Interview
Du 03 mai 2021
au 03 mai 2021

Sorcière

Le terme "Martyrat" désigne les souffrances, les peines et les douleurs endurées au nom d'une cause ou d'un idéal. Il amène la rédemption, c'est à dire le rachat par la souffrance. Dans ce cas précis, le vrai "martyrat" intervient avant le châtiment. Découvrez la nouvelle D'Annett Whisper pour l'appel à l'écriture monBestSeller Faux coupable
La punition : Châtiment ou libérationLa punition : Châtiment ou libération

Les cordes entaillent sa chair mais elle ne les sent plus. Ses yeux parcourent la foule mais ne voient rien. Rien hormis la haine. La violence. Le désir du sang.

Une étincelle. Une légère odeur de fumée. Des beuglements d’excitation.

Le spectacle va commencer.

Bientôt, les flammes vont lécher ses pieds. Caresser sa peau si blanche. La pénétrer. À cette pensée, elle ferme douloureusement les paupières.

Sorcière.

Ils crachent ce mot comme pour expulser un poison. S’ils pouvaient le lui tatouer au fer rouge, ils le feraient, encore et encore. Pour qu’elle n’oublie jamais.

Sorcière.

Tahana n’a que dix-sept ans et elle va mourir. On dit qu’elle a empoisonné cet homme chez qui elle travaillait. Qu’elle porte la marque du Diable. Qu’elle doit expier.

Sorcière.

Tahana en a eu marre de dire « Non ! » et qu’on ne l’entende pas. Alors oui, elle a utilisé cette plante. Pour que tout s’arrête enfin.

 

Le front tourné vers le ciel, elle attend.

Un flocon se pose doucement. Puis le silence.

Elle sourit.

 

Annett Whisper

 

 

@Juno Chatelain
Merci beaucoup, je suis touchée par votre retour. Je vous rejoins tout à fait sur la posture féministe qu'incarne à mes yeux la sorcière. Je prends note d'ailleurs du titre dont vous m'avez parlé et vous en conseille un autre qui m'a énormément plu : "Circé" de Madeline Miller. On y suit l'ascension d'une sorcière, Circé, mais cela ne traite pas seulement de la découverte de ses pouvoirs. C'est vraiment l'affirmation d'une femme dans un monde (en l'occurrence, l'Olympe) régi par les hommes. Un personnage inspirant que j'ai aimé suivre...

Publié le 05 Mai 2021

@Annett WHISPER
Vous dîtes avoir été surprise d'écrire quelque chose loin d'être léger, mais c'est qu'il y avait sûrement un besoin. Pour ma part j'ai écrit un roman très sombre et violent, alors même que j'ai toujours pensé que si jamais j'écrivais, ce serait quelque chose de très lumineux. Oui, oui... ;)

J'aime beaucoup ce texte et le sujet choisi. C'est une histoire qui me parle. Une histoire douloureuse que beaucoup de femmes (et un peu d'hommes)ont connu, malheureusement.
Je lis actuellement "la jeune fille aux oracles" qui parle des sorcières et de leurs pouvoirs (grâce à l'alchimie des plantes, notamment) et qui étaient des moyens de se défendre dans une société patriarcale oppressive. C'était une forme de féminisme, avec les moyens de l'époque. Aujourd'hui, on n'empoisonne plus le mari violent, on serre les dents, et on attend.

Publié le 05 Mai 2021

@Pantinois
Merci d'avoir pris le temps de me lire et de me faire part de vos impressions. Quand j'ai vu cet appel à textes, le thème m'a plu tout de suite, mais j'étais plutôt dans l'idée d'écrire quelque chose de léger et d'humoristique. Finalement, ce sont ces mots qui me sont venus... Pour la légèreté, on repassera ;)

Publié le 05 Mai 2021

@Annett WHISPER
En quelques mots vous nous mettez devant l'histoire de l'humanité : le « faux coupable » est emmené au bûcher. Et ses derniers mots, « Elle sourit », sont étonnants.
Comment peut-on sourire en allant au bûcher ? Un signe du ciel, ce flocon froid et léger, qui lui dit qu'elle sera libérée bientôt de tout cela. Ou bien est-ce une cendre qui retombe en flocon ?
Mais, selon la légende, Jeanne d'Arc, elle aussi, souriait lorsqu'on l'amenait au bûcher. Les historiens disent : elle était déjà ailleurs. L'acte était accompli… peu importe ensuite le bûcher.
Voici une nouvelle qui, au contraire de la musique, n'est pas faite pour adoucir les mœurs !
La vengeance contre un connard, quel qu'en soit le prix, le bûcher dans votre nouvelle ou encore la vengeance contre la censure que peuvent subir les auteurs ici ou là etc. est salvatrice voire rédemptrice ! Thème universel !

Publié le 04 Mai 2021