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Le 04 aoû 2014

#1 Les ateliers d'écriture en France : Elisabeth Bing

Première étape de notre tour de France des ateliers d'écriture : Marianne Jaeglé, vice-présidente du groupe Elisabeth Bing, figure historique des groupes de création littéraire hexagonaux, répond aux questions de monBestSeller.com. Le moyen d'en apprendre plus sur les pionniers du genre depuis plus de trente ans !

Quels sont la taille, le lieu et la date de création de votre structure ?

Les Ateliers Elisabeth Bing sont la première association d’ateliers d’écriture en France. L’association a été créée en 1981, mais leur fondatrice a mis en place les premiers ateliers d’écriture en France en 1968, expérience qu’elle raconte dans Et je nageai jusqu’à la Page (Éditions des Femmes, 1976). 

Les Ateliers Elisabeth Bing rassemblent aujourd’hui une vingtaine d’animateurs issus d’horizons divers, intervenant sur Paris et en région. Outre de nombreux ateliers, l’associaton propose aussi des formations destinées aux animateurs. 
 

Quelle vision de la littérature défendez-vous ? Pensez-vous qu'elle peut faire l’objet d’un apprentissage ?

Dans les ateliers d’écriture, tout le monde ne devient pas écrivain, mais tout le monde peut prendre plaisir à écrire, de même que tous ceux qui jouent d’un instrument de musique ne deviennent pas nécessairement musiciens professionnels. En revanche, « chacun peut, par ses propres moyens, parvenir à jouir librement de la beauté de la langue, fabriquer de la beauté et de la pensée » écrivait Elisabeth Bing dans sa lettre pour une éthique des ateliers d’écriture. Le plaisir est donc la première des raisons de pratiquer l’écriture (en atelier ou ailleurs). 

Par ailleurs, l’écriture peut et doit faire l’objet d’un apprentissage d’un point de vue technique : il s’agit d’apprendre à prévoir les réactions du lecteur, et à organiser celles-ci. Cet apprentissage peut se faire dans la solitude, certes, mais il sera grandement accéléré et facilité par la présence, les suggestions et les retours d’un groupe et de l’animateur. 

« Le texte apparaît au lecteur comme une évidence, écrit Jean-Philippe Toussaint dans L’Urgence et la Patience, mais cette évidence, l’écrivain doit la construire. » 

Apprendre à bâtir l’évidence d’un texte, y faire de la place au lecteur, faciliter son parcours dans la lecture… Autant de domaines qui ont fait l’objet d’un travail chez les plus grands auteurs, comme en témoignent leurs brouillons, et auxquels les écrivants s’exercent en atelier. 
 

Quelle est la méthodologie de vos groupes de travail ? Sur quelles notions-clés travaillent-ils, et dans quel cadre (cycles, déroulement d’une séance) ?

Certains de nos ateliers proposent un travail ponctuel, d’autres un véritable cycle qui peut se dérouler sur un an ou davantage. Le principe sur lequel reposent ces cycles est que l’écriture se construit lentement (de même que l’auteur) et que c’est dans l’environnement stable de l’atelier que les premiers projets longs pourront s’édifier assez solidement pour espérer voir le jour. 

Chaque séance comporte un temps d’écriture et un temps de lecture des textes produits, avec des retours du groupe et de l’animateur ainsi que des suggestions pour retravailler le texte, ou le poursuivre. Nombre de séances incluent également un moment de relecture de textes antérieurs, découverts cette fois en version papier et proposés à une lecture plus précise (et non plus seulement à l’audition). Ce faisant, chacun progresse dans la maîtrise de son style, de sa technique, de ses effets. 
 

Quel est ou sont les profils-types de votre public ? Que pensez-vous pouvoir apporter à des aspirants écrivains ?

« Nos ateliers accueillent tous ceux que l’écriture concerne, ceux que l’écriture attire, mais auxquels elle fait défaut, aussi bien que ceux qui écrivent depuis longtemps et qui désirent sortir de la solitude, se confronter à d’autres écritures, à de nouvelles incitations, trouver des lecteurs plus distanciés qu’eux-mêmes et qui sauront dans le texte réclamer leur place, celle précisément du lecteur » écrivait Elisabeth Bing dans sa lettre pour une éthique des ateliers d’écriture. 

Nos ateliers accueillent des gens issus de toute la société, de tous les âges, ayant tous les profils imaginables. 

Ce que l’atelier apporte :

— Une stimulation à écrire par le moyen des propositions  et la nécessité de s’y mettre, là maintenant, tout de suite, alors que tout le monde a tendance à reporter la nécessité d’écrire au lendemain ;
— Un cadre favorable dans lequel developer leur travail (régularité, continuité…) ;
— Des idées pour poursuivre, des suggestions pour améliorer, des techniques pour préciser ses effets… ;
— Et quelque chose d’infiniment précieux : des lecteurs intéressés, indulgents mais pas complaisants, sur lesquels chacun peut tester ses textes en direct. 
 

Dans quel sens les ateliers d’écriture doivent, selon vous, travailler à l’avenir ?

Après avoir longtemps été méprisés des universités comme des éditeurs, les ateliers d’écriture se développent maintenant au sein de ces structures où la liberté même de l’écriture ne va pas de soi. Les ateliers d’écriture indépendants doivent continuer à proposer à chacun le plaisir d’écrire, une véritable recherche esthétique indépendante des considérations du marché éditorial et des tentations formalistes liées à l’enseignement universitaire. 

Nous travaillons pour que l’écriture reste ce qu’elle a toujours été : un espace d’invention et de subversion dont la liberté est la condition.
 

Les Ateliers d'Écriture Elisabeth Bing
20 rue du terrage – Boite 49 – 75010 Paris
Tél. : 01 42 05 06 96
Mail : ateliersElisabethBing@gmail.com
 

#0 Enquête : les ateliers d'écriture en France
#2 Les ateliers d'écriture en France : Le Cercle des Écritures de Nantes
#3 Les ateliers d'écriture en France : Accompagnement littéraire, de Clémence Borin
#4 Les ateliers d'écriture en France : Atelier Claire Marine
#5 Conclusion : les ateliers d'écriture en France

Comme dans toutes les matières il faut travailler. Mais ne pensez-vous pas qu'il existe différents "niveaux" d'auteurs comme par exemple en peinture, il y a ceux qui savent dessiner et ceux qui doivent apprendre. les ateliers tiennent compte de ce paramètre ?
Publié le 05 Août 2014