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Le 16 sep 2018

Fahrenheit 451 : un livre à sauver, celui que nous écrirons tous.

Abdesselam s'attaque à son Fahreneit 451. Sélectionner un seul livre et l'apprendre par coeur pour en laisser quelque chose à l'humanité le rend perplexe. "Un livre pour moi ou un livre pour sauver l’humanité ? Le livre salvateur pour moi, serait-il toxique pour quelqu'un d'autre ? Celui qui me semble sauver l'humanité, pourrait-il la détruire ?" Tout chef d'oeuvre est ambïgu. Il convient d'être prudent.
Quel livre brûler, quel livre garder ?Quel livre brûler, quel livre garder ?

Ce ne sont pas des autodafés qui posent problème, mais les étapes qui ont conduit à leur réalisation. Aussi choisir un livre pour sauver l’humanité est avant tout un constat d’échec et une culture de l’esprit d’échec. Car dans l’immense majorité des cas, un livre n’est  proposé qu’après une épreuve ou une calamité humaine. Il serait souhaitable au contraire de cultiver l’esprit de prévoyance en extrapolant les futures désastres humains sur des indices avant-coureurs. Cela suppose un esprit de coopération interhumain de plusieurs disciplines. Cela n’est malheureusement pas toujours possible, car comme c’est souvent le cas les préoccupations personnelles l’emportent sur l’intérêt général. C’est là une des faiblesses bien humaines.

Un livre pour sauver l’humanité, un livre à emporter dans une île déserte.

Le choix d’un livre est avant tout une image de ce que nous sommes, il dévoile une partie de notre intimité, voir de notre personnalité. Un livre pour sauver l’humanité est un livre qui nous a marqué, ému. Il n’est pas forcément le livre que nous aimons le plus. Mais il est surtout le livre sur lequel nous avons projeté tout ou partie de nos angoisses, de notre espérance, de notre générosité. Ce choix est au premier abord tourné vers les autres et témoigne d’un esprit altruiste.
Le choix d’un livre à emporter sur une île déserte, procède d’une démarche différente. Il s’agit d’un livre qui le plus souvent nous a plu à un très haut degré. Il ne s’agit pas ici de sauver l’humanité, ni de se sauver soi-même : Je n’ai pas besoin des autres, ce livre me suffit. Ce n’est pas forcément une position misanthrope.
Cette distinction entre ces deux genres de situation est importante, car ici, il ne s’agit donc en aucun cas d’ouvrage qui nous tient à cœur, mais plutôt de celui qui à nos yeux comporte suffisamment d’éléments émotionnels susceptibles de marquer les esprits et les cœurs des humains pour les empêcher de commettre l’irréparable. L’expérience humaine nous conduit à considérer la guerre comme le premier malheur humain, toutefois on peut inclure l’esclavage, le racisme actif, l’indifférence. Il faut se garder de ne pas trop généraliser le mot humanité, car certains comportements humains tout en étant méprisable ne menacent nullement l’humanité.

Ce ne sont pas les autodafés qui posent problème, ce sont les étapes qui ont conduit à leur réalisation.

Les intellectuels de tous bords mettent en avant les autodafés pour souligner l’importance de leurs écrits dans le combat contre la tyrannie. En réalité les autodafés résultent de plusieurs démarches : livres écrit par des homosexuels, des noirs…. Ici ce n’est pas le contenu des livres qui importe, mais plutôt la haine contre la personne qui l’a écrite. Aussi l’attitude de certains intellectuels à mettre en avant leurs écrits comme étant une menace pour l’ordre tyrannique doit être bien mesurée. Les autodafés ne sont en fait qu’un élément, somme toute, mineure par rapport aux autres manifestations qui sont les discours haineux, les préparations des guerres, les indifférences, les crimes. L’autodafé doit être considéré comme le dernier élément d’une chaine de faits graves que nous avons souvent tolérés ou dont nous avons mal mesuré l’importance. L’autodafé ne doit surtout pas être exploité par des intellectuels à des fins purement d’aut- valorisation.

Un livre peut il contenir les prémices d’une catastrophe à venir ?

À mon sens, assurément oui. Ce sont tous les manquements à la morale humaine. Tous les livres, tous les discours, tous les comportements collectifs haineux ou qui menacent la dignité humaine sont autant de prémices. Malheureusement ces éléments ont été utilisés par les tyrans, pour justifier justement les dictatures. Ainsi, le manquement à la morale, la menace de la paix, furent utilisés par Staline pour les célèbres procès. Si le comportement de Staline fut clairement criminel, que penser de la complicité passive ou active de tous les intellectuels de cette époque. La compromission des élites avec l’ordre tyrannique pose un très sérieux  problème, car justement c’est de leur discernement que nous pouvons prévenir les grandes catastrophes. Idéalement il faudrait créer une lucidité populaire à travers une morale commune. Ce n’est pas toujours possible car une population n’est jamais homogène. Mais cela reste à mon sens l’une des réponses possibles. Il s’agit de quelques règles simples que nous devons observer. Des règles qui transcendent nos propres convictions politiques, religieuses, ou de toute autre nature. Des principes  qui placent la paix et la dignité humaine au dessus de toutes nos passions.
La définition de ces règles devrait avant tout obéir au bon sens, et surtout faire l’objet non seulement d’un consensus, mais d’un débat d’où seraient exclus les hommes politiques, les intellectuels les hommes de dogmes. Je ne sais pas si cela est possible ou si cela sera possible mais à mon sens c’est ce qu’il faudrait faire.

Si un livre peut sauver l’humanité, il peut également provoquer sa perte

S’il était possible pour un livre d’agir sur les mentalités et de les changer pour préserver la paix, il serait alors possible qu’un autre livre puisse au contraire précipiter l’humanité vers les horreurs. Nous savons avec le recul que c’est cette dernière éventualité qui s’est malheureusement le plus souvent réalisée. Les passions de haine l’emportent souvent sur les sentiments de compassion.

Le journal d’Anne Franck est un exemple de livre qui peut sauver l’humanité.

Ce livre est avant tout un symbole, car en réalité il ne concerne que la mort d’une seule personne.
A qui s’adresserait-il ? Avant tout à des personnes qui ont une profonde compassion pour leurs semblables. Mais de telles personnes avec pareilles qualités humaines, ont elle réellement besoin de ce livre ? Pour certaines personnes ce livre sera reçu soit par l’indifférence, car ils sont dans l’incapacité d’en comprendre le sens. Pour d’autres, il sera l’occasion d’exacerber leurs sentiments haineux et renforcer leur opinion antisémite. Ils crieront au complot sioniste entre autres. Paradoxalement, le journal d’Anne Franck peut ainsi devenir inefficace.

Effritement de l’intérêt d’un livre avec le temps et effet d’usure.

Si à son début ce livre peut s’avérer efficace pour combattre les déviations humaines, avec le temps il va perdre de son intérêt. Aussi un livre aussi bon soit-il, ne pourra remplir son rôle que de manière temporaire. En fait, même les livres qui sont perçus comme des dogmes inaltérables finissent par voir leur efficacité s’estomper. Pour que l’efficacité d’un livre puisse durer, il faudrait alors qu’il puisse mobiliser de façon durable les esprits, ce qui n’est ni réaliste, ni souhaitable et peut représenter une autre forme de danger.

On ne retient d'un livre que ce qu'on veut bien en retenir

La façon dont les personnes vont déchiffrer un livre dépend évidemment de leur sensibilité personnelle. Si beaucoup parviennent à appréhender le sens général d’un livre, d’autres par mauvaise foi, par ignorance, ne vont retenir qu’une partie de ce livre qui s’adapterait parfaitement à leurs idées.

L’examen des Évangiles est très éloquent
Les Évangiles ont poussé la générosité et le pardon à leur extrême limite. Pourtant dans le monde chrétien, aussi, beaucoup d’horreurs ont eu lieu. Comment expliquer cela. Par la lecture sélective. Ainsi la personne antisémite ne va retenir qu’un passage des évangiles  et l’adapter à ses propres convictions.

Dans l’Évangile selon saint Matthieu la phrase : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! », fut très  grave de conséquences. Il s’agit d’une lecture sélective qui sort un élément de son contexte pour en tirer une conclusion strictement abusive et erronée. Souvent on confond fait religieux et fait historique. Ensuite on généralise cette phrase sur tous  juifs et toute leur descendance, alors que cela ne concernait  absolument que les personnes présentes durant la scène. Il ne s’agit en aucun cas d’une malédiction sur des générations. Pourtant elle sera interprétée comme telle. Mais plus grave encore, les autorités ecclésiastiques, intellectuelles ou philosophiques  n’ont rien fait pour rétablir une vérité malmenée. 

Pourquoi alors malgré la générosité et la bonté des Évangiles, des chrétiens ont massacré au nom de l'évangelisation. Cela relève d’un autre processus, celui du contournement du propos des livres. Ainsi si les Évangiles s’adressent à des humains, la parole divine ne s’applique pas aux non chrétiens. Ce processus de contournement a été utilisé de façon récurrente pour justifier le racisme, l’esclavage, les colonisations, et beaucoup d’autres situations indignes d’êtres humains.

Dans le cadre d’un article il n’est pas possible d’exposer tous ce qui fait qu’un humain cesse d’être un humain et accomplisse des actes monstrueux.
Quand on aborde des thèmes aussi importants que le racisme, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre, on doit prendre en compte ces éléments. Les autodafés ne sont en réalité que les conséquences tragiques des situations dont il faut bien comprendre toutes les intimes étapes. Ce que je viens de vous exposer est forcément incomplet et partial et doit être accueilli avec circonspection.
Aussi le livre qui pourrait  sauver l’humanité, est certainement un livre collectif écrit par nous tous et certainement pas par une seule personne.

 

@Antoine Loiseul
Désolé pour le retard dans ma réponse. Vous avez tout à fait raison. Au reste vous été la seconde-personne a me faire cette même remarque. Dison que ma réflexion se situe en amont du problème.
Un livre n’a d’existence que parce qu'il a été écrit par une personne et lu par d’autres. Nous avons tendance a l’oublier aussi e livre que nus choisissons pour sauver l’humanité et dépourvu de ces attributs. Tout se passe donc dans notre esprit comme si par sa seule existence en tant qu’objet matériel suffisait à sauver les hommes de façon quasi mécanique. Nous projetons notre personnalité sur les autres : ce livre est essentiel pour moi donc il l’est pour l’autre. Nous excluons dans notre système de pensée, l’écrivain (émetteur) et le public (receveur). J’ai essayé de montrera ceci a travers cet article. Le second point est que l’ide même que nous puissions écrire un livre ensemble ne nous effleure même pas du fait d’une mise sous tutelle de notre aptitude a réfléchir. Mais c’est là un sujet bien vaste.
Merci et bonne continuation

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