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Le 02 mar 2020

Comment expliquer la dimension visionnaire des écrivains ? (3/3)

La chute de la Tour Eiffel : un fantasme ou une visionLa chute de la Tour Eiffel : un fantasme ou une vision

Le 3 septembre 2001, "Plateforme", le fameux roman de Houellebeq sort : tourisme sexuel en Thaïlande dans les clubs de vacances. Un groupe d'islamistes massacre 117 personnes dans un Night Club pour touristes étrangers.
L'année d'après, en 2002, les attentats de Bali éclatent. Les similitudes entre "L'attentat fictif" du roman et celui, réel de Bali, survenu dans les mêmes circonstances sont troublantes.
Quand "Soumission" paraît le 7 janvier 2015, c’est le jour de l'attentat contre Charlie Hebdo. Le roman met en scène un président musulman qui dirige la France. Paris est à feu et à sang, le pays au bord de la guerre civile. La sortie du livre est différée.

D’aucuns déclarent Houellebecq presque « sorcier ». A tout le moins, on parle de ses  capacités prédictives embarrassantes.

Littérature : Quand la fiction s’inspire de la réalité

 Coincidences, intuitions, déductions, hasard…il est bien sûr délicat d’aborder « les pouvoirs » des écrivains qui décrivent notre futur proche ou éloigné. 

Les mutations rapides de la Société démodent les progrès d’une année sur l’autre, renforcent le radicalisme et offrent un spectre de fiction immédiate généreux à tous les auteurs à l’imagination fertile. La littérature produit de plus en plus d’auteurs, et les scénarii de fictions ne surprennent plus, tant ils font presque partie de réalités plausibles. 
Chacun imagine son futur ou son avenir, et les postulats sont de plus en plus clairs : le drame écologique, le terrorisme, l’écart de richesses entre riches et pauvres, la dictature, la connectivité, l’intelligence artificielle et bien d'autres…

Sans doute, (soyons mathématique), veut-on couvrir tous les scénarii possibles d’une Société alors que l’ensemble des hypothèses du futur se rétrécissent.
Quoiqu'il en soit, pour être romanesque, seuls les scénarii du pire nous intéresse. Il reste un bel avenir à ceux qui veulent écrire sur ces sujets, aux Cassandre surtout.

La BD est le dessin animé ne sont pas en reste, nombre d’entre eux scénarisent l’avenir

Qu'il s'agisse d'avancées scientifiques ou de faits majeurs de  l'actualité, le monde du cartoon  et du « comic » sont souvent visionnaires. Et souvent, les liens entre fiction et réalité sont troublants. 
Les créateurs des Simpson, avec une actualité projetée, incarnent ce phénomène . Il faut dire que le rythme de production de la série et le volume produit  multiplient les probabilités de scénari fictions, donc de réalités possibles et plausibles. Plus de 800 épisodes scrutent l'actualité, la scénarisent, la dévelopent, l'inventent. Alors bien sûr, ils ont parfois visé juste. 

Sous un autre angle, Edgar Poe a décrit, démocratisé et placé dans ses récits les phénomènes surnaturels, livrant le secret de l’humanité.

Avec lui, les «visions» liées aux questions métaphysiques, au magnétisme sont approchées et décrites.
Les voyages dans le temps, les transferts psychiques… y sont légions, et ce que l’on considérait comme folie il y a un siècle, fait aujourd’hui l’objet d' études scientifiques sérieuses qui expliquent partiellement nombre de ces phénomènes.
Eurêka est un récit qui décrit et explique l’origine, la destinée et la fin de l’univers. L'ouvrage propose pour personnages : Dieu, l’Homme et la Matière, en toute simplicité. Ce peut être considéré comme une synthèse poétique de tous les savoirs et les discours de son époque (astronomie, philosophie.)
C’est un aboutissement, une œuvre finale. "J’ai résolu le secret de l’Univers" déclare t’il à son éditeur.
Quand la littérature s’éfforce de rejoindre la vérité absolue.

 

Une  BD quelques mois avant le 11 Septembre

> La littérature de Science fiction et la compréhension de son environnement. Ou comment un auteur se sert de la réalité pour écrire la réalité de demain ?

Un auteur Visionnaire peut être guidé par l'analyse de son environnement. Il peut avoir une capacité à maîtriser une "approche système", c'est à dire à discerner et apprécier, dans une unité cohérente, l'ensemble des interactions de son environnement : sociologie, actualités, science…et d’en projeter des vérités cohérentes qui prendront forme ou pas, qui deviendront réelles ou pas.

> La littérature de Science fiction et l'intuition

La notion d’ intuition repose aussi sur une aptitude à absorber des faits concrets dans l'étude de n'importe quelle réalité. Mais l'écriture ne repose pas sur l’analyse. C’est un éclairage spontané, une fulgurance dans la pensée dans laquelle toutes les possibilités se réduisent à une solution unique : une évidence, une certitude absolue. L’intuition peut se révéler vraie et s'assimiler alors à une dimension visionnaire.

> La littérature de Science fiction et la loi de Murphy, 

La loi de Murphy énonce : Tout ce qui est susceptible d'aller mal, ira mal
Et comme la Science fiction définit des univers ou des Sociétés vont mal, l'écrivain en amplifiant une lacune ou un défaut de Société décrit des univers noirs ou les drames se conjuguent. Les faiblesses, les obstacles ou les tendances noires de notre monde, se multiplient et offrent une projection d'un monde négatif, mais souvent réaliste et parfois vrai.

Etre un écrivain visionnaire, c'est sans doute d'abord avoir une intuition forte mais une "intuition nourrie et maitrisée" !

Sans doute l’écrivain visionnaire est le plus souvent  « encadré » consciemment ou pas, en amont en en aval, d’une reflexion rationnelle qui le détermine. Pas de lecture dans le marc de café, pas de boules de cristal ou de talents médiumniques. ». Une intelligence de l’instant, un instinct formalisé, le talent d’écriture... et la rencontre fortuite ou pas avec la réalité.

 

 

 

 

 

 

@monBestSeller Vous avez pourtant parié sur du feel-good, cette année, en attribuant le prix du Roman monBestSeller à Antoine Solaire pour "Les vilains petits canards".
"Très original, sympathique, drôle, simple, à une époque où on en a besoin, avec une galerie de personnages improbables, à qui on s’attache", avez-vous écrit, et je vous donne mille fois raison ;-).
Bonne fin de journée.
Michèle

Publié le 04 Mars 2020

@lamish Merci pour votre commentaire pour un travail fait en collaboration, pas toujours facile . Les cataclysmes marquants sont bien sûr autour des grands symbôles donc aussi des édifices célèbres. Les "landmarks" comme ils disent de l'autre côté de la Manche.
Pour l'écriture visionnaire, il reste néanmoins que le drame est littéraire et romanesque, pas le bonheur qui, sauf talent absolu, sombre souvent dans la mièvrerie. La loi de Murphy a donc du sens pour les auteurs et scénaristes qui cherchent à nous inquiéter sur l'avenir. Pour le bonheur et l'équilibre il ya les livres de bien être et de thérapies douces. Ils peuvent aussi faire des succès de librairie :-). Très utile, moins spectaculaire...Mais pas d'histoire de Tour Eiffel qui s'écroulent ou de Pont de Londres qui explosent :-)

Publié le 04 Mars 2020

Voici un troisième volet boudé... Pourtant, jamais deux sans trois ;-). Pourtant, j'y ai décelé moult nuances, ce qui, pour ma part, me ravit.
Moi, si j'étais terroriste, j'aurais très certainement visé les twin towers, tant elles toisaient New York et me faisaient de l'œil.
Moi, si j'étais terroriste, je m'en prendrais probablement à la Tour Eiffel, sûre de marquer à jamais les esprits.
Mais je plaisante. Je ne suis pas terroriste. Je tente juste une petite démonstration accessible à tout le monde, auteur ou non. Les signaux d'alarme sont si nombreux de nos jours qu'il faudrait être aveugle, sourd et ignorant pour ne pas jouer à l'oiseau de mauvais augure.
Murphy est dans le vrai, c'est indéniable, mais je lui oppose "Tout ce qui est susceptible d'aller bien, ira bien ", à répéter, telle une méthode Coué dont les effets ne sont plus à démontrer. Allons-y chacun de notre dose d'optimisme, et les prévisions deviendront moins alarmistes ;-).
Merci pour ce triptyque que j’ai apprécié, tout comme les commentaires qu’il a engendrés.
Amicalement,
Michèle

Publié le 03 Mars 2020