Interview
Le 12 mai 2021

LES PETITS PAS DU ‘PIPAILLON’…

Face à la mort, à la maladie, à cet état qui laisse l'un en vie et l'autre dans l'au-delà, il y a cette zone grise de questionnements, de ce qu'on aurait du faire ou pu faire, un espace qui pose les questions de culpabilité ou de sérénité. Une participation de Taim-Taim à l'appel à l'écriture monBestSeller sur le thème Faux coupable.
Depuis, mes balades dans la campagne sont souvent accompagnées d’un papillon qui suit mes petits pas.Depuis, mes balades dans la campagne sont souvent accompagnées d’un papillon qui suit mes petits pas.

Que reste-t-il de ces moments là ?

Peu de détails précis en somme…Des sensations, des impressions, une attention flottante au mieux et l’idée du chaos en somme…

Comprendre ce qu’il s’est produit, ce que l’on a vécu, le sens de l’expérience, sentir ce réel auquel on n’échappe pas, accepter la soumission à ces gouffres qui nous happent…Comment supporter, accepter, sublimer ?

La parole, toujours, est absente face à la violence…Le silence respectueux a pris place et règne en maître, pour faire front à l’effroi grâce aux sens, ce corps que l’on caresse, la main que l’on tient et les derniers regards comme liens humains.

On aimerait se réveiller…fuir ce cauchemar…s’alléger…s’évaporer vers la tendresse des moments d’insouciance, ceux d’avant, enfouis, qui restent la marque d’une inscription dans le temps. Mais la mort décide seule de ce qu’elle va faire de nous, nous broyer, nous noyer, impuissants et transformés, évaporés pour toujours. C’est après cet indicible, que nous prendrons conscience de notre changement….

Les mois passés furent épouvantables, la faucheuse rodait et a frappé deux fois, coup après coup…J’erre depuis effondrée sous le poids de ces amours perdues, que j’ai accompagnées, parce qu’il ne pouvait en être autrement…

Si les choix d’une vie nous donnent parfois l’impression d’un contrôle effectif notamment sur l’évitement de la souffrance, il n’en est rien.

Car le constat est glaçant, nul n’échappe à son destin.

Depuis, je reste ‘coincée’ dans ces couloirs et ces chambres d’hôpital…Comment en sortir ? En ai-je seulement envie ? Comme pour rester là, à coté, accompagner, être là, Y ETRE et prolonger…

Je me souviens de ces ambiances feutrées hors du temps, qui nous raptent au réel, aux bruits du quotidien, aux mots des gens aux prises avec le superficiel.

Qu’aurais-je du faire de moins ? De plus ?

J’ai pû dire, parler, demander, expliquer, m’agacer, même parfois m’énerver…

Pour elle, j’ai fait mon possible, sans intrusion je pense, juste en étant là, déjà…

Je l’ai aimée face au rejet constant et au noir de ses silences en réponse à mes appels. Même face à la mort elle resta muette pour moi, sa sœur…Quelle claque…

Que penser de temps qui n’a pas appris l’harmonie ? Qu‘aurais-je pû faire de plus ? ou différemment ? Ma tristesse est en colère.

 

Puis la seconde déflagration de ma vie s’est instillée au cœur de ce premier cataclysme.

Je ne l’ai tout d’abord pas reconnu cet homme que j’avais tant aimé. Anéanti par sa vie, privé de tout, son corps rongé au plus profond, il m’espérait.

Tous deux, comme par le passé, nous avons hanté les couloirs de l’hôpital, suivant ‘les petits pas’ comme fil d’Ariane…Je poussais son fauteuil, ma main contre son cou…

Ne plus se lâcher, fusionner, s’aimer du bout des yeux, comme avant. Je l’avais quitté dans un ultime sursaut, impuissante à l’aider de ne pas se détruire, car je ne voulais pas couler mais voir le jour, sous la tiédeur du soleil et des corps qui s’aiment.

Aujourd’hui j’étais là, face aux derniers moments redoutés et que j’avais fuit.

Le miracle des mots nous a réconciliés, comme jamais, mieux qu’avant…

L’amour infini fait des prodiges. Nous étions en cadence.

De quoi suis-je coupable ?

J’étais partie, il a sombré, n’a pas fait signe, je ne l’ai pas su.

‘Coucoumataimetaim c’estcuitpourmoicommedanslovestory-désolé !

La mort est là, et je pars, me dit-il…faisant écho au film ‘love story’ que nous avions vu à 16 ans. Il s’excuse de m’abandonner et s’en désole.

Il est parti si vite mais nos messages sont passés.

Nous nous accompagnons encore, je le cherche chaque jour, il me trouve quand il le souhaite et il sera là le jour de mon envol vers lui.

Je me souviens qu’il aimait les papillons, ‘pipaillons’ comme il s’amusait à les nommer. Depuis, mes balades dans la campagne sont souvent accompagnées d’un papillon qui suit mes petits pas. Et je sais qu’il m’attend.

Cette nuit, il m’a envoyé un palmier bleu, sa couleur préférée…

J’entends son rire, sa voix, sa démarche et son sourire tournent en boucle.

J’ai fui ce destin funeste, celui de sa destruction  pressentie.

Malgré cela j’y suis retournée,  soutenue par un amour infini, impuissante à guérir mais capable de soutenir et d’aimer…. Ai-je vraiment déserté ?…
Le passé m’a rattrapée, parce que, malgré tout, ma place est encore à ses cotés.

Non, vraiment, on n’échappe pas à son destin…

 

Taim-Taim

 

 

 

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