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Le 27 aoû 2020

Le songe d’une nuit d’été

Attirance et répulsion. Quand l'ivresse révèle et mêle des sensations et des sentiments contradictoires. Cela donne un songe d'une nuit d'été particulier pour "Un été presque parfait". Une réponse singulière à l'appel à l'écriture monBestSeller.
La beauté du laidLa beauté du laid

—quand ça pisse sucré comme ça, ça doit être le radiateur !

Je vis l’homme aux épaules poilues se lécher à nouveau les doigts qu’il avait replongés dans la flaque visqueuse répandue sous les pédales de ma BMW X6 M50I de 625 ch. Le temps d’un battement d’ailes de rhopalocère, un doute demeurait suspendu dans la nappe étouffante des prémices d’un orage. Une goutte de sueur perla de son front, et termina sa courte existence, noyée dans l’épaisseur sombre des sourcils hirsutes. La goutte expectorée chargée de sel et de bière était parvenue à s’échapper du bob blanc crasseux sur lequel les lettres « Circuit Paul Ricard » se détachaient. L’homme retira les doigts de sa bouche, apprécia presque goulûment ce que sa langue lui révéla. Un chien aboya par de là la haie, l’expert en mixtion mécanique gueula une locution courte, probablement une forme contractée d’un idiome local : Dgueulle !! Le chien se tut, l’homme confirma sa thèse initiale en hochant du bonnet :

—ouaip quand le radiateur pète, ça pisse avec un p’tit goût… classique quoi !

Le grand gaillard se redressa, les bretelles de sa salopette tendues à l’extrême s’accrochaient désespérément aux boutons dorés de la bavette. Le torse nu du bonhomme débordait du bleu de chauffe comme un soufflé au fromage.

—Jdois commander la pièce, l’aurai pas avant… Humm dmin soir. C’est du Chleuh.

Yves, c’était le prénom du goûteur en sécrétion automobile, m’indiqua qu’il y avait peut-être une « chamb’ dautt’ » à louer, chez Yvette, sa sœur. J’acquiesçais, ravi qu’il me trouvât une solution pour soulager mon affliction. Il ouvrit alors la bouche sur un champ de ruines, une désolation, il y avait plus de vide que de dents. Son visage prit soudain une forme curieuse. L’indigène lança alors une brève complainte chevrotante, sorte de rire nerveux. Un rituel du coin pensais-je. Il n’y avait assurément aucune moquerie à mon encontre, ces gens sont bien trop authentiques et ont un respect inné pour des personnes comme moi. Je remerciai le brave homme en glissant dans ma poignée de main qui se voulait chaleureuse un petit billet de vingt euros, accompagné d’un clin d’œil complice. Je l’entendis à nouveau geindre de plus belle avant de s’étouffer dans une toux glaireuse. Je laissai derrière moi l’ouvrier faire le bilan de ses poumons qu’il crachait par morceaux, pour me diriger vers ma prochaine résidence de villégiature du week-end.

J’entrai dans la cour d’une ferme où le temps avait rempli son office. Le bâtiment face à moi avait été pris d’assaut par la végétation, des branches s’enfuyaient par les fenêtres. Le toit s’était affaissé et gisait à l’intérieur attendant que les murs le rejoignent. J’avais instinctivement tourné la tête dans la direction de la bâtisse située à gauche, comme pénétré par un regard libidineux. La partie haute de la porte à double battant laissait s’échapper une tête hirsute, sorte de troll scandinave. Le vantail inférieur de la porte fermière s’ouvrit, une masse gélatineuse s’agita.

La chose s’approcha, son membre supérieur gauche tenait ce qui ressemblait à un téléphone portable. Curieusement la… sorcière, qui se tenait maintenant à un bon mètre de moi, m’apparut presque souriante, son regard bovin était quelque peu dérangeant. Yves, le mécano, l’avait appelé. Oui elle avait une chambre à louer, située à côté de la sienne… Il n’y avait pas d’autre endroit de toute façon, ni pour dormir ni pour manger…

En cette fin d’août, la nuit me surprit trop tôt, elle s’immisça par les fenêtres minuscules de la tanière d’Yvette. La communication de mon hôtesse se limitait à quelques grognements et hochements de tête. Pendant le repas le cliquetis des couverts entretenait une conversation métallique. Je tentais de me concentrer sur un ailleurs pour éviter que mon regard s’arrête sur la bouche béante et encombrée de ma compagne d’un soir, le bruit de mastication couvrait largement le zézaiement des mouches bleues. Le vin était bon, cela me réjouissait et me faisait passer le temps. Je ne m’aperçus point qu’Yvette, devenue alléchante par la rime des verres à un seul pied, le corsage délesté d’un ou deux boutons…avait ouvert une troisième bouteille…

La chevelure grise crêpelée de Sonia, ma secrétaire, me fit songer à cette femme de l’été dernier. Et, bien que pris d’une angoisse soudaine, j’effaçai un sourire. 

   Josef REYSKEED 

@Eva Verna Que de compliments ! A la fin de l'envoi, je suis touché. Merci à vous ! Tout le plaisir fut pour moi.

Publié le 29 Août 2020

@la miss Permettez-vous la miss, permettez-vous ! Néanmoins ne vous faites pas de nœuds au cerveau, ce texte n'est qu'un délire donc, illogique ?..certainement ! L'être humain est souvent ambigu, et ça...j'adore ! Excellente soirée merci de m'avoir lu et relu ! ;-)

Publié le 29 Août 2020

@lamish Merci Michèle, les souvenirs d'été résonnent parfois longtemps et même les odeurs persistent...Les mots permettent tant de choses. excellente soirée.

Publié le 29 Août 2020

Très joli texte, à la fois réaliste mystérieux et ambigu et qui se termine par un point d'interrogation ou de suspension. Subtil. Point besoin d'explications...Merci.

Publié le 28 Août 2020

Excellent, Josef, et tellement imagé ! On y est. On serre la main du mécano, on entend la conversation métallique... Merci pour ce billet et bonne soirée. Michèle

Publié le 27 Août 2020