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Le 20 jui 2016

Marier la publication d'un livre et l'anonymat

Écrire. Tout d’abord, c’est une découverte personnelle. Comme un éblouissement. Je racontais des histoires bien avant de savoir tracer les lettres de l’alphabet. Dès que j’ai su écrire, j’ai compris qu’il se passait quelque chose de merveilleux dans ma vie. S’ouvrait à moi la capacité de rendre vivants les récits qui m’habitaient, de leur donner une nature plus pérenne encore… Mais pourquoi ce désir ?
Ecrire seul dans l'anonymat pour mieux partager.Ecrire seul dans l'anonymat pour mieux partager.

Des contes de tradition orale à l'écriture solitaire, une même volonté : faire savoir.

Depuis la nuit des Temps, les Hommes racontent des histoires, qui s’inscrivent au creux de la Grande Histoire qu’ils traversent et qu’ils créent. Nous avons tous en nous l’image de ces veillées au coin de feu, de ces transmissions orales qui égayaient autrefois les scènes de vie commune, entre Contes et Légendes, entre Chants et Silences. Alors, donc, l’Écriture serait toujours liée au partage ? Pour quelle raison mystérieuse, toutes les formes d’Art éveillent-elles en nous, quand elles nous passionnent, cet irrépressible besoin de partage ?

Écrire pour soi, d'abord pour se connaître, pour apprivoiser l'écriture.

Pourtant, on peut écrire pour soi. Je l’ai fait pendant des années. Le temps d’apprendre à me connaître. J’avais l’intime conviction que, par cette quête de vérité, de réalisme, je parcourais à grands pas la voie qui me mènerait à ma propre découverte, la voie qui m’amènerait, en tant que personne, à me connaître. Et, de richesse en richesse, ce fut pour tomber sur une abondance plus grande, sur une liberté plus totale. Pour passer du balbutiement à la réflexion, de la réflexion à l’expression. Alors, je vivais l’écriture dans l’intime. Elle s’inscrivait au sein d’une recherche emplie de questions fondamentales. À force de grandir, avec elle, et par elle, j’ai fini par la connaître autant que je me connais, et de cette amitié profonde naissent de grands bonheurs, qui jamais ne sont dénués de surprises ou d’émerveillements !

Ce sentiment, cette conviction si forte de participer à une création, à une création parfaite et accomplie, en menant à bien une œuvre dont le principe a germé dans l’intimité d’un cœur, est absolument inimitable. On peut le trouver dans bien des domaines, comme on peut s’épanouir de bien des façons ; et les écrivains entre eux, s’ils sont unis par d’indubitables points communs, ont aussi leurs traits particuliers. Pour moi, l’écriture s’auréole de nombreux rayons, dont elle n’est pas forcément synonyme : l’orthographe, la grammaire, les expressions, -tellement imagées !-, les subtilités de la langue, la calligraphie… Toutes ces choses qui peuvent la représenter, la mettre en valeur, mais qui, jamais, ne légaliseront les cœurs qui veulent s’exprimer. 

...Puis entrer dans la grâce de l'écriture : un état autre qui procure liberté. Pas d'orgueil, mais une simple volonté d' inviter mes lecteurs à m'accompagner.

Une fois passées les premières expériences, éblouissantes, ardues aussi ; une fois effectuées les remises en question et les critiques nécessaires, vient un moment où écrire n’est plus un exercice. Il en va de même du mélomane qui commence d’acquérir une réelle liberté dans le jeu de son instrument : un symbiose s’opère, l’instrument, la technique sont oubliés, et la grâce agit… C’est où les choses deviennent magiques. Lorsque vous savez, sans orgueil, et sans hypocrisie, que vous avez le pouvoir de mettre en forme des ambiances, des images, des paysages, jusques à des parfums et des sons. L’épanouissement personnel est dépassé, (même si vous l’éprouverez toujours), désormais, vous vivez votre don pour le plaisir de l’offrir. Tel l’orfèvre. Vous ne regardez plus à votre écrit pour le savourer vous-même. Vous avez acquis une liberté autre, bien plus élevée.

C’est ainsi que je conçois d’écrire désormais. Sans me prévaloir de quoique ce soit, j’ai conscience d’avoir cet or à disposition… Et j’ai compris que le sens véritable de ce don, c’est d’en faire profiter tous ceux que cela peut intéresser. Alors, plus de désir narcissique d’être reconnue. Nous sommes faits de Parole et d’histoires. Je peux créer ces mondes, ces histoires, ces rebondissements, assortis d’odeurs, de chants d’oiseaux et de territoires vierges ; je peux faire parler ces personnalités, diverses, intrigantes, afin qu’on les écoute, et qu’elles témoignent. Avec un seul but : que ceux qui voudront faire un bout de chemin dans ces contrées, soient libres de le faire, et se sentent chez eux.

Chez eux. Libres de se promener, de découvrir, de sauter des passages, d’y revenir ; d’imaginer à leur convenance au gré des descriptions déjà posées, de broder sur les mystères, de s’émerveiller, de s’impatienter. Libres de partir et de revenir, de s’identifier, de s’interroger, de participer aussi.

Qu’il est difficile, de partir en quête d’un lectorat ! Car on ne peut pas forcer qui que ce soit à pousser cette porte toujours ouverte, derrière laquelle s’étend un Monde qui n’existe que pour le bonheur de ceux qui voudront s’y promener ! Surtout quand on ne sait pas ce qu’ils pourront y trouver de nécessaire. Car la nourriture est dans l’histoire, mais le besoin, dans le cœur du Lecteur ! Et les histoires, livrées, n’appartiennent plus que peu à ceux qui les ont formées.

Le désir de publication, d'où vient-il ? De la saveur complexe de rester caché derrière une œuvre, tout en la partageant.

Alors, ce désir de publication, d’où vient-il ? Simplement, de pouvoir dire : laissez-moi un endroit où camper ma porte, où la mettre debout, afin que les passants, si nombreux soient-ils, s’arrêtent s’ils le veulent. Et comment fait-on, pour mettre un panneau : « Entrez, vous êtes chez vous ! », sur la porte de son livre ? Comment fait-on, pour dire aux passants : « Ne vous laissez pas arrêter par vos premières impressions, les odeurs sucrées ne conduisent pas forcément à la niaiserie, les aventures anodines peuvent déboucher sur les mystères les plus grands, les descriptions à rallonge peuvent ouvrir sur un territoire,si vaste ! ».

 C’est une musique qui passe, on l’écoute, ou on ne l’écoute pas… Mais enfin, que dire alors de ce bonheur que l’on éprouve, à préparer ces choses en secret, loin des yeux, dans le silence ? Comme on prépare ses cadeaux pour Noël, comme on les emballe. Que dire de cet incroyable goût pour l’anonymat ? De cette saveur qu’il y a à demeurer caché derrière une œuvre, -tandis qu’on est révélé par elle-, pour ne pas prendre de place, pour ne pas embarrasser ? Et pouvoir se réjouir, enveloppé d’anonymat, de ce que la graine qui vient d’être semée, peut-être, produise de grands bonheurs dans les foyers d’autrui, des rires et des larmes, une communion, un partage.

Cela ferait l’objet d’un tout autre article…

Avec tous mes remerciements aux équipes de monBestSeller, et à tous les lecteurs.

Élizabeth M. AÎNÉ-DUROC.

Très chère @Sylvie Simonnet, votre commentaire me touche profondément... L'écrivain, c'est aussi celui qui met des mots sur les pensées de tous ceux qui voudraient parler ! Par conséquent, si ces mots vous touchent, c'est que ce texte est vôtre, et que vous y parlez !
De mon côté, je viens de tomber sur votre très belle citation sur "l'Écriture" (jeu de l'été mBS), et j'ai trouvé vous mots très justes. Aussi j'ai hâte d'avoir l'occasion de me sentir "chez moi" dans votre superbe Russie des Tsars, où vous aurez exprimé, j'en suis bien sûre, tout ce que je n'aurais pas su dire.
Avec toute mon amitié,
Élizabeth.

Publié le 02 Août 2016

J'aurais tellement aimé savoir dire tout cela ... Il y a tant de vérité dans vos mots

Publié le 02 Août 2016

@Julien Rigottier Gois, je viens de découvrir votre commentaire, et je vous en remercie sincèrement ! Votre fraîcheur à son tour m'a fait sourire... Merci d'avoir partagé ces mots et ces convictions ! Au plaisir de vous découvrir dans vos écrits !
Élizabeth.

Publié le 26 Juillet 2016

Bonjour et merci, je découvre votre article @Élizabeth M.AÎNÉ-DUROC avec grand plaisir. Vos mots décrivent à merveille le bonheur et le simple plaisir de pouvoir partager. Vous me faites du bien ce matin. :-)

Publié le 24 Juillet 2016

Chère @Martine Gercault, quel bonheur de recevoir un commentaire tel que le vôtre ! J'ignorais que mon témoignage avait été publié, aussi, quelle surprise d'y trouver déjà un écho comme celui-ci ! Je vous remercie de tout cœur pour ce partage et pour cette sincérité...
À mon tour je vais aller à la rencontre de vos écrits : je suis d'ores et déjà certaine de me porter au-devant d'une découverte pleine de grâce et de tendresse, comme le laissent augurer votre simplicité, et votre propension à la remise en question !
Aussi, je vous dis à bientôt, et vous souhaite amicalement, une très bonne continuation...
Élizabeth M. AÎNÉ-DUROC.

Publié le 20 Juillet 2016

La grâce de votre texte, son écriture @Élizabeth Aîné-Duroc m'ont ravie. Je ne l'ai pas lu, je l'ai entendu, puis écouté comme une sonate. Vous dites l'essentiel avec charme. Vos mots résonnent. Nous sommes les passeurs d'un art à transmettre, inspirés par une force qui s'exprime à travers nous. Encore faut-il que nous ayons transmuté le plomb en nous pour en extraire l'or. Et c'est précisément l'inlassable travail de ré-écriture de nos textes, leur ciselure, leur polissage dans l'intime de nous-mêmes, qui nous font parvenir à cette alchimie du corps et de l'esprit. Écrire est comme une méditation dont on ignore l'issue. Un dévoilement. Seul importe le chemin parcouru.
Je vous lirai avec plaisir.

Publié le 20 Juillet 2016