Actualité
Le 11 mar 2013

La figure des écrivains pâtit-elle des opportunismes ?

C'est une vieille tradition chez les écrivains que de scénariser leur génie, leur âme, leur verve : Chateaubriand flagellé par le vent de Bretagne, embrassant d'un regard pénétrant l'horizon, l'Histoire et les proches galaxies, Hugo soupesant son crâne comme s'il s'agissait d'un globe terrestre, Balzac engoncé dans sa robe de bure, Montesquieu vêtu d'une toge car, après tout, n'est-il pas de l'étoffe des antiques ?
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Et si les écrivains d'aujourd'hui se sont départis du goût du déguisement – à l'exception, peut-être, de Gonzague Saint Bris – et Amélie Nothomb, l'achalandage par l'image n'a jamais été si prégnant.

Les écrivains aussi sont à l'ère littéraire industrielle contraints à communiquer

L'âge de la « littérature industrielle», dont l'avènement fit l'amertume de Sainte-Beuve, a pris un tour prodigieusement médiatique : talk-shows, interviews et séances photos sont désormais les promontoires du succès ; dès lors, comme l'ont bien compris les maisons d'édition, il n'est pas absurde de mettre en avant des qualités telles que la sensualité d'un regard, la virilité d'une mâchoire, l'audace d'une chute de rein, d'un tempérament enjôleur, rebelle ou gouailleur, en somme, tout ce qui dope et l'audience et les ventes. Imaginerait-on Socrate promener son intemporelle laideur sur le plateau d'Ardisson ? Difficilement. La sécurité l'enverrait bouler sans façons : trop bavard, ratiocineur, vraiment dégueulasse. Allez me chercher Platon.

Etre écrivain devient une fonction banalisée, un simple moyen de délivrer un message.

A ciseler l'image des écrivains comme on le ferait d'un produit, reléguant de ce fait les vertus littéraires au second plan, c'est à marche forcée que s'est opérée sa désacralisation. Mais cette standardisation de la figure de l'écrivain ne tient pas seulement à la qualité déclinante des œuvres promues, ni davantage au fait que les écrivains se soient mus en stand de tir (Zemmour à la carabine), elle plonge ses racines dans un phénomène plus global : nombre des fonctions auxquelles étaient attachées prestige et déférence suscitent de plus en plus d'indifférence ; ainsi des docteurs, des avocats, des journalistes, des hommes politiques, des professeurs, des historiens, des hommes-grenouilles... On entend déjà les Cassandres nous assourdir de leurs cris d'orfraie : « notre civilisation part à vau-l'eau ! »

Les écrivains sont-ils désormais les seuls avocats de leurs écrits ?

Les écrivains sont redevenus des hommes. Même Marc Lévy. L'écrit n'est plus le premier des médias, et multiples sont les facteurs responsables d'une désaffection à l'égard de nos belles lettres : la concurrence des écrans de toutes natures (cinéma, télévision, internet, bientôt les lunettes numériques), l'omniprésence des moyens de communication, l'effondrement des idéologies, l'autorité des « experts » dans les domaines intellectuel et scientifique, toutes ces choses s'ajoutant les unes aux autres n'ont cessé de rogner le temps de lecture. - Drôle d'époque... Mais gageons que les suivantes le seront plus encore.

...Ils tentent parfois d'occuper la scène media sur d'autres espaces que la pure écriture pour capter l'attention.

Le temps où l'on s'en remettait au « jugement infaillible » de Jean-Paul Sartre, intellectuel engagé s'il en fut, semble si pleinement révolu qu'on le contemple aujourd'hui avec incrédulité. Et BHL dans tout cela ? Malgré un déploiement de sex-appeal tel que la Libye n'en connut jamais, malgré les accolades qu'il donna, radieux, à des combattants enturbannés, malgré de superbes clichés le montrant fièrement juché sur des chars de la Libye libre, malgré tout cela, quand il eut l'idée de se glisser entre David Cameron et Nicolas Sarkozy pour faire du gringue aux caméras, la sécurité n'hésita pas à le congédier comme le dernier des chenapans : « dégage ! » De là où ils se trouvaient retenus, ciel, enfer ou bière, il paraîtrait que Sartre et Voltaire se seraient alors poilés sans vergogne.

Arthur Deming

Bien sûr, chère @Anna Kriakovna que BHL est un écrivain, c'est même un ancien nouveau philosophe. Il est sur tous les théâtres d'opérations munis de caméras pour le filmer sur les chars, chemise blanche ouverte sur une poitrine imberbe. Il était également muni d'une épouse qui poussait le dévouement jusqu'à se promener à moitié nue sur les planches du Grazy Horse Saloon. Il possède une tribune à vie sur un célèbre hebdomadaire qui fait la pluie et le beau temps. Vous avez là la meilleure définition de l'auteur moderne. Pour les autres, vous avez le miroir chez Ruquier et Ardisson. Si par hasard, vous avez un peu de talent et beaucoup de cordes à noeuds pour vous hisser jusqu'au sommet, vous serez reçue à la Grande Librairie. Sinon, venez chez les sans-grades, pas toujours modestes, sur le site de mBS où les petites pointures soumettent leur sang et leurs larmes aux jugements de leurs pairs, aux avis des petits et des grands qui n'ont d'autre souci que leur plaisir de lire à l'abri des cornemuses. Et vous pouvez aussi vous promener incognito parmi les tables des libraires, il en existe encore quelques-uns, et fouiner dans le fond des étagères inaccessibles pour y trouver votre bonheur en feuilletant une plaquette sans photo d'un ou une illustre inconnue. S'il est honnête, le marchand vous concédera une remise. Et vous aurez peut-être déniché celui ou celle qui demain appartiendra aux grands Classiques de la littérature. Car lorsque les fanfares se taisent, immanquablement, c'est le silence qui fait du bruit.

Publié le 26 Novembre 2016

@jean claude ROBIN Merci pour votre long et intéressant commentaire. Si vous avez envie de développer ces sujets, vous pouvez nous faire parvenir par mail un article que nous pourrions publier dans la rubrique "Du côté des Auteurs" (contact@monbestseller.com). Bonne journée à vous.

Publié le 24 Novembre 2016

@monBestSeller.

La figure des écrivains pâtit-elle des opportunistes ?
Excellente question d'actualité, de nombreuses autres sont pendantes !
Qui sont ces opportunistes cachés, qui ont initié cette littérature que vous qualifiez très justement "d'industrielle" ?
Y-a-t-il des usines à fabriquer des textes, dont le but serait seulement de la communication plus publicitaire que littéraire ?
L'objectif premier est-il de vendre du papier à des fins alimentaires, soutenu par une promotion bien orchestrée, des distributeurs aux ordres, des moyens médiatiques bien rodés, des animateurs vedettes, qui en assure la promotion aux heures de grande écoute ?
Leurs invités, la plupart connus, du monde de la politique, du show-biz, ou des médias, chaque fois accompagnés d'un livre à promouvoir, sont-ils téléguidés ?
Pour les autres, les inconnus, il est vrai "désormais ils sont bien les seuls avocats de leurs écrits" !
Les Editeurs, avant le lecteur sont leurs juges .
Voilà bien, les questions qui complètent celle reprise en introduction, l'auteur est-il finalement qu'une infime partie de cet ensemble, que les Editeurs encadrent au gré de leurs exigences .
Une dernière question, peut-être la plus importante, qui complète le tout, les quatre grands Editeurs sont-ils les seuls opportunistes dissimulés, qui en parfaite intelligence manageraient le tout ?
Voilà bien, ce qu'il convient de comprendre, et qui mérite de la part des auteurs indépendants que nous sommes, une investigation plus approfondie, à laquelle je les engage.
Chez monBestSeller.com, différemment, ce sont les lecteurs qui constituent le comité de lecture avec une certitude, le manuscrit ne restera pas dans un tiroir, il sera lu et jugé sans concession ni obligation d'une édition papier.
Ce sera la dernière étape à franchir, indispensable, si l'auteur souhaite s'insérer fructueusement dans le système établi, sans support autre que son imagination ou ses idées rapportées.

Jean Claude ROBIN

Publié le 14 Novembre 2016

La littérature comme la science a toujours le même rôle à jouer, celui d'inventer de nouvelles formes, idées, histoires, concepts, découvertes... Mais bon, c'est sûr que les réseaux sociaux ne favorisent pas la maturation et l'approfondissement qui demandent du temps et du recul. ;-)

Publié le 12 Novembre 2016

J'ignorais que Bernard Henri-Lévy fût écrivain.

Publié le 07 Novembre 2016
C'est qui sur la photo , Bukowski ?
Publié le 04 Avril 2013
Jugement partagé. Amédée Cabanes
Publié le 12 Mars 2013