Interview
Le 29 mar 2020

Murmures qui nous murent dans de faux silences.

Pour Fred Opalka, le silence est cette présence de l’absence. Une présence, oui, mais une présence parfois bruyante.... Un très beau texte pour l'appel à l'écriture monBestSeller "Ecoutez le silence"
Galerie des murmures, Cathédrale Saint Paul, LondresGalerie des murmures, Cathédrale Saint Paul, Londres

Silence… Silence… Silence… À croiser ce mot trop souvent sur l’écran de mon ordinateur, c’est à se demander si l’orthographe qu’on lui attribue est encore respectueuse de notre langue française ; mais au fait, qu’est-ce qu’un silence ?

Dans le silence, le néant devient cohérent

Le silence est cette présence de l’absence qui nous habite toutes et tous aujourd’hui. À fourbir l’impatience qui m’anime généralement, j’en aurais presque oublié le son de mes acouphènes. Ce compagnon, ce son discrètement strident qui file les secondes. Elles s'écoulent. Renouer avec le silence, c’est soulager les aiguilles de l’horloge du poids relatif du temps et ainsi redonner du sens au mot absence. Dans le silence, le néant devient cohérent. Il habite l’âme le temps d’un songe qu’on oublie aussitôt. Il habille les pensées qui s’évaporent sur le fil du rien. Il s’égrène sans demander son reste. Si le bruit possède assez de consistance pour nous soumettre à cette vie, dans l’ivresse des temps modernes, le silence nourrit l'âme de celui qui oublie d’entendre pour enfin écouter le reste.

Vivre la cacophonie en sourdine

À se satisfaire du silence, je n’oublie pas que le bruit habille l'existence pour lui donner de l'épaisseur. Il nous fait sentir moins seul jusqu’à l’épuisement des sens et du sens ; pour nous donner envie comme aujourd’hui de vivre la cacophonie en sourdine. Tout n’est que bruit. Un cœur qui bat. Le sang dans notre corps qui racle les parois de nos veines, un pou qui s’emballe lorsqu’un amour naissant transfigure notre vie, un doigt passé sur une mèche de cheveux pour la coincer derrière l’oreille, une envie pressante, un coup de vent dans le feuillage d’un arbre, le battement d’ailes d’un oiseau en plein vol, une larme qui ruisselle sur la peau, un baiser posé sur des lèvres amoureuses. Et comme aujourd’hui, le bruit d’un respirateur qui retient la vie. Dans nos existences, tout n’est que bruit.

N'oublions pas que le silence reste l’unique sentence d’un bon nombre de gens.

Et même si dans nos petites vies d’insouciance mesurée, nous vivons le confinement comme une chance de pouvoir soulager nos envies profondes d’expression, n'oublions pas que le silence reste l’unique sentence d’un bon nombre de gens. Le silence tapisse les murs de l’appartement de cette vieille dame qui habite à côté de chez nous. Le silence, c’est le bout de carton posé au sol par le clochard du coin la rue pour se protéger du froid. Le silence, c’est une solution, cette résilience qu’une femme battue pense avoir trouvée pour panser ses plaies. Le silence, c’est aussi cet enfant qu’on pensait bien dans ses baskets. Le silence, larmes de ces âmes qui s’enfuient dans l’oubli sans un cri.

Si le silence est la nourriture de l'âme, le bruit est la respiration de la vie

Si le silence est la nourriture de l'âme, le bruit est la respiration de la vie. Ils coexistent sans jamais se croiser dans un écho singulier. Célébrer le silence aujourd’hui, c’est oublier, au fond, que le bruit fait partie de ma vie et peut-être de la vôtre aussi. Je le promets. Ce soir, je serai à ma fenêtre. Si vous me cherchez sur la façade de l’immeuble d’en face, je serai celui qui fera le plus grand des tintamarres. J’arracherai au dernier rayon du soleil la chaleur d’un reflet saisissant pour étriper le silence du jour ; soulager, comme je peux, l’âme des femmes et de ces hommes qui bataillent sur le front de la maladie.

 

 

On dit que le silence est d'or, une belle occasion de jeter un regard sur son âme . Plonger dans le silence profond de la solitude ,c'est la conscience de soi. Apprivoiser cet espace secret et y pénétrer c'est rentrer dans un autre univers. C'est en quelque sorte plonger dans le miroir du silence.

Publié le 30 Mars 2020