Interview
Le 30 mai 2019

Un livre est une souffrance. Quand les blessures soignent les plaies.

Un livre est une souffrance, peut-être ? Melissa Haima en porte les cicatrices, au sens symbolique et littéral du terme. Ecrire un livre sur une pathologie dans laquelle les autres peuvent se reconnaitre et se complaire, c'est en tout cas un cas de conscience. On n'en maîtrise peu la portée.
Quand on est soi-même en danger, faut-il le raconter ?Quand on est soi-même en danger, faut-il le raconter ?

Un livre doit il remuer des plaies ? la question est délicate et ambiguë. Le cas de Melissa Haima est particulier.

Concernant mon livre, la souffrance est au cœur de mon message. Ecrire mon livre témoignage « Cicatrices », c’est dire et tenter de comprendre ma peine. En décidant de partager ce que j’avais écrit, j’avais conscience que ce livre pourrait remuer des plaies, comme la culpabilité des parents, de mon entourage direct ou de toutes personnes concernées par l’automutilation. 
Je pressens aussi que ce livre risque de provoquer des plaies au sens littéral, en incitant les personnes à se blesser pour imiter, s’inspirer de ce qu’elles auront lu. Pour les légitimer presque dans cette pratique puisqu’ils auront une référence.

Un livre peut être un danger, même s'il porte un espoir

Ce livre est à la fois un danger et un espoir. J’ai fait un choix difficile celui de parler d’un sujet souvent tabou et mal connu même par les personnes concernées.
L’espoir d’en faire connaître certains aspects, pour les soigner, pour changer cela, commence par le faire connaître.

 J’ai pris le risque assumé d’un effet pervers, celui d’inciter à se blesser, à s’automutiler. Car la blessure physique soulage parfois de la souffrance.
Mais il faut prendre des risques, faire apparaitre les plaies, les souffrances, les symptômes pour améliorer les choses, informer les autres.
Je ne veux pas que mon livre soit un danger et j’espère qu’il ne le sera pas mais j’ai conscience du risque. 

Est-ce un bon choix de le  partager ? je ne cesse de me poser la question. J’ai eu peu de commentaires sur mon livre mais à chaque fois j’avais une véritable appréhension avant de les lire, peur de savoir que mon livre puisse effectivement constituer un danger.
Certains risques valent la peine d'être pris. Car le silence et l'immobilisme sont sans doute plus dangereux encore.

Merci à @lamish, @Thalia Remmil, @Michel CANAL pour vos commentaires encourageant, et à @monBestSeller pour avoir publié cet article

Publié le 02 Juin 2019

@Melissa Haima, je salue tout d'abord votre courage pour avoir fait le choix d'évoquer vos "cicatrices", et l'initiative de vous être publiée pour informer les lecteurs de ce problème.
J'ai attendu d'avoir avancé dans la lecture avant de poster ce commentaire, pour en parler en connaissance de cause. Oui, la souffrance est au cœur de votre livre témoignage « Les cicatrices » et on comprend aisément votre peine.
Si je suis d'accord qu'en partageant ce que vous avez écrit vous aviez conscience que ce livre pourrait remuer des plaies (la culpabilité des parents, de votre entourage direct ou de toutes personnes concernées par l’automutilation), je ne peux l'être lorsque vous dites « pressentir que ce livre risque de provoquer des plaies en incitant des personnes à se blesser pour imiter, s’inspirer de ce qu’elles auront lu, et en quelque sorte les légitimer ». Au contraire, et c'est tout l'intérêt de votre témoignage, il constitue une solution — pour les lecteurs —, une catharsis selon la définition d'Aristote.
Pas de regrets à avoir donc ! Ne retenez que « L’espoir d’en faire connaître certains aspects, pour les soigner, pour changer cela... »
C'est terrible, pour un ignorant tel que moi sur ce sujet, d'apprendre que des filles ou jeunes femmes (principalement) puissent pratiquer de telles blessures sur elles dans la plus totale discrétion, et que leur nombre soit si important.
Je suis rassuré de savoir que vous êtes sortie de ce problème et que vous évoluez dans un métier qui vous passionne. Je vous retrouverai sur votre page d'auteur pour commenter « Les cicatrices » dont j'apprécie l'écriture.
Avec toute mon admiration et mon encouragement pour la suite. MC

Publié le 01 Juin 2019

Comme je suis d'accord avec vous Mélissa ! Il vaut mieux risquer que de rester prostré dans le mutisme, dans un refus de parti pris, dans l'immobilisme et bien souvent dans l'autocentré qui veut de ne penser qu'à son nombril et tant pis pour se qui se déroule sous nos yeux... Si personne ne fait jamais de témoignages quelquefois "choc" sur des sujets tabous alors comment la société pourra-t-elle évoluer ? Il faut dire, et ne pas taire ! parce que taire, c'est laisser faire et laisser faire, c'est se rendre complice. Je n'ai pas lu votre livre, je n'arrive pas à lire ni écrire en ce moment mais les commentaires prouvent que beaucoup en ont apprécié la lecture alors bravo ! Bonne continuation. Thalia

Publié le 30 Mai 2019

Bonjour Mélissa. Je n'ai pas encore lu votre livre, car le hasard a voulu qu'il émerge en même temps que de nombreux témoignages, et que je saturais un peu sur ce genre de lecture, mais il me semble que le titre comme le synopsis sont autant de signaux avertisseurs pour vos lecteurs. Celui qui s'attardera sur votre témoignage le fera soit par curiosité (ce serait mon cas), soit parce qu'il est concerné au travers d'un proche, soit parce qu'il s'automutile ou est tenté de le faire. Dans tous les cas de figure, vous n'êtes pas responsable des troubles des deux derniers cas évoqués. Je ne peux que vous encourager à ne pas appréhender les commentaires, à ne pas culpabiliser, car votre démarche est courageuse et généreuse. N'imaginez pas non plus que l'absence de commentaires est une forme de jugement négatif. Tous les auteurs ou presque de ce site et de nombre d'autres sites d'autoédités le déplorent aussi, quel que soit le genre de leur œuvre. J'irai vous lire prochainement, promis, et j'espère pourvoir confirmer ma réponse à votre billet. Merci pour ce partage et à très vite. Amicalement, Michèle

Publié le 30 Mai 2019