Auteur
Le 02 sep 2020

Un été presque parfait : Confiné, libéré

C'est la nature qui décidera de ce que doivent être les saisons : parfaites ou pas. Elle décidera aussi quand elle redonnera vie à l'homme, quand elle le libèrera. Une réponse bucolique, appuyée par le lexique savant des plantes qui donne une couleur tourmentée au thème d'"Un été presque parfait". Par Michel Delsarte.
Rien, ni personne, ne les bougera de là. Elles attendent.Rien, ni personne, ne les bougera de là. Elles attendent.

L’étroit chemin tapissé de dolomie serpente à travers l’arboretum entre les buissons de lespédèzes et les rochers couverts de lichens orangés. Après les bouleaux et les chênes bleus, les feuillus laissent la place aux conifères, pins et cèdres du japon. Les arbres dégoulinent et les branches s’égouttent sur la margelle d’un antique bassin d’albâtre. 

Le chant des bruants et des bouvreuils emplit l’air dans la lumière matinale. Puis, le bruit d’un battement d’ailes, des ombres fugaces qui vous frôlent, des trilles discrets qui ruissellent de l’azur : silence.

Non loin de là, un orbe de lumière dévoile la clairière que tapisse un ruban de brume. C’est le domaine du kiosque. Elles sont là, entourant l’édicule, pieds plantés dans le gazon. 

Rien, ni personne, ne les bougera de là. Elles attendent.

Un vent léger chahute les Serrulatas importés de Chine provoquant l’envol d’une myriade de pétales blancs qui les effleurent et les couvrent d’un brocart printanier. 

Insensibles à la magie du moment, face au kiosque, elles attendent.

La brise musarde un air de goguette dans les branches qui dodelinent au rythme du temps des cerises. 

Imperturbables, dos droits, immobiles, elles attendent.

Au loin, troublant la quiétude des lieux, hurlent les ambulances. Elles n’en ont cure.

De fer rouillé, de bois fendu, les chaises attendent.

Elles attendent l’Homme confiné. Libéré.

Beau texte. Visuel et poétique. Une ambiance à laquelle j'ai été particulièrement sensible en vous lisant sur mon téléphone dans l'environnement privilégié d'un magnifique sous-bois. Merci pour cette contribution, Michel, et bonne fin de journée. Michèle

Publié le 03 Septembre 2020

Texte angoissé et magnifique

Publié le 03 Septembre 2020

Amoureuse de la nature, j'aime beaucoup votre texte bucolique et poétique. Ainsi que le tout dernier tableau de Van Gogh, qu'il a peint juste avant qu'il ne choisisse de partir vers d'autres horizons. Merci beaucoup pour cette belle lecture. Cordialement.Trisha qui reste dans l'espoir qu'elles n'attendront plus longtemps.

Publié le 03 Septembre 2020