n’a rien à voir. Une plateforme comme Amazon dispose d’un outil très puissant et offre une grande visibilité aux auteurs. Ils n’auront pas la même dans une librairie classique. Un libraire peut retourner à l’éditeur un ouvrage qui ne part pas ; sur Internet, l’ouvrage reste visible. Bien sûr, en tant qu’éditeur, on prend en compte le fait que l’auteur indépendant ait déjà vendu 10 000, 20 000 exemplaires mais on ne peut pas dupliquer un succès sur Internet en librairie.

Question: 

Comment travaillez-vous avec les auteurs indépendants ?

Réponse: 

De manière tout à fait classique. On leur propose des pistes d’amélioration, on échange. Le but pour l’auteur comme pour l’éditeur est d’avoir le meilleur livre possible !

Question: 

Existe-t-il un style d’écriture propre aux auteurs auto-édités ?

Réponse: 

Non, il n’y a pas de style particulier. Le support favorise peut-être des textes plus courts. Mais qu’il soit indépendant ou déjà édité, l’auteur veut être lu, qu’importe le support, il n’écrit pas son livre pour le numérique.

Question: 

Au Salon du livre de Paris, il a beaucoup été question d’auto édition, le phénomène est-il vraiment lancé ?

Réponse: 

Il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Nous sommes dans un pays où tout le monde écrit ! Bien sûr, le secteur est en surproduction mais l’ambition d’être écrivain existe chez beaucoup de monde. En plus, s’auto-éditer est facile, il n’est pas nécessaire d’être un technicien pour mettre son fichier sur Internet.

Question: 

L’auto-édition est-elle une menace pour l’édition traditionnelle ?

Réponse: 

Non, les deux sont complémentaires. L’auto édition permet de découvrir de nouveaux auteurs et l’édition traditionnelle offre de nombreux moyens aux auteurs : droits pour l’étranger, audiovisuels… L’auteur indépendant doit tout faire : fixer le prix du livre, s’occuper de sa promotion, des relations avec la presse… Le soutien d’une maison d’édition est appréciable et libère l’auteur qui peut se concentrer sur son métier : l’écriture.

Clémence Roux de Luze

Ce qui retient mon attention c'est ce mot "surproduction" qui valide mon opinion. L'univers singulier dont se revendique souvent l'auteur, est noyé dans une galaxie, une nébuleuse d'autres auteurs. Je respecte les ambitions de chacun mais, personnellement, je ne cherche pas à être édité (1 livre chez Bookstory, c'est déjà satisfaisant). J'ai plus de chances de gagner au loto que d'être édité par Michel Lafon. Autant gagner au jeu pour racheter cet éditeur ! (rire).
Publié le 17 Mai 2015
Bien sûr Laurence les femmes ont eu du mal à percer dans le milieu de l'édition, comme dans d'autres domaines. A une époque, elles étaient même obligées d'emprunter un pseudo masculin pour se faire éditer... vous pouvez à ce sujet consulter mon blog : http://www.charlottedegaravan.com/2014/07/femmes-ecrivains-ayant-utilise-un-pseudo-masculin.html
Publié le 10 Mai 2015
mon BestSeller a été mon premier tremplin avant de mettre en ligne mes romans sur Amazon. Je suis plutôt satisfaite, ils se vendent bien! Quant à ceux qui souhaitent se lancer, je les encourage à mettre leur roman sur mon BestSeller, afin de prendre connaissance des commentaires des lecteurs. Moi-même, je vais toujours sur mon BestSeller pour chaque nouveau roman, pour connaître les impressions des lecteurs.
Publié le 08 Mai 2015
Coucou à vous mes amis, Eddard, je crois que tu as bien résumé la situation :-) je voulais préciser, comme à chaque fois que je m'exprime sur l'auto-édition, que ce terme regroupe les formats ebook ET papier. J'auto-édite mon livre dans les deux formats et je ne suis pas la seule. J'ai d'ailleurs fait l'essentiel de mes ventes en format papier, qui marche toujours très bien. Je souhaiterais que l'on arrête de mélanger les deux débats : celui de l'ebook d'une part et celui de l'auto-édition dans un but de faire un partenariat gagnant/gagnant entre l'auteur et le lecteur, d'autre part. Car, comme le signale si bien Patrick, qui dit auto-édition, dit absence de censure (hormis celles qui mettent à mal les droits de l'homme et la pudeur) et j'ajouterai, un coût réduit pour le lecteur et une marge plus confortable pour l'auteur (sans grand mal vu la maigre rémunération que nous laisse un éditeur traditionnel : on ne peut faire plus bas). Bonne vision Charlotte, je me suis également laissé dire que si majoritairement les auto-édités étaient des femmes, c'est que depuis longtemps le monde de l'édition traditionnelle était conservatrice et mysogine... Si ça se trouve, les femmes sont très bonnes en littérature depuis longtemps, qu'en pensez-vous ? Maintenant que je me suis fait plein d'ennemis et que j'ai sappé à tout jamais mon ultime espoir d'être éditée traditionnellement, je vous souhaite un bon week-end à tous, chers amis :-)
Publié le 07 Mai 2015
Il y a un intérêt réciproque évident entre un auteur auto-édité et une maison d'édition. Le problème, comme l'avait souligné une des auteurs publiées, c'est qu'avec l'auto-édition on atteint vite un plafond... On peut noter dans le choix éditorial une ligne particulière et il n'est sans doute pas un hasard si cette ligne est portée par des femmes. La plupart des lecteurs sont des lectrices et un auteur femme aura plus de facilité à dépeindre un personnage féminin auquel il sera facile de s'identifier. Dans le futur, il va y avoir un développement de la lecture numérique car les lecteurs y verront les avantages offerts. On me rapportait récemment qu'en Italie les liseuses marchent bien car les gens peuvent y lire notamment des histoires érotiques en toute discrétion. La lecture numérique est forcément l'avenir de l''édition pour les nouvelles générations qui sont nées avec un écran greffé au cerveau. Et si les français écrivent beaucoup, les étrangers sont aussi dans la course.
Publié le 07 Mai 2015
Moi j'en ai déjà rencontré un, Laurence. Mais je crois qu'il n'est pas encore arrivé à notre rendez-vous lol...Amitiés^^
Publié le 07 Mai 2015
Voilà un éditeur intelligent qui a tout compris et qui joue son rôle de découvreur de talents en allant de l'avant. Bravo ! Évidemment, comme tout auteur auto-édité je rêve de faire une telle rencontre ! Espoir, qui vivra verra...
Publié le 07 Mai 2015