Interview
Le 26 fév 2020

Rêveries d'un promeneur philosophe pas si solitaire...flatteuses pour nous

Voilà une bien étrange fable que nous livre Benoît Otis, philosophe canadien improvisé. Une fable sur la philosophie qui n'a ni début, ni fin, ni morale, peut-être tout simplement parce que nous sommes tous philosophes
Le philosophe s'interrogeLe philosophe s'interroge

Le philosophe s'interroge

La remise en question de notre vie survient au moment et à l'endroit où on s'y attend le moins. Certains font le point dans la solitude d'un chalet à la campagne, un soir de pleine lune, d'autres dans un espace réduit d'un bureau intime. L'événement peut encore se produire à l'occasion d'une conversation entre un philosophe et une serveuse de bar. Nous sommes en 1997.
Ça va à peu près comme ceci :

Première question : « Que fais-tu dans la vie? » demande la serveuse.

~ Je suis philosophe ~ répond le client.

« Mais quelles sont vos principales activités? » de répliquer la serveuse.

~ Je pratique le discours philosophique analytique ~, répond le philosophe, avec la mauvaise impression qu'il va bientôt scier la branche sur laquelle il perche ...

Le silence se répand autour du bar. Mais le philosophe, qui en a vu d'autres, déballe son petit discours de circonstances. Il présente quelques bons exemples de problématiques actuelles faisant l'objet de débats publics; démontre la nécessité pour chaque individu de prendre une position personnelle critique, d'où l'apprentissage d'une pensée plus rationnelle. Il fait appel aux notions de liberté et de démocratie. Ouf ! Mais le service d'une deuxième consommation, bien méritée, n'interrompt pas l'interrogation.

« Ça doit être passionnant » de reprendre la serveuse, « vous apprenez tout dans les livres pour ensuite l'enseigner aux autres? »

~ Oui et non... Vous voyez, le métier de philosophe s'apprend en quelque sorte sur le tas. En fait, la période académique d'apprentissage c'est un peu l'adolescence du philosophe. Comme dans les relations amoureuses, on procède à quelques essais de fréquentation, et puis on se jette à l'eau. ~

Dans le bain jusqu'au cou, notre philosophe ne peut esquiver la question fatidique.

« À part les discours philosophiques, que fait le philosophe dans la vie? »

~ Bon... En France par exemple, les philosophes vivent généralement de l'enseignement ou de leur plume, un peu comme ici en Amérique, mais leur présence se fait surtout sentir dans la vie intellectuelle de la nation. Plusieurs, parmi les grands participent à la réflexion collective sur des questions sociales et politiques de première importance. Ce fût notamment le cas de Sartre ou de Foucault, pour ne pas les nommer. ~

« Comme c'est bizarre » d'insister la serveuse, « on ne voit pas beaucoup de philosophe à la télévision, ici au Québec, quand il y a des discussions sur la peine de mort, la violence, l'avortement, l'euthanasie, la menace nucléaire, etc. »

~ Alors là, c'est une excellente question... J'offre une tournée générale! ~ s'exclame généreusement le philosophe. Tous les voisins de bar deviennent tout à coup très attentifs à ce que va répondre le philosophe. Personne ne rit.

~ Voilà. Il est vrai que le philosophe ne fait pas souvent d'apparition à la télévision ou ailleurs en public. Mais je connais un médium électronique mondial à partir duquel sont discutés les grands débats de la cité. Vous vous doutez bien que je veux parler ici du grand réseau électronique 'internet... hic!  Médecins, psychologues, sociologues, philosophes, hommes et femmes de métier, tous émettent leurs opinions sur différents sujets d'actualité dans les forums de discussions par exemple. Un véritable atelier du discours public dont les membres se font un devoir d'entretenir et de mener à bien la polémique. Une communication interactive pour tous ceux et celles qui désirent y participer, peu importe leur classe sociale, et sans distinction de race, de religion, de parti politique, de culture, etc. ~

Sa dernière réplique a coïncidé avec le "Last Call " ( il était temps ). Il prit alors congé de tout le monde sans oublier auparavant de promettre à Julie, la serveuse du bar, de parler d'elle sur sa page internet personnelle. Ça la fait sourire...

À cette tranche de la "petite vie" du philosophe, il reste à ajouter l'épilogue de celui qui rentre chez lui sous la pluie, et sans parapluie, en jonglant avec les notions de gratuité du discours philosophique, et en remettant en question son apport à la société.

Il m'arrive encore aujourd'hui de parler de mon aventure inoubliable avec Julie.
Mais cette fois-ci, c'est sur le site de «monBestSeller.com» que j'en parle.

Benoît Otis,
 

 

 

 

 

 

Oui le bar est un lieu capital et magique pour la philosophie. Les conversations du café du commerce sont la base de nos premiers débats avec des inconnus sur des sujets les plus variés. Merci pour ce billet subtile.

Publié le 07 Mars 2020

En effet @Benoît Otis.

Publié le 01 Mars 2020

Merci pour votre réplique L.A. Di Paolo, elle est tout à fait pertinente. Mais dans un bar, ce n'est pas tellement la place pour développer un discours de haute voltige. Les clients peuvent fuir. Il faut donc s'en tenir au général et faire preuve de superficialité. Surtout à quelques minutes du "Last Call ". :~{

Publié le 29 Février 2020

Hm, j'aime bien le début de ce récit, Benoît; j'aime croire qu'un philosophe puisse apporter une réponse ou suggérer une réflexion à un ou une quiconque, dans un bar ou dans un restaurant, car du moment ou le silence--un silence constructif--un rapport personnel et respectueux peut s'établir entre questionneur et répondeur, il a grande chance que quelque chose de bien en résultera.

Mais la réponse que ce philosophe a donné à la dernière question de la serveuse me déçoit un peu car s'il est vrai que les questions importantes peuvent être (et sont aussi) discutées sur internet, je suis d'avis que ce lieu particulier est le pire qui puisse être, pire encore que de clamer des questions et des réponses au grand vent, sur le bord d'un gouffre torrentiel. Ne pensez-vous pas que pour avoir un véritable échange de connsaissances, surtout un échange utile à l'individu et à la société , ne pensez-vous pas qu'il est mieux de le faire par le biais d'un forum plus restraint (à la télé, à la radio, ou en conférence)? Il est vrai que ces médiums ne permettent pas facilement à des philosophes "non diplomés" de participer aux discussions et délibérations, et je serais d'accord pour forcer l'élite à changer cela d'une manière ou d'une autre, mais se fier à l'internet pour poser des questions et y chercher les réponses quand les questionneurs ne savent pas les pôser et les répondeurs ont toutes les réponses, est un exercise non seulement futile mais églamanent dommageable.

Mais peut-être que je me trompe. Et peut-être que ce questionnent n'était pas le but de votre récit. Mais je trouve la question que j'y vois posée, on ne peut plus importante.

Publié le 28 Février 2020