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Le 28 oct 2025

Don’t do evil

« Don’t be evil » n’était pas seulement une devise marketing : c’était un principe moral et culturel pour Google. À l’époque, l'entreprise se définissait comme différente de ses rivales, prônant la transparence et le respect de l’utilisateur. Cela voulait dire, ne pas trafiquer les résultats de recherche à des fins publicitaires, éviter la collecte abusive de données, privilégier l’intérêt des utilisateurs avant le profit immédiat. MAIS...Google avait-il toujours raison ?
Google a-t'il toujours raison ?Google a-t'il toujours raison ?

“ — Finalement tu es revenu ? — Cela t'étonne ?

— C'est...bizarre !
— C'est mieux, pour toi et les enfants.”

Catherine K se tut. Elle regarda son mari, Philippe comme si elle avait affaire à un être transparent;

La scène se renouvelait tous les matins, mais elle avait toujours un étrange parfum.

Catherine allait poser la question qui lui brûlait les lèvres, quand on entendit sonner à la porte.

Philippe dit :

“ — Des chinois !
— Tu es sûr, demanda Catherine ?

— En tout cas ce n'est pas le croque- mort ! “

Souriante, Catherine ouvrit la porte. Elle posa la question habituelle :

“ — C'est Google qui ?
— Oui, répondit le guide, nous avons cherché le couple le plus heureux au monde.

— Et ? demanda Philippe.
— Vous avez depuis un an, la première place.”

Catherine se mordit les lèvres et demanda :

“ — Et ce matin ?
— Numéro un dans les recherches Google, et toujours cinq étoiles, répondit le guide.”

Catherine soupira et donna les conditions :

“ — C'est une photo par couple et 1000 euros la photo. — Pas de problème, dit le guide.
— Il faut payer en liquide.
— Pas de problème, dit le guide.”

Les quinze couples chinois payèrent et chacun eut droit à sa photo porte bonheur, avec le-couple-le plus-heureux-sur-Terre.

Le guide demanda:

“ — Et le supplément ?
— Quel supplément, demanda Catherine ?

— Le supplément , au-delà de 10000 Euros ! —Pas de problème, répondit Catherine.”

Philippe s'avança et déclama LE poème, repris, en choeur, dans sa version chinoise :

Á Paris

Á Paris je suis né

Á Paris il y a trop d'années
Á Paris enfant adolescent j'ai vécu
Á Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Un jour de printemps Innocent
Des baisers hésitants Indécents

C'est gênant C'est troublant C'est fâcheux

Quand je suis amoureux Pour moi l'amour
C'est toujours

Corps et âme C'est mon drame Corps et âme

Á Paris je suis né
Á Paris il y a trop d'années

Á Paris enfant adolescent j'ai vécu
Á Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Mon âme Ma vertu Tout était nu

Quand ses charmes M'ont désarmé
Au seuil de l'été

Pour avancer Sur les chemins Incertains

Mal balisés De l’interdit De l'inédit

Il fallait se dénuder Voyager léger
Ne pas se retourner

Á Paris je suis né
Á Paris il y a trop d'années
Á Paris enfant adolescent j'ai vécu
Á Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Ma cavalière
Tu étais si légère Si peu fière

Ta robe courte
Bien trop courte Rendaient insincères

Les préliminaires Ma cavalière
Si peu sévère

Sans cesse Je te couvrais De baisers car tu avais

Ma cavalière

La beauté d'un ange Celle qui jamais ne passe Celle qui jamais ne lasse

Et pourtant elle dérange Tant elle est étrange
La beauté d'un ange

Á Paris je suis né
Á Paris il y a trop d'années
Á Paris enfant adolescent j'ai vécu
Á Paris l'amour un jour de mai m'a vaincu

Ravis, les touristes remontèrent dans le car, en tenant la précieuse photo, qui aurait sa place à côté de l'autel des ancêtres.

Catherine s'assit dans le canapé, face à Philippe et demanda :

“ — Tu repars quand ?
— Tu le sais : à midi.
— Oui, après, je sais que c'est dangereux pour toi.”

Catherine osa, enfin, poser La question :

“ — Et pour Jérôme ?
— Jérôme, répéta Philippe ?
— Cela ne te dérange pas ?
— Avant, tu couchais déjà avec lui, philosophe Philippe.

— Maintenant, c'est toutes les nuits.
— Je n'arrive qu 'à huit heures, rétorqua Philippe, en haussant les épaules.”

Catherine se mit à pleurer :

“ — C'est une histoire de dingue.
— Un peu, dit Philippe, en souriant

— Google n'est jamais à jour.
— Et Google a toujours raison, ironisa Philippe. — Tu es mort et enterré depuis trois mois !

— Et je suis toujours là !
— Il faudrait leur dire.
— Tu l'as fait, répondit le zombie.

— Oui, mais pour Google tu es toujours vivant.
— Et notre couple est toujours le couple le plus heureux au monde.

— Tout cela a un bon côté, pouffa Catherine.
— Tu te fais plein de sous, c'est bon pour les enfants, philosopha Philippe. — Je peux t'embrasser, demanda la veuve ?
— Surtout pas, cela porte malheur d'embrasser un mort ! “

Midi approchait, Philippe commença à s'effacer.

Restée seule, Catherine songea au vieux slogan de l'entreprise californienne : "Don't be evil“ Catherine ne savait pas vraiment si Google avait trahi ou non sa devise.
En tout cas, il avait eu sacrément raison de l'abandonner !

PhileChat

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@Vanessa Michel
C'est toute l'ambiguïté de notre époque et nos contradictions.
On cherche l'argent facile et rapide, mais on croit encore à l'amour romantique décrit dans le poème.
On déteste le système mais on ne désire pas l'abandonner.
Je suis heureux de voir que ma petite histoire sur l'amour, l'argent et la mort a su vous toucher.
Merci pour votre lecture et votre commentaire !

Publié le 28 Octobre 2025

@Michel Laurent
Oui de l'humour noir mais aussi de l'amour éternel et aussi virtuel : l'amour de 2025.
Merci pour votre passage !

Publié le 28 Octobre 2025

Google dit que ce couple est parfait… même si le mari est officiellement mort. Joli travail sur l’humour noir !

Publié le 28 Octobre 2025

Je vous remercie d'avoir mis en avant ma dystopie douce-amère.
Ce couple atteindra une forme d'éternité numérique totalement irréelle.
Est-ce un bien ou un mal ?
Tout vient de l'ambigüité de nos désirs qui sert de carburant aux Gafam !

Publié le 28 Octobre 2025

J'en reste sans voix...

Publié le 28 Octobre 2025