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Le 29 déc 2014

Agents littéraires, agents d’auteurs. Pour qui ? Pour quoi faire ?

Le système des " agents littéraires " existe peu en France, ou de manière discrète. Il ne fait pas partie des pratiques culturelles. Il est le plus souvent réservé aux auteurs à succès. A tout le moins, aux auteurs qui ont déjà été édités. Les éditeurs sont sur leur réserve, ils y voient peut être un écran dans le dialogue avec leurs auteurs ou bien une part de gâteau supplémentaire à distribuer dans le circuit de l’édition. Mais c’est plutôt une tradition de longue date qui a empêché la profession de naître, engendrée par Gaston Gallimard, qui voyait et traitait ses auteurs comme une écurie, des amis à protéger, à stimuler à travers une relation unique et passionnée.
Agents littéraires et édition numériqueL'amour est-il dans ce pré carré ?...

L’agent littéraire, la renaissance d’une profession « oubliée ».    

En France, peut-être, les auteurs voient dans l’absence d’agents, une liberté, un accès libre à de multiples éditeurs, sans réaliser vraiment le temps, l’énergie et l’investissement que représentent un démarchage et un suivi auprès des maisons d’édition.  Pourtant l’'époque où un écrivain adressait son livre à un éditeur et obtenait rapidement une réponse est bien finie.  Pour les lancements importants, la chaîne de production, du marketing, est une organisation minutée et les auteurs ont besoin de conseils, entre autres pour le choix de leur éditeur. 
« Je ne veux pas être l'avocat des agents », explique le romancier français Eric Rheinardt, « mais l'écriture est un travail solitaire. C'est très rassurant d'avoir un éditeur et un agent pour s'occuper de vous. A condition que la relation avec l'agent n'empiète pas sur le lien avec l'éditeur. » Eric Reinhardt est très fier que le prestigieux Hamish Hamilton, éditeur de Truman Capote, ait pris en charge son roman «le Système Victoria». Assumer les sollicitations multiples du public par le biais d’un agent, est un soulagement, pour un auteur célèbre.

Un agent littéraire, c’est plus qu’un intermédiaire entre éditeur et auteur.

D’origine anglo-saxonne, le métier s’est répandu en Europe du Sud et maintenant, même en Allemagne. Aux Etats-Unis, les éditeurs vont jusqu’à refuser les manuscrits non sollicités et conseillent aux auteurs de prendre un agent. Car les éditeurs n'ont plus le temps de passer des heures à expliquer aux novices les rouages du métier. « Agents et éditeurs parlent le même langage, c'est plus facile », déclare Andrew Nurnberg, célèbre agent Londonien. Leur travail ne se résume pas à gérer le portefeuille de droits d'auteurs. C'est aussi un métier de «découvreur», de «défricheur», comme l'explique Pierre Astier, fondateur de la maison d'édition Le Serpent à plumes, devenu l’un des 20 agents influents en France.
Il est aussi là pour négocier les contrats, réclamer de la promotion, suivre les comptes et les droits dérivés. L’agent littéraire est souvent habilité à intervenir sur les textes. Il officie ainsi comme un filtre de sélection sur la qualité des manuscrits fournis par l’auteur. A ce titre, on peut l’assimiler à un comité de lecture. Il peut aussi, si la confiance est acquise, influer sur la nature des écrits. Mais attention, les rapports dépendent de la célébrité de l’auteur, de sa qualité d’écoute, du poids de l’agent. L’auteur tient les rennes ou pas ; mais c’est lui qui rémunère. Cette rétribution correspond à un pourcentage sur les droits d'auteur versés par l'éditeur.

La rétribution de l’agent littéraire est très négociée, elle impose des volumes, donc des niveaux de ventes élevés.

De l'ordre de 15 à 20 % sur les droits d’auteurs, réservés par l’éditeur à l’auteur, on peut alors deviner l’investissement temps et argent fournis par les agents à fonds perdus ; ils ont véritablement besoin de chevaux de course pour pouvoir en vivre. La  mission principale de l’agent est de "vendre" l’auteur à un éditeur, c'est-à-dire convaincre un éditeur de le publier. C’est sa principale source de revenus. Tâche longue, difficile et parfois ingrate que beaucoup d’auteurs connaissent.    
Andrew Nurnberg, agent londonien de grande renommée, à l’origine des lancements de Jonathan Littell, Doris Lessing, qui a joué un rôle aussi dans le lancement de Beigbeder, a été le tremplin de Valérie Trierweiller. La mondialisation du livre s’organise et les grands coups permettent aux structures traditionnelles d’édition d’amortir les ondes de chocs de la dégringolade des ventes et de l’implosion du numérique. Les agents participent à ce phénomène de mondialisation avec une vision marketing du livre. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, il faudra composer avec. Les agents foisonnent aujourd’hui dans les Foires du Livre, prêts à protéger les auteurs selon les uns, à prendre leurs parts de gâteau, pour les autres.

Les agents littéraires, un maillon incontournable de la chaîne du livre demain ?

Alors que beaucoup de maisons d’édition n’ont pas de véritable politique numérique, ni de budgets appropriés pour faire face, la révolution du numérique, la concentration des groupes, la désertion progressive de la lecture et la sur-sollicitation des lecteurs sur le net, modifient le contexte. Les auteurs publient leurs livres en ligne, les commercialisent directement (via Amazon ou la Fnac.com…), sans intermédiaire. Ils se passent d’éditeurs et a fortiori d’agents. Dans ce cadre, leurs marges d’auteurs est a minima de 60 %, une aubaine. Quelle sera la raison d’être d’un agent littéraire demain ?

Les agents littéraires ont ils un avenir ?

En réponse à l’explosion du numérique, dans les pays Anglos saxons, beaucoup se sont spécialisés dans le marketing en ligne, dans les relations publiques, dans l’édition numérique, mélangeant les genres et parfois les intérêts.
Les Maisons d’édition se concentrent. La suppression de nombreux éditeurs peut contribuer à isoler les auteurs et les inquiéter. Dans ce cadre les agents, pourraient devenir conseils bien sûr, mais aussi les boucliers commerciaux, juridiques face aux grands groupes d’édition.
Le numérique accélère le processus. Certes il ne représentera que 3 % de l’offre du marché Français l’année prochaine mais les agents littéraires se doivent de réinventer leurs fonctions : création des extensions de contenu (audio, vidéo, multimédia qui font maintenant partie intégrante des livres publiés) ; accompagnement et conseils pour les choix techniques, commerciaux et marketing.  Muter pour ne pas mourir, tout un programme.

Christophe Lucius

11 CommentairesAjouter un commentaire
A vrai dire, puisqu'il n'existe pas de site equivalent a Bookbub ou ENt en France, il faudrait que cela arrive. Le principe est simple, mais le mettre en oeuvre necessite tout de meme quelques connaissance en informatique. Ou alors ca pourrait se faire a partir d'une page facebook, meme si l'apparence d'une [age FB n'est pas geniale. Les lecteurs potentiels n'auraient qu'a donner leurs adresses email et leur preferences quand aux livres dont ils veulent entendre parler. Ensuite les auteurs soumettraient le titres de leurs livres/resume/couverture avec un lien vers le site qui vend leur livre. En general les lecteurs veulent des livres gratuits, peu chers ou en grande promotion. Or ces promotions sont difficiles a reperer sur kindle par exemple car elles ne durent en general que quelques jours. L'interet de sites comme Bookbub ou ENt est justement de prevenir les lecteurs de ces promotions quand elles apparaissent.
Publié le 04 Janvier 2015
Evidemment les auteurs édités peuvent ne pas voir l'intérêt des agents, mais pour les auteurs indépendants ça pourrait être un vrai booster. Les coachs devraient s'orienter dans cette voie. Avec le nombre d'auteurs et surtout d'auteurs indépendants il y a une vraie place à prendre, un métier à développer chez nous.
Publié le 01 Janvier 2015
Je suis assez d'accord avec Robert. Aujourd'hui, ce qui fait réellement défaut à bon nombre d'auteurs est la visibilité. Si on est pas édité chez un grand, on est noyé dans la masse. L'agent littéraire ne pourra vraiment éclore que s'il devient avant tout un attaché de presse de ses auteurs. S'il promeut à sa place, le rend visible, l'accompagne dans ses ventes, il trouvera un intérêt pour l'auteur qui pourra concéder à sacrifier une partie de ses droits d'auteur déjà bien maigres. Viendra alors en second point, le travail éditorial avec la confiance pour le livre suivant. A mon avis, l'agent éditorial gagnera toute expansion qu'avec les auto-édités qui gagneront ainsi en crédibilité ( parce que plus visibles grâce à lui ) car ils feront alors vraiment concurrence aux ME. Et ce n'est que sur ce même piedestal que les ME considèreront l'agent littéraire et son auteur auto-édité pour pouvoir lui racheter ses droits.
Publié le 31 Décembre 2014
Merci Robert pour ces précisions.
Publié le 30 Décembre 2014
Charlotte, on peut dire qu'un site comme Bookbub vend des mailing lists aux auteurs qui proposent une pomotion pour leurs livres. Les prix sont indiques sur le site. Il n'existe pas d'equivalent en France autant que je le sache. En gros vous soumettez un de vos livres dont vous voulez mettre en valeur une promotion (gratuite ou rabais d'au moins 50%). Si Bookbub accepte votre livre, les "clients" reguliers de Bookbub recevront un email avec le titre de votre livre. On parle ici de plusieurs millions de clients potentiels. Bien sur seule une petite portion de ces millions de clients acheteront votre livre, mais en moyenne (selon ce qu'affirme Bookbub bien sur) le nombre de telechargements est suffisant pour compenser ce que vous payez pour ce service (oui c'est payant et assez cher) et pour vous assurer une visibilite que vous n'aurez jamais autrement. En un mot, Bookbub est une agence publicitaire uniquement pour les livres. Et si vous avez la chance de bien vendre la premiere fois, vous etes alors pratiquement certain d'etre suivie lorsque vous publierez votre prochain roman. Hubert, je ne connais pas en detail les criteres de selection, mais sur le forum americain d'Amazon on peut souvent lire combien il est difficile d'etre selectionne. Ce qui est un bon signe puisque c'est payant. Mais par exemple si votre livre n'a aucune critique, ou trop de critiques negatives sur des sites comme Amazon ou Smashword, il ne sera pas probablement pas retenu. S'il y a trop de fautes grossieres, il ne passera pas la selection. Si la couverture n'est pas top, il ne passera pas. Ca permet a bookbub de ne pas perdre leurs "clients" et aux auteurs d'avoir plus de chance de recuperer leur mises et de vraiment profiter du carnet d'adresses. C'est pour cette raison que je disais que le metier d'"agent litteraire" pour l'edition numerique et l'autoedition sera de ce type et non plus simplement un homme ou une femme qui recoit des mauhscrits qu'elle proposera a des editeurs. Avec l'edition en ligne il s'agit pour un eventuel "agent" de mettre directement en rapport l'auteur et le lecteur. L'editeur n'existe plus.
Publié le 30 Décembre 2014
Je suis allée voir Bookbub.... c'est en anglais... De quoi s'agit-il exactement comme site ? Pouvez-vous nous en dire plus ? Y-a-t-il un équivalent français ?
Publié le 30 Décembre 2014
Au contraire. La "vente" de mailing list est ce que Bookbub, par exemple, fait tres bien. Ce genre de compagnie est tres prisee par les auteurs auto-edies qui sont selectionnes (la selection, pour eux, est tres drastique) mais ceux qui passent cette selection se retrouvent avec des milliers de lecteurs potentiels.
Publié le 30 Décembre 2014
Une liste d'e-mails c'est comme une clientèle, dans certains métiers ça ne peut pas se revendre... Un agent pourrait être un intermédiaire qui ferait un premier tri dans toute l'offre de livres notamment numérique... On proposerait son livre à un agent qui accepterait ou pas d'aller le vendre. Un agent prendrait plus facilement des risques comparé à un éditeur et aurait un autre flair car orienté aussi sur l'international... L'auteur peut difficilement être son propre commercial... Oui en indé on peut toucher 70% mais si on ne vend pas c'est 70% de rien... ça fait pas lourd. Alors parfois mieux vaut être partageur...
Publié le 30 Décembre 2014
Meme pour les droits internationaux les agents ne sont peut-etre plus utiles pour les auto-edites. J'en veux pour preuve ce qui s'est passe par exemple pour JP touzeau, que vous connaissez je crois, qui s'est vu propose un contrat pour une adaptation americaine de ses romans "la femme sans peur" par Amazon lui-meme... :) Il est evident pour moi, que si un roman traduit du Francais et distribue par Amazon se revelait etre un succes aux USA, alors Amazon proposerait illico de faire la meme chose avec Amazon.uk, amazon,de, Amazon,jp etc...
Publié le 29 Décembre 2014
Comme le dit l'article, ce n'est pas une tradition ancrée dans nos mœurs littéraires car qui dit agent dit argent, un mot considéré grossier dans notre héritage culturel. Quel éditeur veut d'un agent uniquement motivé par l'argent lui soufflant dans les bronches parce que le titre de son poulain n'a pas assez de couverture médiatique? Viviane Hamy vient de virer l'auteure qui représentait 75% de ses revenus annuels pour cause d'incompatibilité avec l'agent de ladite auteure. Pour sacrifier un tel pactole, il fallait que le gars représente un fardeau considérable pour l'éditrice. Donc à notre niveau, ce n'est pas encore un besoin, au contraire cela peut même avoir un effet négatif. Par contre, dès qu'il s'agit de négocier les droits de traduction, d'adaptation, etc., vouloir gérer cela soit même est impossible. Donc ils deviennent utiles dès qu'il s'agit de s'exporter sur les marchés internationaux. Trouver les bons éditeurs étrangers, négocier les a-valoir (sur lesquels ils se paient probablement), c'est un boulot utile, voire indispensable, même pour les indépendants.
Publié le 29 Décembre 2014
Aujourd'hui un agent litteraire a succes serait plutot un homme ou une femme avec une liste d'emails de lecteurs assidus longue comme le bras. Il ou elle pourrait des lors monnayer cette liste a des auteurs auto-edites, pour qui une mailing list est la seule veritable alliee.
Publié le 29 Décembre 2014