Un livre acheté en librairie doit il être un acte solidaire ?

Actualité
Le 19 nov 2020
La librairie souffrait déjà. Avec les subventions, les libraires ont un ballon d'oxygène, mais pour combien de temps ? Avec entre autres, des prêts à taux nuls, des millions d'euros de subventions allouées aux librairies indépendantes, il s'agit d'un coup de pouce d'ampleur. Une nouvelle reçue avec soulagement, naturellement, mais qui ne saurait régler les problèmes chroniques ni conjurer pour autant les nuages qui pèsent sur l'avenir à court terme des libraires. Comme nombre de métiers, la librairie aussi doit se réinventer.
Les librairies sont en difficultés Les librairies sont en difficultés

 

Inquiétude chez les libraires, à juste raison, les études le confirment...

Le taux de marge de ces établissements, de 0,6%, est par six fois inférieur aux autres commerces de détail. Pareil décrochage n'est cependant pas propre au marché du livre. Nul n'ignore en effet que les grandes enseignes de l'électronique, touchées de plein fouet, ne résistent guère mieux. Ainsi de la moribonde Fnac qui a su donner un coup de talon radical pour recouvrer une nouvelle vocation jusqu'aux Virgin megastores définitivement morts, Ces apôtres zélés d'un progrès qui - ingratitude suprême - risquent de leur coûter finalement l'existence. (quand ce n'est pas déjà fait).

Des charges élevées, des marges en baisse

Depuis cinq ans, alors que les grandes chaînes tiennent bon, petites et moyennes librairies subissent un inexorable déclin. Sur la vente d'un exemplaire seul, les libraires déplorent de n'être pas assez rémunérés. Si 25 à 38% du prix de vente leur est dû, les charges, elles, ne cessent de croître. Loyers élevés en centre-ville, coûts afférents à une main d' œuvre qualifiée et prix unique du livre sont autant d'obstacles au redressement de leurs finances. Pour survivre, les libraires doivent alors redoubler de sacrifices, notamment par l'allègement des salaires et l'accroissement du temps de travail.

Connaitre le métier de libraire, mais savoir aussi le réinventer

Pénétrer l'enceinte d'une librairie est un geste devenu rare et, plus que jamais, c'est au libraire qu'il appartient d'achalander sa boutique. Cela passe par un travail d'animation des vitrines – qui tendent à devenir, il est vrai, d'authentiques fêtes littéraires –, l'entretien d'une solide proximité commerçant-client, véritable poumon du métier de libraire, la prestation de nouveaux services tels que l'installation de bornes de téléchargement, la création d'espaces innovants, à mi-chemin entre la librairie et le café, ou encore la diversification de l'offre culturelle. En somme, tout en conservant son identité profonde, la librairie du XXIème siècle n'aura d'autre issue que de se réinventer à marche forcée, sous peine d'extinction.

La réouverture puis la refermeture

Dès les premiers jours du déconfinement, les librairies ont accueilli un retour massif des clients, renouant avec les coutumes et habitudes dont ils se croyaient privés. Un flux de visiteurs équivalent à l'avant confinement, mais un panier moyen supérieur. En somme, le retour à l’activité rendait les libraires heureux de reprendre leur métier, et surtout de pouvoir en vivre. 
Évidemment, les ventes de livres se sont écroulées durant les 3 mois de fermeture.
Entre temps, un plan d’aide de 100 millions € a été présenté par le ministère de la Culture, et celui de l’Économie, Bruno Le Maire. Quand la filière attendait 500 millions €…et maintenant le nouveau confinement exigerait des mesures de secours supplémentaires de 30 millions d'Euros.

Une saison littéraire violentée, des initiatives de libraires, audacieuses

Une saison de prix littéraires bousculée avec des librairies fermées pour cause de reconfinement, le cauchemar recommence. En mars (2020), le syndicat des libraires n’avait pas souhaité ouvrir les boutiques. Aujourd’hui, il le réclame. Paradoxe ?

Renny Aupetit, co-fondateur du réseau Librest, réseau de 13 Librairies du Grand Paris, a établi une solution permettant de mutualiser les stocks de librairies Lalibraire.com et Librairiesindépendantes.com sont aussi des librairies réunies en réseau défendant le principe " L'union fait la force". Ils sont actifs et puissants.
Le - "clique et collecte", pour ceux qui ne veulent pas sombrer dans les anglicismes - se répand et se généralise : Il est aujourd'hui pratiqué par plus de 2000 librairies en France.
 Livres Hebdo, qui avait établi en avril 2020 la liste des libraires qui proposaient du click and collect, vient de réétablir sa carte participative en l’actualisant au jour le jour. Mais pratiquer du click and collect, c'est réduire de 50% son chiffre d'affaires, avec le même temps de travail, avec la même nombre d'employés, car c'est clairement une service chronophage. 
Cette nécessité absolue de s'adapter devient impérative pour les libraires. Ceux qui ne le feront pas, vivront ces périodes hors normes que sont le confinement, beaucoup plus difficilement,voire pas du tout.
La pratique du e-commerce, le click and collect vont s'installer durablement comme une activité non marginale." Ce n'est plus une solution de repli, c'est une offre de service permanente.

Après tout, les méthodes d'Amazon ne sont pas toutes mauvaises; les emprunter a du bon. Garder le lien social en plus, est-ce la potion magique ?.

 

 

@Catarina Viti Peopoliser, liker, followers, buzz... Ça y est, crise d'urticaire, c'est malin :-)))) !

Publié le 26 Novembre 2020

@Fred Opalka : il me semble en effet que les libraires (en majorité) regardent passer les trains. Maintenant, une librairie doit occuper le terrain numérique et peopliser à mort si elle veut vivre. L'avenir est aux libraires "stars" : à poil devant leur web camera (ou minimum en tenue pin-up), expliquant à ses 35.000 followers ce qui lui fait liker le dernier prix de Flore, ou "à la J.E.H (balancer les bouquins pourritos par-dessus son épaule)... enfin, bref, à chacun de creuser son style... le buzz, qu'on s'marre au moins, au lieu de pleurer comme ma tante Madeleine.

Publié le 26 Novembre 2020

@Fred Opalka Merci à toi, Fred ;-).

Publié le 23 Novembre 2020

Acheter aujourd'hui un livre dans une librairie ne doit pas être un acte solidaire. J'ai envie d'aller encore plus loin Michèle. Il doit devenir un geste militant.
Au fond, solidaire, c'est en partie avoir conscience qu'une bonne partie du match est déjà joué et que, malgré des prolongations, nous n'arriverons pas à faire pencher la balance dans le camps des libraires. La crise d'aujourd'hui n'a fait que mettre en évidence les fragilités d'un système économique plus basé sur l'offre que la demande. Il tenait debout grâce à l'investissement, la force et la détermination d'amoureux de la littérature mais même dans la sacrosainte cathédrale Littérature, le clergé se paupérise.
Devant les nouvelles technologies et la capacité de certains groupes à livrer partout dans le monde des livres en moins de 24 heures, on se rend compte rapidement que les modes de consommation, même pour le livre change. C'est une question d'état d'esprit et de modernité dans la façon d'aborder la consommation des biens culturels. Attention, la modernité n'est pas forcement un gage d'amélioration.
Sur la ligne du temps, la modernité est cet instant, déjà démodé au moment où j'écris ces lignes, sur un fil qui a besoin du passé et d'un futur pour être ancré dans le présent. La modernité, on la vit tous les jours sans s'en rendre compte. Après... on peut peut être réussir à ralentir l'éphémère en continuant à acheter des livres en librairie. Un genre de mili-temps-tisme assumé qui permettrait d'éloigner les misérables échéances de la disparition des libraires. Constatons ensemble que ce qui a touché, il y a de cela une dizaine d'années, les bouquinistes est en train d'arriver doucement aux libraires indépendants.
Je pense vraiment que ce que nous sommes en train de vivre va radicalement changer la façon dont les maisons d'éditions abordent la distribution de leur livres. Je rejoins @Catarina Viti sur le fait qu'aujourd'hui un bookstagrammer porte un message (bon ou mauvais, peu importe là n'est pas le sujet) à grande échelle et devient moteur dans la promotion instantanée d'un livre, dans la quantité ubuesque de productions qui sortent chaque année.
En ce qui concerne les maisons d'éditions, on se rend compte que beaucoup d'entre elles favorisent aujourd'hui la vente directe. Un bon moyen pour elle de continuer à vendre une partie de leur stock, leurs nouveautés et bien d'autres choses.
Je penses vraiment que le partenariat libraire, maison d'éditions est en train de vivre une vrai révolution dans le Cosme de la littérature. Sans l'aide et le soutien des grands groupes de l'édition, il y a fort à parier que la symbiose qui existait entre producteurs et distributeurs ne se change en quelques chose de plus terne et bien moins vivant qu'aujourd'hui. Je pense que @Lamish a raison. Il y aura toujours du libraire pour vendre du livre mais la quantité de propositions sera bien moins étoffée qu'aujourd'hui. Elles se concentreront dans de grands pôles d'échange en délaissant petit à petit les zones les moins peuplées.
Alors oui.... Acheter un livre dans une librairie ne pourra en aucun cas faire de mal... Plus qu'un acte de solidarité, il faut que celui-ci devienne un acte de militantisme. Je vous invite tous à partir arpenter le bitume des trottoirs la plume au fusil et se souvenir que sans ce maillon de la chaine, nous ne sommes pas grand chose.
En d'autres termes : Rien de sert d'écrire s'il n'y a personne pour le lire.

En tout cas, Merci @Catarina Viti et @Lamish pour leur intervention éclairée.

Bonne continuation à toutes les deux et à tant bien d'autres autres badauds du livre qui passeraient par là et merci @monbestseller pour cet article.

Publié le 21 Novembre 2020

Oui, pour moi, il n'y a pas photo : acheter en librairie est un acte solidaire. Une prise de position nette et constructive.
Quelles que soient les qualités indéniables des GAFA, ils n'ont pas besoin de notre soutien pour inonder le marché, mais il est souhaitable de ne pas ignorer que leur accorder facilement le monopole est valider une société déshumanisée à plus ou moins longue échéance. Si leurs campagnes publicitaires actuelles (dont ils pourraient tout à fait se passer) tentent de mettre en exergue les rapports humains, n'est-ce pas pour mieux déculpabiliser le consommateur, d'ailleurs ?
Pour ma part, je crois encore à cette capacité fédératrice des consciences individuelles qui veut que l'on puisse moduler de grandes tendances acceptées avec fatalisme par une trop grande majorité.
La crise des petits prestataires de service du monde littéraire peut s'apparenter à celle vécue, dans les années 80, lors du développement massif de la grande distribution, par les petits commerces spécialisés. La guerre a été aussi rude qu'inégale. Les victimes nombreuses... mais le petit commerce n'est pas mort. Mieux, il reprend le vent en poupe depuis dix ans. Ce serait bien d'en tirer les leçons en fuyant les grandes abstractions, à défaut de savoir anticiper.
Pour en revenir au sujet de cette tribune, je connais des auteurs qui, lassés d'être noyés comme nous tous dans l'océan amazonien, ont pris l'initiative de travailler en direct avec des libraires de proximité... Hé bien figurez-vous que le constat est très rassurant : ils vendent mieux ; le libraire avec qui ils ont créé des complicités est plus motivé ; les acheteurs potentiels sont plus réceptifs à cette action de proximité et se sentent valorisés dans une démarche contributive moins anonyme... Elle n'est pas plus belle, la vie d'auteur, vue sous cet angle ?
Après, si d'autres préfèrent dépenser des milliers d'euros, car c'est ce qui faut envisager pour émerger furtivement d'une plateforme comme Amazon, ma foi...
Pour conclure, sûr que le changement d'attitude du consommateur ne suffira pas. Il est plus qu'urgent que l'état lâche un peu de lest. Il y a trop longtemps qu'il ignore les PME qui, mal représentées, subissent une pression fiscale et sociale qui les tue à petit feu...
Merci pour ce billet et bonne fin de journée. Amicalement, Michèle

Publié le 20 Novembre 2020

Les méthodes d'Amazon ne sont pas toutes mauvaises, dites-vous.
En effet, en tout cas, nous auteurs indépendants, nous pouvons même dire qu'Amazon est le partenaire le plus sérieux, le plus fiable, le plus honnête et, pour peu qu'on s'en donne la peine, le plus efficace.
"Le plus" par rapport à tout un tas d'aigrefins (ils pullulent) prêts à sauter sur le premier couillon ayant réussi à noircir quelques pages, histoire de lui extorquer quelques euros (voire beaucoup d'euros), sous forme directe et/ou indirecte et en échange de promesses qui, comme on le sait, n'engagent que ceux qui y croient.
Cela fait bien longtemps d'ailleurs que je n'ai pas vu passer un article sur l'état de l'édition vu par les auteurs (autoédités, indés, maqués, etc.)
Pourtant, y a du taf...
Autrement, que dire ? Ben oui, les librairies, les éditeurs, le livre... tout change, tout se transforme, comme disait l'autre. Je pense que le métier de libraire tel qu'encore pratiqué fait partie des métiers d'hier. D'ici une dizaine d'années, il en restera quelques dizaines en France, et l'on s'y rendra comme on va chez le cordonnier, le quincailler, le tailleur. Le libraire a perdu son pouvoir qui était celui de connaître les livres et pouvoir en parler, les prescrire. De nos jours, les bloggeurs font le job. L'imprimeur avait le pouvoir de transformer un manuscrit en livre, ce pouvoir appartient maintenant aux traitements de textes et logiciels de mise en page. L'éditeur avait seul le pouvoir de diffuser des livres à grande échelle. Etc.
Tout cela est ter-mi-né, fi-ni, ka-put, fer-tig !
Combien de temps faudra-t-il encore pour l'admettre ?
Ce n'est ni triste ni réjouissant,
c'est.

Publié le 20 Novembre 2020

:-)

Publié le 19 Novembre 2020