Interview
Le 22 mai 2020

DORÉNAVANT

Claire Kimpe lance délicatement le nouvel appel à l'écriture "Dorénavant..." un texte ou les épreuves ont rendu un couple étranger l'un à l'autre sans le vouloir, sans vraiment le savoir. Mais les sentiments n'en sont pas absents. Un texte sensible qui fait entrevoir la perspective du désamour. Un texte pour l'appel à l'écriture monBestSeller : "Dorénavant..."
Un texte sur le risque de désamourUn texte sur le risque de désamour

Elle était devenue sourde.

Hermétique aux appels, aux bruits incessants des alarmes qui cognaient sa lucarne citadine.

Mais lui, elle l’entendait.

Ses soupirs, ses silences face à des questions pourtant simples, ses talons qui traînaient et son dos volatile. 

Il n’était qu’une silhouette sans autre ambition que d’être vivante. 

Dans ce contexte de saturation d’information et de circulation oppressante, il avançait avec une lenteur assumée, une parcimonie de mots et une solitude sidérante. 

Elle se cognait à lui, le provoquait, assassine et névrosée. 

« Parle-moi ».

Il se raidissait alors brutalement, puis son regard s’effondrait sur cette étrangère qui lui cachait le soleil.

Pas de guerre non.

Juste une profonde lassitude et une question simple sur un amour sacrifié, dans un territoire confiné. 

Pour lui, il s’agissait bien là de l’urgence d’une lumière sans la nécessité des corps. 

Et pour elle, de l’urgence des corps en l’absence de lumière.

En les observant, je pensais à cette phrase de Christian Bobin : « La substance inaltérable de l’amour est l’intelligence partagée de la vie. ».

Puis, rebelle à toute forme d’intelligence, je les poussais violemment d’un revers de main, avec l’espoir vain de pouvoir toucher du doigt cette source de chaleur diffuse pour moi seule. 

Une chaleur venue de l’extérieur, mais dorénavant interdite aux hommes qui ne savent pas aimer.

Claire Kimpe

Bonjour, Claire. Sûr qu'un désamour amorcé avant confinement ne pouvait que se confirmer dans cette situation particulière. A moins d'avoir la volonté mutuelle de mettre à profit cette période pour crever tous les abcès. Pour attiser puis ressusciter le sentiment initial... Mais j'observe autour de moi des couples qui, aspirés par la force de l'habitude, terrifiés à l'idée de le quitter, reprennent leur train-train d'avant... Votre personnage a eu le courage de ne pas le faire, et je l'en félicite ;-). Merci pour ce partage épuré, joliment conté. Bonne fin de journée. Michèle

Publié le 22 Mai 2020