Interview
Le 19 aoû 2020

Amour d'été

La beauté absolue tend parfois à une forme de morbidité tant elle est lisse et sans prise. Comble : c'est durant l'été 2020 qu'Yvan Bermond l'a rencontrée. Un bel exercice de style pour l'appel à l'écriture monBestSeller : "Un été presque parfait"
Une beauté mortelleUne beauté mortelle

Cet été, je suis tombé amoureux. 

Elle arriva sans prévenir, ce soir de juillet, accompagnée de deux hommes qui ne lui prêtaient qu’une attention distraite. Je vis d'emblée qu'elle était d’une rare beauté. Après m’avoir salué du menton, ils l’abandonnèrent là, sans plus d’égard. Je l’observais à la dérobée, découvrais les traits fins de son visage, son ovale parfait. Ses cheveux d’un noir profond, flottant autour de ses épaules, ses lèvres couleur d’améthyste accentuaient la pâleur laiteuse de sa peau. Je suivais du regard son long cou, ses épaules carrées qui lui donnaient un port de reine. La froideur qui semblait émaner d’elle, carapace protectrice contre les importuns, cachait mal ce que je devinais être de l’ennui. Osant des œillades plus audacieuses, je la trouvais éblouissante. Étonnamment intimidé, je fus incapable de lui adresser la parole de la soirée, avant que n’arrive la relève.

Sur mon lieu de travail, j’eus, bien des fois, des aventures d’une nuit avec quelques femmes souvent mûres et peu farouches. Mais jamais je n’avais éprouvé ce pincement au cœur, cette décharge d’adrénaline qui empourpre les joues. Je rentrais chez moi, aveuglé par tant de beauté, la tête pleine de regrets de n’avoir pas eu le courage de l’aborder, certain de ne jamais la revoir.

Le lendemain, submergé par le spleen, je retournais au travail sans entrain. Quelle ne fût pas ma surprise de la trouver là, au même endroit que la veille. Il me sembla un instant que le jour se fit dans la pièce, que sa lumière écartait les ténèbres qui obscurcissaient mon esprit. Cette fois, je ne laissais pas passer ma chance. Après que mon collègue eut quitté les lieux, je m’approchais d’elle, un sourire hésitant aux lèvres. Je me présentais, lui demandais si elle accepterait ma compagnie. Je pris son silence pour une approbation et m’installais sur un tabouret à son côté.

Je me détendis enfin et après quelques minutes, je me surprenais à faire de l’humour, ce qui n’était pas vraiment mon fort. Rapidement, le propos se fit plus intime. J’évoquais avec elle ma thèse en anthropologie médiévale qui n’avançait pas, mes parents qui ne comprenaient pas qu’à mon âge, j’habite encore chez eux. Et non, je n’avais pas de petite amie. Elle ne fut pas insensible à la remarque. Un courant d’air passa, déplaçant une mèche sombre sur ses yeux. Machinalement, j’écartais les cheveux d’un geste tendre, un frisson d’excitation me parcourut le dos lorsque mes doigts effleurèrent sa peau satinée. J’entendis le claquement des souliers ferrés de mon collègue approcher. Ce n’est qu’alors que je m’aperçus que nous avions passé la nuit à parler. Je me levais, un peu étourdi d’avoir goûté au plaisir de son écoute et la quittais, cette fois avec l’espoir de la retrouver bientôt.

Après une journée sans dormir, trop occupé à m’inventer des évasions impossibles en compagnie de celle que j’aimais, j’arrivais au travail avec plus de quinze minutes d’avance. Ne voulant paraître trop empressé, je me mis à faire les cent pas devant la porte. J’inspirais profondément pour tenter de calmer mon cœur emballé et entrais. L’émotion manqua de me couper les jambes, des papillons voletèrent devant mes yeux. Elle était encore plus belle que dans mes fantasmes. Elle se tenait au même endroit, vierge d'albâtre, un drapé blanc mettant ses formes en valeur. Mon collègue me demanda pourquoi je souriais d’un air niais. Pouvait-il comprendre ?

A peine seul, j’allais vers elle, lui adressais quelques banalités. De toute évidence, elle attendait davantage. Je prenais sa main que je caressais du pouce. Je me pressais contre elle, j’embrassais ses lèvres tendres, sa nuque gracile. Je la dénudais d’un geste rapide, révélant sa plastique parfaite. Mes doigts descendirent sur ses épaules, attrapèrent un sein offert au mamelon dressé. J’écartais ses jambes veloutées. Nous ne faisions plus qu’un.

L’instant était parfait.

Jusqu’à ce que la police pousse la porte de la morgue.

Yvan BERMOND

J’adore!!!
Je ne suis certes pas expérimentée en écriture, mais quel plaisir de te lire encore une fois!
Des fous rires à te lire (pour moi), et encore des fous rires à en faire la lecture autour de moi ;)

Publié le 28 Août 2020

Un immense merci pour ces deux moments de fous rires inextinguibles. Quant à l'auteur de cette nécrophilie, (qui m'a donné la nausée à sa relecture) je pense qu'il est assez grand pour "se corriger" avec pourquoi pas un cilice, sans avoir besoin de la correction corporelle, si cela l'arrange ah ah ah !, que veulent lui infliger les linguistes. Je passe à autre chose afin de ne pas mourir de rire, je tiens à ma vie.

Publié le 21 Août 2020

Une vraie chute, d'autant plus surprenante qu'elle ponctue une romance assez conformiste. Bien vu ;-) ! Sinon, j'ai également remarqué votre petit problème de conjugaison, à la première personne, mais Michel m'a devancée ;-)... Merci pour ce billet et bonne soirée. Michèle

Publié le 20 Août 2020

@Yvan BERMOND
En effet, chute tout à fait inattendue. Bravo. Sujet néanmoins scabreux à traiter, mais réussi avec brio.

Publié le 20 Août 2020

@Yvan BERMOND, quel lecteur s’attendrait à une pareille chute ? Bravo !
Une histoire à laquelle on se laisse prendre, bien amenée.
Concernant l’écriture, si cela peut vous rendre service, n’y voyez surtout pas une critique désobligeante, vous avez un problème de conjugaison récurrent, utilisant l’imparfait quand il faudrait le passé simple.
Je puis vous corriger si cela vous arrange. Votre texte le mérite. Contactez-moi par la messagerie.
Cordialement. MC

Publié le 20 Août 2020