Interview
Le 31 aoû 2018

Mon livre à sauver : un chef-d'oeuvre silencieux

Owen Leeming aussi a choisi le livre qu'il voulait sauver. Une pensée oblique pour un roman documentaire sur une période boudée. Restituer ce "cauchemar français" de la Guerre de 1870 et de sa commune meurtrière. Pour ne rien oublier. "Un récit monochrome puis flamboyant" précise t'il.
Le récit d'une France violentée presque rayée des livres d'histoireLe récit d'une France violentée presque rayée des livres d'histoire

En 1953, à la sortie de son livre, feu Ray Bradbury n’avait pas idée des supports électroniques disponibles aujourd’hui : liseuses, fichiers .pdf, e-books, tous impossibles à supprimer à l’échelle de la planète. Mais jouons le jeu, comme si…

Un premier réflexe consiste à choisir son livre préféré, indispensable sur son île déserte, en se privant de tous les autres. Non, l’exercice requiert de conserver mentalement un livre que l’on estime en danger de destruction ou d’oubli, afin de le restituer au monde le moment venu. Moi, l’anglo-saxon français, ai donc fait un choix qui peut surprendre. Il s’agit d’un roman-document de la fin du dix-neuvième siècle, peut-être le moins lu de son célèbre auteur, mais peut-être aussi le plus précieux témoignage d’une époque peu enseignée de l’histoire du pays.

Des centaines de pages sur les marches en aller-retour et retour-aller absurdes de l’armée nationale sous un commandement confus, indécis ; les vides paysages de la Moselle et de la Meuse ; un empereur livide, moribond, fantomatique ; l’assaut qui ne vient pas ; un lien ténu avec la saga familiale précédente. Enfin, l’artillerie létale d’outre-Rhin se déchaîne, semant le carnage, mutilant, décapitant, faisant amputer. Et, en bouquet final, Paris qui part en flammes, des civils fusillés par centaines.

Je ne supporterais pas que ce récit, monochrome au début, flamboyant à la fin, disparaisse à jamais. C’est la raison pour laquelle j’apprends par cœur l’avant-dernier des Rougon-Macquart d’Emile Zola, « La Débâcle ».

On peut ne pas être d’accord avec sa chronique de la Commune, mais il nous la fait vivre quasi-physiquement, comme il nous fait vivre quasi-physiquement la résistance sans espoir à l’envahisseur, les exactions de l’ennemi. Les femmes dans ce roman ? Un fumet de tendresse, de lucidité, de deuil. Toute cette vérité nue, détaillée, parfois sordide, ne doit pas périr.

Merci, Monsieur Zola, je mets de ce pas mes petits neurones mnésiques au travail.

@bernadetteL
Merci. Dans ce livre, if faudrait lire le récit, sidérant, du repli sur Sedan.

Publié le 02 Septembre 2018

Vous donnez envie de lire ce roman. On peut rarement avoir lu tous les Rougon-Macquart. Vous donnez aussi l'envie de prendre RDV avec cette periode à la fois funeste et noire, mais aussi en réhabilitation. Les bilans de Napoléon III sont aujourd'hui présentés comme brillants. Gros morceau néanmoins à apprendre par coeur

Publié le 01 Septembre 2018