Actualité
Le 18 aoû 2014

#3 Les ateliers d'écriture en France : Accompagnement littéraire, de Clémence Borin

Troisième étape de notre tour de France des ateliers d'écriture : on s'arrête de pédaler quelques instants pour une rencontre avec Clémence Borin, fondatrice d'Accompagnement littéraire, qui nous raconte de quelle manière elle forme les auteurs, néophytes ou confirmés, à l'art délicat de la rédaction de textes transdisciplinaires dans le cadre de nouvelles approches de leur littérature !

Quels sont la taille, le lieu et la date de création de votre structure ?

J’ai créé Accompagnement littéraire en 2007, après avoir travaillé quelques années dans le secteur éditorial. C’est en constatant l’isolement dans lequel se trouvaient certains auteurs que l’idée d’Accompagnement littéraire a germé.

Etymologiquement, accompagner c’est manger le pain avec, ça peut paraître loin du conseil littéraire mais pas tant que ça ! Conseiller un auteur c’est d’abord dialoguer, échanger, travailler ensemble. J’essaie de comprendre ce que l’auteur veut dire, de sentir sa manière, l’empreinte qui lui est propre, puis je tente de l’emmener au plus près de cela.

Ce n’est pas si simple de dialoguer avec soi-même et avec son lecteur en faisant preuve de justesse. Les auteurs que j’accompagne ont, pour la plupart, besoin d’un extérieur sur leur texte, un regard neuf, informé et dénué d’implications, d’affects.

Parallèlement à l’accompagnement d’auteurs, j’anime toute l’année des ateliers d’écriture à Paris et par email.
 

Quelle vision de la littérature défendez-vous ? Pensez-vous qu'elle peut faire lʼobjet dʼun apprentissage ?

Les Anglo-Saxons considèrent qu’écrire s’apprend, un peu comme on apprend à peindre ou à jouer d’un instrument de musique. En France et dans les pays francophones, on a longtemps pensé que savoir écrire était quelque chose d’inné, une sorte de don de la nature. Cette vision est en train d’évoluer. À Bruxelles par exemple, il existe désormais une Université Européenne d’Ecriture.

Est-ce que tout le monde peut apprendre à écrire ? Tout dépend sans doute de ce que l’on entend par « écrire »… Tout le monde peut améliorer son style, tout le monde peut apprendre certains ressorts de la fiction et à faire preuve de cohérence. Ensuite, c’est une histoire entre soi et soi. Ecrire c’est ouvrir des portes, accepter de lâcher des certitudes, de poser des questions, d’aller explorer le fond des choses et de se mettre un peu en danger.
 

Quelle est la méthodologie de vos groupes de travail ? Sur quelles notions-clés travaillent-ils, et dans quel cadre (cycles, déroulement dʼune séance) ?

L’accompagnement est un travail individuel.

Quant à l’atelier d’écriture, il accueille au maximum douze ou treize personnes. Travailler en petit groupe me semble primordial. Ceci permet à chacun de bénéficier du temps nécessaire pour présenter et discuter de son travail de la séance.

Nous nous réunissons tous les quinze jours durant trois heures. Quand on écrit, le temps passe très vite !

Quant au programme, il varie chaque année. Il est très rare que je reprenne une proposition à l’identique. Je demande toujours aux participants, lors des premières séances, sur quoi ils souhaiteraient travailler, et j’essaie d’adapter le programme des ateliers en fonction.

L’année dernière, nous nous sommes concentrés sur la construction romanesque. Nous avons abordé l’incarnation des personnages, le choix du narrateur et du point de vue, les différentes structures narratives, la gestion du temps, la création d’une atmosphère, l’art de raconter et l’influence du cinéma dans la littérature actuelle,…

Nous avons aussi abordé la recherche d’inspiration, l’écriture à partir d’images, l’écriture collective en construisant ensemble une nouvelle, et participé à la semaine de la francophonie en partenariat avec les bibliothèques d’Avignon.

L’atelier de trois heures débute par une petite discussion sur le sujet que nous allons aborder durant la séance ou par un « amuse-bouche », soit une courte proposition d’écriture ludique. Puis je lance la proposition qui fera l’objet de l’atelier et chacun se met à écrire. Le temps d’écriture est d’une heure minimum puis suit un temps de lecture et de discussion.

En juin, pour clore le travail de l’année, nous organisions une lecture publique.
 

Quel est ou sont les profils-types de votre public ? Que pensez-vous pouvoir apporter à des aspirants écrivains ?

J’accompagne des auteurs qui débutent, d’autres plus confirmés. Certains sont édités et également suivis par leur éditeur.

Dans les ateliers, il n’y a pas non plus de profil type. C’est aussi ce qui en fait l’intérêt et le charme ! Un atelier d’écriture, c’est un laboratoire où l’on s’essaye, où l’on cherche.

Que l’on soit un auteur averti déjà publié ou un auteur qui débute, il s’agit d’explorer de nouvelles voies, de se libérer de ses carcans, de se confronter de manière directe, immédiate, au regard de l’autre, et parfois de se surprendre.
 

Dans quel sens les ateliers dʼécriture doivent, selon vous, travailler à lʼavenir?

Les ateliers participent à un élan de démythification de l’image sacro-sainte de l’écrivain.

Ecrire en atelier c’est choisir de rechercher ensemble concrètement et à tâtons, de travailler le surgissement de la forme littéraire. C’est ainsi que se révèlent les possibles, dont celle de faire autrement.

Si « pour écrire, il faut déjà écrire. », si écrire c’est déposer sur la page blanche ce qui est déjà là dans notre rapport au monde et aux choses, l’atelier est l’amorce pour poursuive.

Il n’est pas finalité mais élan. Elan pour développer son imaginaire, pour prendre conscience de son rapport au monde et aux mots, pour comprendre et chercher comment ces derniers fonctionnent ensemble, d’où le texte surgit, et par quelle magie il devient littérature.

 

Accompagnement littéraire, de Clémence Borin
Site : http://www.accompagnementlitteraire.fr
Tél. : 06 07 34 26 18
Mail : contact@accompagnementlitteraire.fr
 

#0 Enquête : les ateliers d'écriture en France
#1 Les ateliers d'écriture en France : Elisabeth Bing
#2 Les ateliers d'écriture en France : Le Cercle des Écritures de Nantes
#4 Les ateliers d'écriture en France : Atelier Claire Marine
#5 Conclusion : les ateliers d'écriture en France

Aucun commentaireAjouter un commentaire